Le président du Niger entame une visite en Algérie : Un ancrage sahélien consolidé, des projets stratégiques relancés
Le président nigérien, le général Abdourahmane Tiani, a entamé dimanche une visite de fraternité et de travail en Algérie, sur invitation du président de la République Abdelmadjid Tebboune. Un déplacement qui consacre le rapprochement accéléré entre les deux pays voisins et conforte Alger dans son rôle de puissance pivot au Sahel.
Le protocole déployé à l’aéroport international d’Alger, dimanche, ne laissait aucun doute sur l’importance que revêt cette visite aux yeux d’Alger. Le Président Abdelmadjid Tebboune s’est personnellement rendu sur le tarmac pour accueillir son homologue nigérien qui arrive à Alger à la tête d’une importante délégation. Hymnes nationaux, revue de détachements de l’Armée nationale populaire, présentation de hauts responsables de l’État : le cérémonial a été celui réservé aux chefs d’État les plus attendus. Les deux présidents se sont ensuite entretenus au salon d’honneur de l’aéroport, en présence des délégations des deux pays.
Un rapprochement méthodiquement préparé
Cette visite au sommet n’est pas un coup de théâtre diplomatique. Elle est l’aboutissement d’une séquence de rapprochement engagée depuis plusieurs mois. Rappelons dans ce contexte que le Président Tebboune avait donné jeudi « des instructions pour le retour immédiat à Niamey de l’ambassadeur d’Algérie accrédité auprès de la République du Niger », faisant suite au retour de l’ambassadeur nigérien en poste à Alger. Fin janvier, le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, avait effectué une visite de travail à Niamey où il avait été reçu par le général Tiani. Un rapprochement assis sur un socle solide, malgré la courte crise survenue au printemps 2025, après les retraits des ambassadeurs du Mali, du Niger et du Burkina Faso constituant l’Alliance du Sahel dans le sillage de l’incident relatif au drone malien qui a transgressé les frontières algériennes.
Ce travail de fond traduit la volonté d’Alger de « relancer la consultation politique bilatérale au plus haut niveau » et de « reprendre la coopération multiforme » entre les deux pays, selon les termes du communiqué officiel. D’ailleurs, Dès août 2024, le Premier ministre nigérien s’était lui-même rendu à Alger, porteur d’un message du président Tiani au président Tebboune.
Des enjeux stratégiques majeurs pour l’Algérie
Au-delà les enjeux sont considérables. Le dossier le plus emblématique reste le gazoduc transsaharien (TSGP), projet pharaonique qui doit relier le Nigeria à l’Algérie en traversant le Niger. Le président Tiani a lui-même souligné l’importance du projet de gazoduc transsaharien, saluant les efforts de l’Algérie pour sa concrétisation, en tant que pilier stratégique soutenant le développement social et économique des pays de transit. Dans un contexte où l’Europe diversifie ses sources d’approvisionnement en gaz, ce pipeline renforcerait considérablement la position d’Alger comme hub énergétique incontournable. De même que ce gazoduc permettra au Niger d’accéder à de ressources énergétiques et aux avantages liés au transit, ce qui permettra de réduire l’impact de la crise énergétique dont souffre le pays.
L’énergie occupe aussi le terrain de l’exploration. Le président nigérien a exprimé « le souhait du Niger de bénéficier de l’expérience algérienne », notamment « dans le cadre du projet de recherche et d’exploration de Sonatrach dans le champ pétrolier du bassin de Kafra ». S’y ajoutent le déploiement de la fibre optique et des programmes de formation des forces de défense nigériennes — un volet sécuritaire crucial pour la stabilité de la frontière sud de l’Algérie, longue de près de mille kilomètres.
L’Algérie, acteur central au Sahel
À l’heure où le Sahel connaît une recomposition géopolitique profonde —montée en puissance de nouveaux partenaires extrarégionaux, création de l’Alliance des États du Sahel —, Alger joue une carte singulière : celle d’un voisin direct, puissance régionale et partenaire historique, qui ne conditionne pas son aide. L’envoi d’aide humanitaire après les inondations d’août 2024 et l’octroi d’environ 300 bourses à des étudiants nigériens en témoignent.
Cette visite confirme qu’au-delà de la coopération bilatérale, l’Algérie entend peser sur les « questions politiques liées au continent africain, en général, et au voisinage en particulier ». Dans ce sens, Alger envoie un signal clair : dans la nouvelle donne sahélienne, elle compte bien rester un interlocuteur incontournable.
Salim Amokrane

