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Énergies renouvelables : Un programme qui passa à la vitesse supérieure

L’Algérie est en train de changer d’échelle dans les énergies renouvelables. Fin 2025, le pays comptait 2 620 mégawatts de projets solaires en construction active, soit près de six fois sa capacité opérationnelle de 446 MW, selon un rapport de Dii Desert Energy relayé par la plateforme spécialisée Energy Platform (Washington). Entre montée en puissance du solaire, ambitions naissantes dans l’éolien et positionnement stratégique sur l’hydrogène vert, Alger pose les jalons d’une transition énergétique d’envergure.

Le tournant est net. Après une période de ralentissement en 2021, le secteur des énergies renouvelables a retrouvé un élan décisif grâce à deux programmes structurants : le projet « Solar 1 000 MW », qui a relancé la dynamique, puis le méga-appel d’offres de 2 gigawatts lancé en 2023, dont les deux premiers projets devraient entrer en service dès 2026. Résultat : à fin décembre 2025, ce sont 2 620 MW qui ont franchi l’étape cruciale de la clôture financière et sont désormais en phase de construction, selon les données compilées par Dii Desert Energy. À cela s’ajoutent 600 MW en développement avancé, au stade de l’attribution des contrats. Le solaire photovoltaïque tire cette dynamique. Avec 411 MW déjà opérationnels sur les 446 MW totaux du parc renouvelable, cette technologie concentre la quasi-totalité du pipeline. Un choix cohérent pour un pays qui dispose de l’un des gisements solaires les plus généreux de la planète, avec plus de 2 500 heures d’ensoleillement par an dans le sud.

L’éolien, prochain relais de croissance

L’Algérie ne compte pas miser uniquement sur le soleil. Si la capacité éolienne opérationnelle reste encore modeste — 10 MW en exploitation —, un signal fort a été envoyé avec l’annonce de 1 000 MW de projets éoliens terrestres, actuellement au stade des protocoles d’accord préliminaires. Cette diversification répond à une logique industrielle : compléter le solaire par une source d’énergie disponible en dehors des heures d’ensoleillement, et exploiter le potentiel venteux des Hauts-Plateaux et du Grand Sud. Si ces projets se concrétisent, l’éolien pourrait représenter un pilier à part entière du mix renouvelable algérien d’ici la fin de la décennie. Le programme national des énergies renouvelables a fait l’objet d’une révision stratégique que beaucoup d’observateurs jugent réaliste. L’objectif initial de 22 GW à l’horizon 2030 a été ramené à 15 GW d’ici 2035, avec un palier intermédiaire de 10 GW fixé pour la fin de la décennie en cours. Ce recalibrage, loin d’être un recul, traduit une approche plus pragmatique. En intégrant les 2 620 MW en construction et les 600 MW en développement, l’Algérie dispose déjà d’un pipeline de 3 220 MW de projets concrets qui, une fois opérationnels, porteront la capacité totale au-delà des 3 600 MW — un bond considérable par rapport à la situation actuelle.

Hydrogène vert : un positionnement stratégique vers l’Europe

Au-delà du solaire et de l’éolien, l’Algérie joue une carte maîtresse : l’hydrogène vert. La Stratégie nationale de l’hydrogène, dévoilée en 2023, cible une production de 1,2 million de tonnes par an (40 TWh) d’ici 2040, dont 75 % destinés à l’exportation, essentiellement vers le marché européen. Le projet emblématique du Corridor sud de l’hydrogène (SoutH2 Corridor), un pipeline sous-marin reliant l’Algérie à l’Europe, fait l’objet de consultations avancées et positionne le pays comme un fournisseur potentiel de premier plan pour le Vieux Continent en quête de décarbonation. En avril 2025, le ministère de l’Énergie, des Mines et des Énergies renouvelables a franchi une étape supplémentaire en officialisant le projet TaqatHy 2+, en partenariat avec l’Union européenne et l’Allemagne. Doté d’un financement européen de 28 millions d’euros (33,2 millions de dollars), ce programme vise à accélérer simultanément le déploiement des renouvelables et la structuration de la filière hydrogène vert. L’Algérie dispose aujourd’hui d’atouts que peu de pays dans la région peuvent revendiquer simultanément : un gisement solaire exceptionnel, des infrastructures gazières reconvertibles pour l’hydrogène, une proximité géographique avec le marché européen et une volonté politique clairement affirmée. Le chemin reste long — passer de 446 MW à 15 GW exige un effort industriel et financier soutenu — mais la trajectoire est engagée. Avec plus de 3,2 GW de projets en construction et en développement, le pays a manifestement dépassé le stade des déclarations d’intention pour entrer dans celui de la réalisation.

Sabrina Aziouez

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