Crise dans le Golfe : Le marché du GNL sous pression !
L’escalade militaire dans le Golfe persique menace de provoquer un séisme sur le marché mondial du gaz naturel liquéfié.
Les experts de l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OAPEC) tirent la sonnette d’alarme : les restrictions imposées au trafic des méthaniers à travers le détroit d’Ormuz pourraient déclencher une flambée des prix sans précédent et déstabiliser l’ensemble du marché énergétique mondial. Dans un rapport publié mercredi et intitulé « Perturbations des expéditions de GNL via le détroit d’Ormuz », l’OAPEC souligne que « l’intensification des opérations militaires dans le Golfe, depuis samedi dernier, et les restrictions qui en ont découlé sur le trafic des méthaniers, auront des répercussions sur l’ensemble du marché énergétique, toutes sources confondues, y compris le gaz naturel ». Le détroit d’Ormuz, véritable artère vitale du commerce gazier mondial, voit transiter plus de 19% des approvisionnements mondiaux en GNL. Bien que l’Iran n’occupe qu’une place limitée dans le commerce mondial du gaz en termes d’exportations directes, sa position géostratégique lui confère un pouvoir de nuisance considérable. Le rapport précise que « toute perturbation du trafic des méthaniers à travers le détroit d’Ormuz affecterait la stabilité de l’ensemble du marché mondial ». Les chiffres donnent le vertige : 83% des exportations transitant par ce passage stratégique sont destinées à l’Asie, tandis que l’Europe en absorbe 11% et les pays du Golfe 6%.
Les experts de l’OAPEC anticipent une réaction en chaîne dévastatrice. La hausse des prix au comptant en Asie se répercutera inévitablement sur le marché européen, déjà fragilisé. « Avec des niveaux de stockage européens tombés à des seuils critiques (moins de 30%) à la fin février, la situation laisse présager une flambée des prix », alerte le rapport. Une situation d’autant plus préoccupante que les marchés importateurs seront contraints de supporter des coûts exponentiels, non pas en raison de « la valeur du gaz », mais du « coût d’accès » à cette ressource devenue stratégique.
QatarEnergy active la clause de force majeure
La crise a franchi un nouveau cap mercredi lorsque QatarEnergy, le géant public de l’énergie, a déclaré une situation de « force majeure » pour ses acheteurs après avoir interrompu la production de gaz naturel liquéfié et de produits associés. Dans un communiqué publié sur la plateforme X, l’entreprise a précisé que cette déclaration – qui attribue l’arrêt à un événement extraordinaire – fait suite à sa décision de suspendre la production, sans toutefois fournir de calendrier précis pour la reprise des opérations. « QatarEnergy attache une grande importance à ses relations avec l’ensemble de ses partenaires et continuera de communiquer les informations les plus récentes disponibles », a souligné la société, tentant de rassurer des clients inquiets. Cette déclaration de force majeure, mécanisme juridique permettant aux entreprises de suspendre temporairement leurs obligations contractuelles en raison d’événements échappant à leur contrôle, libère QatarEnergy de ses engagements de livraison sans pénalités financières. L’enjeu est colossal : le Qatar est le deuxième plus grand producteur et exportateur mondial de GNL avec 81,3 millions de tonnes selon les estimations de l’OAPEC pour l’année 2025. Lundi, l’entreprise avait cessé la production dans ses installations stratégiques de la ville industrielle de Ras Laffan et de la ville industrielle de Mesaieed en raison « d’attaques militaires ».
Le ministère qatari de la Défense avait révélé avoir détecté le lancement de trois missiles de croisière, 101 missiles balistiques et 39 drones suicides vers son espace aérien depuis le week-end dernier, au moment où débutaient les attaques américaines et israéliennes contre l’Iran. Cette situation explosive transforme le détroit d’Ormuz en point de friction majeur, capable de paralyser les flux énergétiques mondiaux et de précipiter l’économie mondiale dans une crise énergétique d’une ampleur inédite.
Samira Ghrib

