Centre national du cinéma : Quatre regards de cinéastes algériennes sur la mémoire et l’identité
Le Centre national du cinéma d’Alger a consacré mercredi soir sa deuxième édition de ciné-club aux courts métrages réalisés par des femmes, dans le cadre de sa programmation spéciale du Ramadan. Devant un public de cinéphiles et de professionnels, quatre jeunes cinéastes ont dévoilé leurs œuvres, oscillant entre fiction et documentaire, toutes traversées par des interrogations sur l’identité, la mémoire et la transmission. En présence du directeur du CNC, Mourad Chouihi, la soirée a d’abord fait escale dans la Casbah d’Alger avec « Clef du sol » d’Alia Louiza Belamri. Ce documentaire de vingt minutes suit Wassim, jeune violoniste déchiré entre l’envie de quitter son pays pour d’autres horizons et l’attachement viscéral aux ruelles du vieil Alger, berceau de son histoire familiale. À travers le parcours de cet artiste, la réalisatrice questionne le lien complexe entre patrimoine et désir d’ailleurs, entre racines et aspiration à la mobilité. Cap au sud ensuite, avec « Khamssinate » (Années cinquante) d’Assia Khemissi. Cette œuvre personnelle plonge dans l’univers de Timimoun, où la cinéaste mêle images actuelles et archives sonores pour explorer le rôle des femmes dans la sauvegarde du patrimoine immatériel. Le film met particulièrement en lumière le chant Ahellil, pratique ancestrale inscrite dans la culture locale, dans une approche cinématographique qui flirte avec le reportage documentaire sans jamais basculer dans l’illustration didactique. La fiction s’est imposée avec « Tchebchaq Marikane » d’Amel Belidi, récit en 26 minutes centré sur deux adolescentes, Samia et Nouara. L’insouciance de leur amitié se brise lorsque le père de Nouara est assassiné, victime d’une confusion avec celui de Samia. Le film ausculte la manière dont la violence collective pénètre l’intimité enfantine, transformant la joie en peur et l’innocence en traumatisme. Imane Ayadi a clôturé les projections avec « Nya », portrait d’une fillette nommée Anya qui grandit entourée de silences familiaux. Entre les questions qu’elle pose et les réponses que les adultes refusent de formuler, un événement vient fissurer son monde intérieur et la confronte aux non-dits qui structurent sa famille. Ce court métrage explore avec délicatesse la frontière fragile entre enfance protégée et révélations brutales.
M.S.

