Nucléaire iranien : Téhéran et Washington posent les jalons d’un cadre de négociation
Au lendemain d’une deuxième session de pourparlers indirects tenue près de Genève, l’Iran a annoncé mercredi travailler à l’élaboration d’un cadre préliminaire en vue de futures discussions avec les États-Unis, tandis que l’ONU exprime l’espoir que ce dialogue naissant aboutisse à des résultats décisifs pour la stabilité régionale. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a confirmé mercredi, lors d’un entretien téléphonique avec le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, que la République islamique travaillait à définir les contours d’un cadre préliminaire destiné à structurer de futures négociations avec les États-Unis. Une démarche méthodique qui témoigne de la volonté iranienne d’aborder ce nouveau cycle diplomatique avec rigueur et sans précipitation.
Cette annonce intervient au lendemain d’une deuxième session de pourparlers indirects organisée près de Genève, en Suisse, qui a conclu, selon Téhéran, par un accord sur un ensemble de principes directeurs pouvant servir de base à un éventuel accord global. L’Iran s’est dit ouvert à une vérification de son programme nucléaire, un signal qui, dans le contexte des tensions persistantes entre les deux pays, revêt une signification politique considérable. Le premier cycle de ces négociations s’était tenu le 6 février à Mascate, sous médiation du Sultanat d’Oman, une puissance régionale dont la neutralité reconnue en fait un interlocuteur précieux pour faciliter un dialogue que l’histoire récente a rendu difficile.
Du côté de l’AIEA, l’institution onusienne basée à Vienne et chargée de vérifier le caractère pacifique des programmes nucléaires dans le monde, Rafael Grossi a indiqué être prêt à apporter son soutien à la mise en place de ce cadre de négociation. Une disponibilité qui s’inscrit dans le mandat naturel de l’agence, appelée à jouer un rôle technique central dans tout accord qui pourrait émerger des discussions irano-américaines. L’Iran a, par ailleurs, multiplié les concertations diplomatiques à Vienne : son ambassadeur auprès des organisations internationales, Reza Najafi, s’est entretenu mercredi avec Grossi ainsi qu’avec les ambassadeurs de Chine et de Russie, en amont de la prochaine réunion du Conseil des gouverneurs de l’AIEA. La position iranienne sur son programme nucléaire est connue et constante : Téhéran affirme développer une filière civile dans le strict respect de ses droits reconnus par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, et dément catégoriquement toute ambition militaire. À New York, le Secrétaire général des Nations unies António Guterres a exprimé sa satisfaction face à la reprise de ce dialogue. Son porte-parole, Stéphane Dujarric, a déclaré mardi que l’ONU saluait la poursuite des négociations indirectes et que Guterres espérait que celles-ci contribueraient à apaiser les tensions régionales et à prévenir une crise susceptible d’avoir des répercussions à grande échelle. L’ONU a également rappelé la nécessité de résoudre les différends conformément à la Charte des Nations unies, soulignant ainsi le cadre juridique et institutionnel dans lequel ces pourparlers doivent s’inscrire pour produire des résultats durables.
Les deux cycles de pourparlers tenus à Mascate puis à Genève n’ont pas encore débouché sur un accord formel, et la méfiance accumulée de part et d’autre ne se dissoudra pas en quelques semaines de discussions. Mais la dynamique enclenchée est réelle. L’existence d’un ensemble de principes directeurs convenus entre les deux parties, la disponibilité affichée de l’AIEA, l’encouragement explicite de l’ONU et l’implication de puissances comme la Chine et la Russie dans les consultations parallèles dessinent les contours d’un processus qui, pour fragile qu’il soit, mérite d’être préservé.
L.S.

