Arrestation d’un jeune rappeur dénonçant la corruption et la normalisation : La répression monte d’un cran au Maroc
L’interpellation d’un jeune rappeur marocain, auteur de chansons dénonçant la corruption du pouvoir et la normalisation avec l’entité sioniste, soulève une vive indignation au Maroc et relance les accusations de répression systématique contre les voix critiques du régime, dans un contexte de durcissement sécuritaire croissant.
Souhaib Qabli, vingt ans, étudiant originaire de Taza et connu sous le pseudonyme d’« Al-Hassel », a été placé en garde à vue lundi à Fès après une convocation des autorités sécuritaires marocaines, indique la chaine AL 24. Cet artiste émergent s’était imposé sur les réseaux sociaux grâce à des textes engagés critiquant ouvertement le Makhzen, terme désignant le système de pouvoir monarchique marocain, ainsi que les injustices sociales qui minent le royaume. Ses chansons, largement diffusées en ligne, ont particulièrement résonné auprès d’une jeunesse marocaine en quête de changement et lassée par les inégalités persistantes. Convoqué lundi matin par les services de sécurité, le jeune homme a été retenu plusieurs heures sans possibilité de contacter sa famille avant que son placement officiel en garde à vue ne soit confirmé dans la soirée. Ses proches, profondément inquiets, ont immédiatement exigé des explications sur les motifs précis de cette arrestation, qui intervient dans un climat de tension grandissante entre le pouvoir et les artistes critiques. Les œuvres de Qabli abordent frontalement des questions politiques sensibles, notamment la dénonciation des conditions socioéconomiques précaires, son opposition affichée à la normalisation avec l’entité sioniste décidée unilatéralement par le Makhzen mais massivement rejetée par la population marocaine, ainsi que ses appels répétés à la liberté et à la justice sociale. L’annonce de son interpellation a immédiatement déclenché une vague de solidarité massive sur les réseaux sociaux, où des campagnes de soutien ont fleuri sous les hashtags « L’ArtN’estPasUnCrime » et « LibérezSouhaib ». Des milliers d’internautes marocains et étrangers ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une tentative d’intimidation visant à faire taire les voix dissidentes et à décourager toute forme de contestation artistique ou politique. L’Association marocaine des droits humains, organisation de référence dans le royaume, a annoncé suivre de très près l’évolution du dossier et s’est engagée à informer régulièrement l’opinion publique des développements de cette affaire, qu’elle qualifie d’« atteinte flagrante à la liberté d’expression ».
Cette arrestation s’inscrit dans une série préoccupante de poursuites judiciaires et policières visant des créateurs de contenu, journalistes, blogueurs et artistes ayant osé critiquer les politiques du Makhzen. Selon plusieurs observateurs des droits humains et organisations internationales de défense de la liberté d’expression, ces arrestations répétées témoignent d’un durcissement sécuritaire manifeste du régime marocain face aux voix dissidentes. Le pouvoir semble multiplier les intimidations et les poursuites judiciaires à l’encontre de toute personne osant remettre en question sa légitimité ou ses choix politiques, notamment sur des dossiers liés à la normalisation, les inégalités sociales ou la gouvernance autoritaire.
Ce recours systématique à la répression contre les artistes et les militants renseigne sur l’état réel des libertés fondamentales au Maroc, pays qui cultive une image artificielle de modération et d’ouverture sur la scène internationale.
Lyes Saïdi

