La machine de guerre sioniste ne s’est pas arrêtée à Ghaza : Les morts sont bien plus nombreux qu’annoncé
Une étude scientifique internationale vient de confirmer ce que de nombreux observateurs suspectaient depuis des mois : le bilan officiel des victimes de l’agression sioniste contre Ghaza est largement en deçà de la réalité.
Publiée mercredi dans la prestigieuse revue médicale The Lancet Global Health, cette première étude de terrain indépendante des autorités de l’enclave palestinienne établit que le nombre de morts violentes directement liées à l’offensive sioniste est sous-estimé d’au moins 35 %, voire de 40 % si l’on intègre la mortalité indirecte. Pendant ce temps, à Ghaza, en Cisjordanie occupée et aux abords de la mosquée Al-Aqsa, la machine répressive de l’occupation poursuit son œuvre, implacable, au mépris du droit international et des résolutions onusiennes. Les chercheurs à l’origine de cette étude ne mâchent pas leurs mots. Le ministère de la Santé de Ghaza, malgré ses efforts dans des conditions de chaos indescriptible, « a en réalité omis dans sa comptabilité une part importante des pertes humaines », selon les conclusions du rapport. Les raisons sont multiples et toutes tragiques : des corps ensevelis sous des tonnes de décombres impossibles à retrouver, des familles entières anéanties sans qu’aucun survivant ne puisse déclarer leur mort, une administration locale exsangue tentant de fonctionner sous les bombes. Le résultat est un bilan officiel qui, pour insoutenable qu’il soit déjà, demeure une photographie tronquée de l’ampleur du massacre. Cette réalité est d’autant plus accablante que les spécialistes en épidémiologie de guerre rappellent une constante documentée : les décès indirects imputables aux conditions de vie imposées par un conflit sont « de trois à quinze fois plus nombreux » que les morts directement causées par les combats. Malnutrition, famine, épidémies, effondrement du système de santé, absence d’hygiène : autant de facteurs meurtriers qui frappent une population acculée et privée de tout. Deux études complémentaires, publiées en janvier et octobre 2025 respectivement dans The Lancet et Population Health Metrics, avaient déjà chiffré l’effondrement de l’espérance de vie à Ghaza depuis octobre 2023 à pas moins de 35 ans. Un chiffre vertigineux, sans précédent dans l’histoire contemporaine. Dès juillet 2024, The Lancet avait publié une première estimation retentissante : sur la base d’un ratio prudent de quatre morts indirectes pour chaque mort directe, le nombre réel de victimes à Ghaza s’élevait alors à 186 000, alors que le bilan officiel ne dépassait pas 38 000.
L’étude confirme par ailleurs ce que les autorités de Ghaza avaient établi dès le départ concernant le profil des victimes : les femmes, les enfants de moins de 18 ans et les personnes âgées de plus de 64 ans représentent 56,2 % des morts recensés, soit un total d’au moins 42 200 décès comptabilisés dans le seul bilan officiel. Une proportion qui témoigne, sans équivoque, de la nature de cette guerre : une guerre menée contre une population civile.
Ramadan sous les bombes et les arrestations
L’entrée dans le mois de Ramadan, loin d’apporter une quelconque accalmie, a au contraire coïncidé avec une recrudescence des violences de l’occupation sur l’ensemble des territoires palestiniens. En Cisjordanie occupée, le directeur général du Club des prisonniers palestiniens, Amjad Al-Najjar, a dénoncé une « escalade sans précédent » des arrestations dès le premier jour du mois sacré. Au moins 37 Palestiniens ont été arrêtés entre le mercredi soir et le jeudi à l’aube, lors de raids nocturnes menés dans plusieurs gouvernorats. Femmes, enfants, étudiants, journalistes et membres d’équipes médicales : personne n’est épargné. Les villes d’El Khalil, de Tulkarem et de Jénine figurent parmi les zones les plus frappées. El Khalil, en particulier, subit selon Al-Najjar une véritable « extermination silencieuse » à travers des arrestations continues et un déploiement militaire massif. Les forces d’occupation font irruption dans les domiciles par la force, utilisent des chiens et causent des destructions, dans une stratégie assumée de terreur collective. Selon les données d’organisations palestiniennes de défense des droits humains, plus de 9 300 Palestiniens croupissent actuellement dans les geôles de l’occupation, dont 350 enfants et 56 femmes, dans des conditions de torture, de privation alimentaire et de négligence médicale ayant déjà coûté la vie à certains d’entre eux. Depuis le 7 octobre 2023, quelque 22 000 personnes ont été arrêtées en Cisjordanie, où plus de 1 115 Palestiniens ont été tués et près de 11 500 blessés.
À El-Qods occupée, le premier vendredi du Ramadan s’est transformé en scène d’humiliation de masse. Des centaines de fidèles palestiniens souhaitant accomplir la prière à la mosquée Al-Aqsa ont été refoulés aux checkpoints de Qalandiya et de Beit Lahem par les forces sionistes, qui ont invoqué un quota maximal de fidèles prétendument atteint. Des milliers de personnes sont demeurées bloquées sur place, dans l’attente et sous la pression des soldats de l’occupation. Des journalistes et des équipes médicales ont également été retenus au checkpoint de Qalandiya, dans ce que le gouvernorat d’El-Qods occupée décrit comme un renforcement délibéré des restrictions visant à réduire la présence palestinienne autour du troisième lieu saint de l’islam.
Face à cette situation, les voix internationales s’élèvent, mais peinent à se traduire en actes. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, la secrétaire générale adjointe aux affaires politiques, Rosemary Di Carlo, a qualifié la période actuelle de « moment charnière au Moyen-Orient », avertissant que malgré le cessez-le-feu entré en vigueur le 10 octobre à Ghaza, « Ghaza n’est toujours pas en paix ». L’UNRWA, de son côté, a réitéré son alarme sur une situation humanitaire « catastrophique », aggravée par les restrictions d’accès imposées par l’occupation, et a rappelé que l’ampleur des besoins « dépasse largement les capacités de l’aide actuellement fournie ». Selon l’OCHA, au moins 1,4 million de Palestiniens sur les 2,1 millions que compte la bande de Ghaza vivent dans des sites de déplacement surpeuplés, sous des tentes offrant peu d’abri et aucune dignité.
Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, a pour sa part martelé devant le Conseil de sécurité que la paix régionale ne saurait être obtenue par l’occupation continue de terres palestiniennes, syriennes et libanaises, qualifiant le projet d’annexion de la Cisjordanie de « crime que la communauté internationale ne doit pas permettre ». Des mots forts, qui résonnent dans les couloirs d’une institution internationale dont l’impuissance face aux crimes de l’occupation sioniste est chaque jour un peu plus manifeste. Pendant que les diplomates parlent, Ghaza compte ses morts, et ses morts sont plus nombreux que le monde ne veut bien le reconnaître.
Lyes Saïdi

