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L’Algérie lance ses premiers sukuk souverains : Mobiliser 300 milliards de dinars pour les grands projets d’infrastructures

L’Algérie franchit un cap historique dans la modernisation de son système financier. 

Depuis mardi, le Trésor public a ouvert la souscription aux premiers sukuk souverains du pays, visant à lever 296,650 milliards de dinars destinés au financement de grands projets d’infrastructures publiques. Cette opération, certifiée conforme aux principes de la finance islamique, marque l’entrée du pays dans l’ère du financement participatif à grande échelle. Selon la note d’information signée par le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzerd, et relayée par l’APS, ces ressources « serviront au financement de grands projets publics contribuant au développement économique et social du pays, en particulier dans les domaines des infrastructures, des équipements et des services publics ». L’émission repose sur la formule Ijara-usufruit, un mécanisme adossé à un portefeuille d’actifs immobiliers appartenant à l’État, dont la valeur a été déterminée par la Caisse nationale d’équipement pour le développement et validée par la Direction générale des domaines nationaux. Ces actifs comprennent notamment des bâtiments administratifs, des équipements publics et des terrains constructibles.

L’opération poursuit des objectifs stratégiques clairement définis: financer des actifs productifs, relancer les grands chantiers d’infrastructures et réduire la dépendance aux formes traditionnelles d’emprunt public. La note d’information souligne qu’il s’agit d’une « initiative qui s’inscrit dans une démarche visant à moderniser le système financier national et à aligner les instruments de financement sur les normes internationales de la finance islamique ». Le document met également en avant « la capacité de ce type de formules de financement à mobiliser l’épargne nationale dans un cadre juridique sûr et transparent, conforme aux principes de la charia islamique ». Les conditions proposées aux investisseurs se veulent attractives. La valeur nominale des titres est fixée à 100.000 dinars ou 1.000.000 de dinars, pour une maturité de sept ans. Le rendement annuel net atteint 6%, un taux supérieur aux produits d’épargne classiques, assorti d’une exonération fiscale. La souscription, ouverte pour deux mois ou jusqu’à l’atteinte de l’objectif, s’adresse tant aux particuliers algériens résidents et non-résidents qu’aux personnes morales de droit algérien. Les investisseurs peuvent souscrire auprès des guichets bancaires, des succursales de la Banque d’Algérie, du Trésor public et des agences d’assurance, moyennant présentation d’une pièce d’identité et paiement par virement, chèque ou espèces.

Les experts en finance islamique saluent unanimement cette avancée. Mohamed Boudjellal, expert en finance islamique et membre du Haut Conseil Islamique, a souligné dans une déclaration à l’APS « l’importance des Sukuk souverains dans le système de finance islamique, au regard de leur rôle dans la mobilisation des ressources financières destinées à l’investissement et la captation des capitaux de manière sécurisée et conforme aux principes de la charia ». Son collègue au HCI, Abderrahmane Senouci, a renchéri en évoquant le rôle de cet instrument « dans le soutien au Trésor public et la garantie de liquidités », rappelant que « de nombreux pays ont financé des projets d’envergure (aéroports et ouvrages d’art) grâce à cet instrument, ce qui prouve son efficacité dans le soutien au développement à long terme ».

Cette émission s’inscrit dans une stratégie plus large de développement de la finance participative en Algérie. Le Trésor public a affirmé dans son communiqué que l’opération concrétise « la volonté des pouvoirs publics de renforcer l’inclusion financière, de dynamiser le marché des capitaux et de consolider la confiance dans les nouveaux instruments financiers ». L’initiative bénéficie de la certification de conformité délivrée par l’Autorité charaïque nationale de la fatwa pour l’industrie de la finance islamique, rattachée au Haut Conseil Islamique, garantissant ainsi sa légitimité religieuse auprès des investisseurs soucieux du respect des préceptes islamiques.

Amar Malki

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