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Maroc : Les sinistrés du séisme d’Al Haouz, abandonnés, manifestent dans les rues de Rabat

Sous une pluie battante qui semblait refléter leur détresse, des dizaines de sinistrés du séisme d’Al Haouz se sont rassemblés lundi devant le Parlement marocain à Rabat pour dénoncer trois années de marginalisation et d’oubli. Près de trois ans après la catastrophe qui a ravagé les provinces de l’Atlas en septembre 2023, des centaines de familles survivent toujours dans des conditions indignes, privées d’indemnisations et de solutions durables de relogement, accusant le régime du Makhzen de les avoir abandonnées à leur sort. La manifestation, organisée par la Coordination nationale des victimes du séisme d’Al Haouz, a résonné de slogans exigeant la régularisation des dossiers des sinistrés et le déblocage immédiat des indemnités promises depuis des mois. Selon les organisateurs, des centaines de familles n’ont toujours reçu aucune aide malgré la perte de leurs habitations ou de proches lors du drame qui a fait des milliers de victimes et détruit une grande partie des infrastructures locales. Cette situation révèle une fracture sociale de plus en plus béante entre les priorités du pouvoir et les souffrances d’une population meurtrie.

La colère des victimes s’inscrit dans un contraste devenu insoutenable. Tandis que le régime du Makhzen accélère la construction de stades ultramodernes en préparation de la Coupe du monde 2030, investissant des milliards de dirhams dans des infrastructures sportives prestigieuses, les sinistrés d’Al Haouz pointent du doigt la lenteur criminelle des programmes de reconstruction et de compensation. Cette dichotomie illustre les priorités d’un pouvoir davantage préoccupé par son image que par la détresse de ses citoyens les plus vulnérables.

Montasser Itri, membre de la Coordination, a dénoncé une mobilisation destinée à rappeler des revendications légitimes et à mettre en lumière l’exclusion persistante de nombreuses familles. Al Hussein Al Masht, membre du secrétariat national de la Coalition civile pour la montagne, a brossé un tableau accablant de la précarité dans laquelle survivent ces familles, contraintes de vivre dans des abris temporaires ou des maisons endommagées, exposées au froid glacial de l’hiver et aux intempéries. Il a appelé à des politiques publiques équitables pour les zones montagneuses afin de mettre fin à une marginalisation devenue structurelle, rappelant que le séisme avait aggravé considérablement la vulnérabilité d’habitants déjà fragilisés par des décennies de négligence.

Le mouvement de protestation bénéficie d’un soutien croissant. Près de 27 organisations syndicales et de défense des droits humains, marocaines et internationales, ont annoncé leur soutien aux habitants d’Al Haouz. Dans un communiqué conjoint, elles ont pointé la responsabilité directe du Makhzen dans le maintien de milliers de familles sous des tentes délabrées et dans des logements précaires, trois ans après la catastrophe. Les signataires critiquent une politique délibérée d’oubli et de négligence ayant privé de nombreuses familles de soutien, sur la base de justifications administratives jugées fallacieuses et servant uniquement à masquer l’inaction gouvernementale.

Comme pour accentuer les souffrances de la population marocaine, le nord du royaume est actuellement frappé par de fortes intempéries qui perturbent gravement la vie quotidienne et révèlent une fois de plus l’incapacité des autorités à protéger leurs citoyens. Les établissements scolaires sont restés fermés cette semaine dans plusieurs provinces, dont Fahs-Anjra, M’diq-Fnideq, Tanger-Assilah, Tétouan et Ouezzane, privant des milliers d’enfants d’accès à l’éducation. Au-delà du secteur éducatif, les conséquences socio-économiques se révèlent dramatiques. Plusieurs axes routiers ont été coupés, paralysant les déplacements et l’acheminement des marchandises. Des commerces ont dû suspendre leurs activités, tandis que les exploitations agricoles subissent des pertes considérables, notamment dans les zones rurales où les champs ont été submergés. Face à cette accumulation de crises, l’Organisation marocaine des droits humains a lancé un appel pressant au gouvernement pour qu’il déclare les zones les plus durement touchées comme zones sinistrées. 

L.S.

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