Économie

Secteur minier : Experts et universitaires plaident pour une exploitation renforcée des richesses nationales

Le secteur minier constitue un pilier stratégique de la souveraineté nationale et un levier essentiel pour diversifier l’économie algérienne, ont affirmé lundi à Alger experts et universitaires réunis à l’occasion d’un séminaire organisé par l’Institut national d’études de stratégie globale, marquant le centenaire de la création de l’Étoile nord-africaine qui, dès 1926, inscrivait la récupération des richesses minières parmi ses revendications politiques fondamentales. Cette rencontre, placée sous le thème « Du plan de libération nationale à l’autonomisation et au développement : stratégie de mobilisation globale et nationalisation des mines comme pierre angulaire du parcours national (1926-2026) », a réuni chercheurs, historiens, cadres de l’État et professionnels du secteur pour dresser un état des lieux du potentiel minier national et tracer les perspectives de son exploitation optimale. Dans son allocution d’ouverture, Abdelaziz Medjahed, directeur général de l’INESG, a souligné la portée symbolique de cette rencontre qui coïncide avec le centenaire de la création de l’Étoile nord-africaine le 2 mars 1926, dont le programme politique revendiquait la récupération des richesses nationales, notamment minières. Il a rappelé que les mines ont été nationalisées le 6 mai 1966, estimant que cette décision historique a consacré la souveraineté de l’Algérie sur ses ressources naturelles, rompant ainsi avec une longue période d’exploitation coloniale au profit exclusif de l’industrie française. Le responsable de l’INESG a tenu à replacer cette question dans son contexte historique, rappelant que durant la période coloniale, le secteur minier algérien contribuait principalement aux besoins de l’industrie française, privant ainsi le pays de ses propres richesses naturelles. Cette exploitation unilatérale des ressources a constitué l’un des moteurs de la revendication nationaliste portée par l’ENA puis par l’ensemble du mouvement indépendantiste.

Saïdi Meziane, enseignant et historien à l’École normale supérieure de Bouzaréah, a relevé lors de son intervention que le programme de l’ENA accordait une place centrale à la question de la souveraineté nationale sur les richesses du pays et à l’intégrité territoriale. L’universitaire a considéré que ces principes ont constitué l’un des fondements du mouvement national, structurant la pensée politique algérienne bien avant l’indépendance. Dans une rétrospective historique du secteur, Saïdi Meziane a indiqué que l’exploitation minière en Algérie a débuté à grande échelle à partir de 1871, avec l’exportation massive vers la France de ressources variées telles que les phosphates, le fer, le plomb, le zinc, le charbon et le marbre. Cette razzia sur les ressources minières algériennes s’est poursuivie pendant près d’un siècle, privant le pays des retombées économiques de ses propres richesses. Rachid Tridi, expert du secteur des mines, a affirmé de son côté que l’ENA revendiquait déjà la restitution à l’État algérien des mines et d’autres secteurs stratégiques, anticipant ainsi les grandes réformes de l’Algérie indépendante. Il a estimé que la nationalisation des mines intervenue en 1966 a permis à l’Algérie de disposer pleinement de ses ressources naturelles et de les mettre au service du développement national. Cette décision souveraine a marqué un tournant décisif dans la construction de l’économie algérienne post-indépendance.

L’expert en économie industrielle Réda Amrani a mis en avant le potentiel minier national considérable dont dispose l’Algérie, tout en considérant qu’il demeure insuffisamment exploré et exploité. Il a plaidé pour un renforcement de la coordination entre la Société nationale de recherche et d’exploitation minières, la SONAREM, et Sonatrach, afin d’optimiser l’exploitation des données disponibles sur les gisements et de maximiser les synergies entre ces deux acteurs stratégiques du secteur public. L’économiste a insisté sur la nécessité de mobiliser davantage de moyens pour la prospection minière afin d’identifier avec précision les gisements exploitables et d’évaluer leur potentiel économique.

Messaoud Houfani, expert en géologie, a évoqué les projets structurants lancés ces dernières années dans le secteur minier algérien, citant notamment trois initiatives majeures qui devraient transformer le paysage industriel national. Il a mentionné la mine de fer de Gara Djebilet, dont les réserves colossales font l’objet d’études approfondies pour une exploitation à grande échelle, le projet intégré de phosphate de Bled El Hadba qui vise à valoriser les importants gisements de cette matière première stratégique pour l’industrie des engrais, et la mine de zinc et de plomb de Tala Hamza dont l’exploitation effective a déjà démarré. Selon le géologue, ces projets d’envergure devraient contribuer significativement au développement des activités minières et sidérurgiques en Algérie et renforcer la place du pays sur les marchés extérieurs, en faisant de l’Algérie un exportateur de minerais et de produits transformés. Cette montée en puissance du secteur minier s’inscrit dans la stratégie nationale de diversification économique visant à réduire la dépendance aux hydrocarbures.

Ce séminaire a ainsi permis de mettre en lumière l’importance historique et stratégique du secteur minier algérien, tout en identifiant les axes de développement prioritaires pour valoriser pleinement ce potentiel. Cent ans après les premières revendications de l’ENA sur la récupération des richesses nationales, la question de l’exploitation optimale des ressources minières demeure au cœur des enjeux de souveraineté économique et de développement durable de l’Algérie.

Amar Malki

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