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La zone franche prend forme à grands pas : Tindouf, future portail vers l’Afrique de l’Ouest

La première zone franche commerciale, implantée à Tindouf, affiche des taux d’avancement allant jusqu’à 91 % pour certaines de ses composantes. Ce projet stratégique, voulu par le président de la République Abdelmadjid Tebboune, ambitionne de faire de l’extrême sud-ouest du pays un hub logistique et commercial tourné vers la Mauritanie et, au-delà, vers toute la profondeur du continent africain.

L’Algérie accélère sa mue géo-économique par le Sud. À Tindouf, un chantier d’envergure redessine peu à peu la carte des ambitions commerciales du pays. La zone franche commerciale, première du genre sur le territoire national, sort de terre à un rythme soutenu, selon les dernières données communiquées par la Direction du commerce de la wilaya. Karim Kadi, directeur du commerce de Tindouf, a détaillé à l’APS l’état d’avancement des différents lots du projet : « Les travaux de réalisation des routes et des réseaux divers, confiés à la Société nationale des travaux publics, ont dépassé un taux d’avancement de 58 % », a-t-il indiqué. La Société nationale de génie civil et bâtiment, chargée quant à elle des aires de stockage et de la zone douanière, « affiche un taux d’avancement supérieur à 65 % », tandis que la zone d’habitat, composante essentielle pour accueillir les personnels et les opérateurs économiques, « atteint un taux d’achèvement de 91 % ». Ces chiffres traduisent une volonté politique clairement affichée. Le choix de Tindouf n’a rien d’anodin. La wilaya occupe une position géographique charnière, à proximité immédiate du poste frontalier avec la Mauritanie, pays qui constitue pour Alger une passerelle naturelle vers l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. Karim Kadi a rappelé que « le choix de la wilaya de Tindouf pour accueillir la première expérience de zone franche en Algérie s’inscrit dans la mise en œuvre de la décision du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, compte tenu de la position stratégique de la wilaya ». L’objectif est limpide : « faciliter les flux commerciaux et dynamiser les échanges entre les deux pays ».

Le projet ne se conçoit d’ailleurs pas de manière isolée. Il s’articule avec d’autres infrastructures structurantes, notamment la route Tindouf–Zouerate, axe transfrontalier qui reliera directement la zone franche au réseau mauritanien. À plus long terme, un raccordement ferroviaire est programmé, de quoi conférer à ce pôle une capacité logistique multimodale comparable aux grandes plateformes d’échanges continentales. Dans l’esprit de ses concepteurs, la zone franche de Tindouf ne sera pas un simple entrepôt sous douane, mais « un pôle commercial et logistique moderne assimilable à une ville intégrée disposant de toutes les infrastructures économiques nécessaires », selon la même source. Sur le plan juridique, le dispositif repose sur des bases solides. La loi 22-15 fixe les règles régissant les zones franches, définies comme « des espaces délimités soumis à un régime douanier particulier, où sont exercées des activités industrielles, commerciales et de services ». Le décret exécutif 24-169 du 25 mai 2024 a formellement institué la zone franche commerciale de Tindouf, lui conférant un cadre réglementaire propre. Pour attirer les investisseurs, des exonérations douanières et fiscales sont prévues, un arsenal incitatif que Karim Kadi juge déterminant pour « booster l’investissement et renforcer les échanges commerciaux entre les deux pays frères ».

L’enjeu dépasse largement le cadre bilatéral algéro-mauritanien. A tarvers ce projet, l’Algérie cherche à se positionner comme un acteur incontournable du commerce transsaharien, à l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) redistribue les cartes des flux économiques sur le continent. Longtemps tournée vers la Méditerranée et l’Europe, l’économie algérienne opère un rééquilibrage stratégique vers sa profondeur africaine. Tindouf pourrait bien devenir demain le verrou commercial par lequel l’Algérie s’arrimera définitivement aux dynamiques économiques subsahariennes. Le chantier avance. Les ambitions aussi.

Amar Malki

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