Projet de la route Ras El Hamra – Djenane El Bey (Annaba) : Un retard et des questions
Pas moins de 18 ans après son lancement, le projet de route reliant Ras El Hamra à la plage de Djenane El Bey, à Annaba, via le massif montagneux de l’Edough, n’est toujours pas achevé. Officiellement classée parmi les priorités stratégiques du développement local, cette infrastructure de huit kilomètres — destinée à désenclaver la zone d’expansion touristique de Seraidi et à soulager un réseau routier côtier saturé — demeure enlisée dans une inertie que les autorités peinent à enrayer, malgré une enveloppe financière colossale et plusieurs relances successives.
Lancé en 2008 avec un délai d’exécution fixé à 27 mois, le projet avait été suspendu en raison de la crise financière avant d’être relancé une première fois. Le ministère des Travaux publics et des Transports avait alors accordé une rallonge budgétaire de 30 milliards de centimes, en sus du montant initial de 500 milliards de centimes déjà alloués. Malgré la levée de l’ensemble des contraintes techniques et administratives, et en dépit de la mobilisation des moyens humains, logistiques et financiers requis, le chantier n’a cessé d’accumuler des retards. Traversant le relief montagneux de l’Edough, cet ouvrage s’étend sur six kilomètres et comprend quatre viaducs totalisant mille mètres linéaires, dont le plus imposant dépasse les 450 mètres de longueur. À terme, il doit relier le cap de Garde (Ras El Hamra) à la plage de Djenane El Bey, dans la commune de Seraidi, offrant une alternative à l’ancienne route, particulièrement engorgée en période estivale. Le projet avait connu une avancée significative sous les autorités précédentes de la wilaya, avant de retomber dans la léthargie. Initialement attribué à la société algérienne des Travaux Routiers (ALTRO), le chantier avait été interrompu à la suite d’un arrêt de travail des ouvriers, contraignant les autorités à résilier le contrat en décembre 2024, alors que le taux d’avancement avoisinait les 70 %. La Direction des Travaux Publics (DTP) avait agi conformément aux dispositions légales en vigueur. Cette décision devait, selon ses promoteurs, permettre une reprise rapide des travaux et un rattrapage du retard accumulé. Or, plus d’un an après la résiliation, la reprise effective tarde encore à se concrétiser. Si une entreprise privée a été désignée pour prendre le relais, le chantier n’avance qu’au ralenti. Certains observateurs remettent en cause la pertinence de ce choix, estimant qu’ALTRO, entreprise publique reconnue pour son expérience et ses compétences techniques, aurait été mieux armée pour mener à bien un ouvrage d’une telle envergure. Pour eux, le bilan parle de lui-même : le retard s’est encore creusé.
Des sources proches du dossier évoquent par ailleurs des travaux réalisés dans la précipitation, susceptibles de compromettre la durabilité de l’infrastructure. Des inquiétudes sérieuses, au regard de l’importance de cet ouvrage pour l’avenir touristique de la région. Face à cette situation, le wali d’Annaba, Abdelkrim Laamouri, a décidé d’intervenir personnellement. Selon des indiscrétions filtrées par une source proche du chantier, il s’est rendu sur place de manière inopinée, sans protocole ni membres de l’exécutif, pour constater lui-même l’état réel des travaux. Sa déception face à la lenteur du rythme d’avancement aurait été manifeste. Le chef de l’exécutif aurait alors tenu des propos fermes, intimant aux responsables du chantier de redoubler d’efforts, et fixé un ultimatum : la livraison de l’infrastructure avant l’ouverture de la prochaine saison estivale.
Reste à savoir si cette injonction suffira à sortir un projet qui traîne depuis près de deux décennies de son interminable torpeur.
Sofia Chahine

