Malgré les tensions commerciales : Le FMI relève ses prévisions de croissance mondiale
L’économie mondiale fait preuve d’une résilience inattendue face aux turbulences géopolitiques et commerciales qui la secouent depuis plusieurs années. Selon le dernier rapport du Fonds monétaire international sur les perspectives de l’économie mondiale publié lundi, la croissance mondiale devrait atteindre 3,3% en 2026, soit une révision à la hausse de 0,2 point par rapport aux estimations d’octobre dernier, avant de ralentir légèrement à 3,2% en 2027. Dans son rapport annuel sur l’économie mondiale, le FMI explique cette apparente stabilité par « la neutralisation de forces divergentes ». Les investissements massifs dans les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, conjugués à des politiques budgétaires et monétaires accommodantes, parviennent à compenser les effets négatifs de la réorientation des politiques commerciales. Cette dynamique bénéficie principalement à l’Amérique du Nord et à l’Asie, créant des disparités régionales significatives., Pierre-Olivier Gourinchas, chef économiste du FMI, souligne que « l’économie mondiale est sortie plus rapidement que nous ne l’anticipions des perturbations commerciales du fait des droits de douane ». Cette observation reflète l’adaptabilité remarquable du secteur privé face aux nouvelles contraintes commerciales. Les tensions entre la Chine et les États-Unis, bien qu’encore présentes, ont connu un apaisement relatif avec la signature d’une trêve prévoyant une réduction des droits de douane bilatéraux jusqu’en novembre 2026 et une suspension des restrictions à l’exportation sur les semi-conducteurs et les terres rares.
Sur le front de l’inflation, les nouvelles sont encourageantes. Le FMI prévoit un ralentissement progressif, passant de 4,1% en 2025 à 3,8% cette année, puis 3,4% en 2027. Dans les économies avancées, l’inflation devrait même approcher les 2%, l’objectif traditionnel des banques centrales. Néanmoins, le rapport note que le retour à la valeur cible sera « plus progressif aux États-Unis que dans d’autres grandes puissances économiques ». La vigueur économique américaine constitue l’un des principaux moteurs de cette croissance mondiale révisée à la hausse. Après avoir terminé 2025 à 2,1%, la première économie mondiale devrait connaître « un léger rebond » pour atteindre 2,4% en 2026, soit 0,3 point de plus que prévu initialement. Au troisième trimestre 2025, la croissance américaine a même grimpé à 4,3%, portée par l’augmentation des dépenses et des investissements technologiques qui, selon les estimations du FMI, « ont rehaussé d’environ 0,3 point de pourcentage la croissance moyenne annualisée du PIB ».
La Chine, deuxième locomotive de l’économie mondiale, voit également ses perspectives révisées à la hausse avec une croissance attendue à 4,5% en 2026, contre 5% les deux années précédentes. Toutefois, le FMI anticipe une poursuite du ralentissement en 2027 avec seulement 4% de croissance. M. Gourinchas observe que si le commerce avec les États-Unis s’est ralenti, « les échanges avec le reste du monde sont à des niveaux historiquement hauts, avec une accélération notamment vers les autres pays asiatiques ».
En Europe, les perspectives s’éclaircissent progressivement. L’Espagne devrait rester l’économie la plus dynamique du continent avec une croissance de 2,3%, tandis que l’Allemagne, après deux années de récession suivies d’une croissance anémique de 0,25% en 2025, semble enfin retrouver des couleurs avec une expansion de 1,1% attendue cette année. Le rapport souligne néanmoins que « le solde des risques qui pèsent sur les perspectives reste dans l’ensemble orienté à la baisse ». Parmi les menaces identifiées figurent une possible réévaluation brutale des attentes concernant les gains de productivité liés à l’intelligence artificielle, qui pourrait provoquer une correction des marchés financiers, une intensification des tensions commerciales, l’émergence de nouvelles tensions géopolitiques, ou encore le creusement des déficits budgétaires et l’alourdissement de la dette publique susceptibles de faire pression sur les taux d’intérêt à long terme.
Malgré ces incertitudes, le FMI note que les conditions financières mondiales « demeurent accommodantes » et que l’économie mondiale a continué de se montrer « remarquablement résiliente ». Le commerce international reste relativement soutenu, avec une envolée des exportations de semiconducteurs et d’équipements technologiques en Asie qui compense le ralentissement dans d’autres secteurs. Pour maintenir cette trajectoire, l’institution recommande aux décideurs politiques de reconstituer les marges de manœuvre budgétaires, de préserver la stabilité des prix et du système financier, tout en appliquant rapidement des réformes structurelles.
Sabrina Aziouez

