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Groenland : Trump menace huit pays européens de droits de douane punitifs

Le président américain Donald Trump a annoncé samedi l’imposition de droits de douane de 10 % sur les importations en provenance de huit pays européens à compter du 1er février, en représailles à leur opposition à un rachat du Groenland par les États-Unis. Cette mesure, qui pourrait atteindre 25 % en juin, provoque une crise diplomatique sans précédent au sein de l’OTAN. Dans un message publié samedi sur son réseau Truth Social, Donald Trump a précisé que le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande seraient frappés par cette taxe à l’importation de 10 % dès le 1er février. Le président républicain a averti que ce taux passerait à 25 % le 1er juin si aucun accord n’était conclu pour une « acquisition complète et totale du Groenland » par les États-Unis. Cette menace tarifaire constitue une escalade radicale et potentiellement dangereuse dans la confrontation entre Trump et les alliés de l’OTAN, mettant davantage à l’épreuve l’alliance vieille de 73 ans. Le président américain a qualifié les exercices militaires organisés par les pays de l’OTAN au Groenland, dans le contexte des discussions sur ses revendications territoriales, de « jeu très dangereux ». « Ces pays, qui se livrent à ce jeu très dangereux, ont pris un risque inacceptable et insoutenable. Il est donc impératif, afin de protéger la paix et la sécurité mondiales, de prendre des mesures énergiques pour mettre fin rapidement et sans équivoque à cette situation potentiellement périlleuse », a-t-il écrit pour justifier l’introduction de ces nouveaux droits de douane. Le président républicain a à plusieurs reprises cherché à utiliser les leviers commerciaux pour contraindre ses alliés et rivaux, obtenant parfois des engagements d’investissement de certaines nations, mais provoquant également des réactions négatives de pays comme la Chine, le Brésil et l’Inde.

Face à cette annonce, les ambassadeurs des 27 États membres de l’Union européenne devaient se réunir dimanche, selon des diplomates européens. Cette réunion intervient après que Trump a conditionné la levée de ces droits de douane à l’autorisation donnée aux États-Unis de racheter le Groenland, marquant une nouvelle escalade des tensions autour de l’avenir de ce vaste territoire autonome danois. Donald Trump affirme que le Groenland est vital pour la sécurité des États-Unis en raison de son emplacement stratégique et de ses importantes réserves de minerais. Il n’a pas exclu le recours à la force pour en prendre le contrôle, provoquant une crise diplomatique sans précédent entre les États-Unis et le Danemark, deux membres fondateurs de l’OTAN.

Les déclarations répétées du président américain ont suscité une vague d’indignation et de mobilisation populaire. Plus de 20.000 personnes, selon les organisateurs, ont manifesté samedi dans la capitale danoise Copenhague, soit l’équivalent de toute la population de Nuuk, capitale du Groenland. Plusieurs centaines de manifestants se sont également rassemblés dans les rues de Nuuk pour apporter leur soutien au territoire menacé d’annexion et appeler au respect de son droit à l’autodétermination. Devant la place de l’hôtel de ville de Copenhague, les manifestants scandaient « Le Groenland n’est pas à vendre » et brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Ne touchez pas au Groenland », avant de prendre la direction de l’ambassade des États-Unis. « Je suis très reconnaissante de l’énorme soutien que l’on reçoit en tant que Groenlandais. Nous envoyons aussi un message au monde entier pour dire qu’il doit se réveiller », a déclaré Julie Rademacher, directrice d’Uagut, association qui représente des Groenlandais au Danemark. « Le Groenland et les Groenlandais sont involontairement montés en première ligne du combat pour la démocratie et les droits humains », a-t-elle ajouté.

Certains manifestants portaient des casquettes de baseball ressemblant à celles des supporters de Donald Trump, mais ayant détourné le slogan « Faites que l’Amérique redevienne grande » en « Faites que l’Amérique s’en aille ». À Nuuk, plusieurs centaines de manifestants conduits par le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen ont pris le chemin du consulat des États-Unis. Territoire autonome du Danemark depuis 1979, le Groenland abrite une population de 57.000 habitants. Près de 17.000 Groenlandais habitent au Danemark, selon les autorités danoises. Tous les partis du paysage politique groenlandais militent pour une indépendance de l’île sans s’accorder sur le calendrier d’une telle transition. Tous ont récemment déclaré préférer rester au sein du royaume du Danemark plutôt que de rejoindre les États-Unis. L’annexion du Groenland n’est soutenue que par 17 % des Américains, selon un sondage Ipsos pour Reuters, et les démocrates comme les républicains s’opposent à une action militaire. Le président américain a invoqué l’aspect sécuritaire du contrôle américain du territoire, afin d’empêcher la Russie ou la Chine d’occuper l’île. Des soldats européens sont arrivés ces derniers jours au Groenland dans le cadre d’exercices décidés par le Danemark et ses alliés visant à rassurer les États-Unis sur la sécurité de la région. Ces manœuvres, loin d’apaiser les tensions, semblent au contraire avoir exacerbé la détermination de Trump à imposer sa vision d’un contrôle américain sur ce territoire arctique stratégique.

L.S.

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