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La réalisation de méga-projets miniers et ferroviaires s’accélère : Tebboune maintient la pression

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a présidé jeudi une réunion de travail consacrée à l’état d’avancement des mégaprojets de la ligne minière Est, de la mine de phosphate et de ses unités, ainsi que du projet d’extraction de zinc à Oued Amizour, dont l’exploitation effective doit démarrer fin mars. La réunion a également porté sur le projet de la route transsaharienne et la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset.

Cette séquence dense traduit une volonté présidentielle de maintenir la pression sur l’ensemble de la chaîne de décision, à un moment charnière pour la stratégie de diversification économique du pays. Selon un communiqué de la Présidence de la République, la réunion « a également porté sur le projet de la route transsaharienne et la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset », confirmant que le chef de l’État entend synchroniser l’avancement de l’ensemble des infrastructures structurantes qui doivent arrimer le Sud aux circuits économiques nationaux et continentaux.  L’enjeu est considérable. Après la mise en service, le 1er février dernier, de la ligne ferroviaire Béchar-Gara Djebilet, longue de 950 kilomètres, inaugurée par le président Tebboune en personne, et le lancement concomitant de l’exploitation du gigantesque gisement de minerai de fer de Gara Djebilet, l’Algérie s’apprête à franchir une deuxième étape décisive avec le lancement, dans les tout prochains jours, de la mine de zinc et de plomb de Tala Hamza-Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa. Le wali de Béjaïa, Kamel-Eddine Kerbouche, a d’ailleurs présidé mercredi une réunion de coordination visant à « finaliser les derniers préparatifs avant le lancement, dans les quelques prochains jours, du projet d’exploitation du gisement de zinc et de plomb situé entre les communes de Tala Hamza et Oued Amizour », selon un communiqué du groupe Sonarem. Le wali a réaffirmé « l’accompagnement permanent de ce projet stratégique », soulignant « les retombées socio-économiques attendues, notamment la création d’emplois directs et indirects, le renforcement des opportunités de formation professionnelle, le développement de l’industrie minière de transformation et le transfert d’expertises et de technologie ». Le site abrite la cinquième plus grande réserve mondiale de zinc et de plomb, estimée à 54 millions de tonnes dont 34 millions exploitables. L’Algérie vise une production annuelle de deux millions de tonnes de minerai, soit 170 000 tonnes de concentrés de zinc et 30 000 tonnes de concentrés de plomb. La réunion a permis de lever l’une des dernières entraves au projet, liée à l’expropriation des terrains. Les propriétaires fonciers, présents à la rencontre, « ont accueilli favorablement le projet et exprimé leur soutien à toutes les initiatives visant à booster le développement dans la région », précise le communiqué de Sonarem. Ce projet, piloté par la co-entreprise algéro-australienne BZL, figure aux côtés du projet intégré de phosphate de Bled El Hadba et du mégaprojet de Gara Djebilet dans la liste restreinte des projets stratégiques sur lesquels l’Algérie compte s’appuyer pour conquérir les marchés internationaux des matières premières hors hydrocarbures.

En parallèle, la ligne minière Est, indissociable du Projet phosphate intégré, fait l’objet d’un suivi présidentiel direct. Cette infrastructure ferroviaire, conçue pour relier les gisements de phosphate aux unités de transformation et aux ports d’exportation, conditionne la rentabilité de l’ensemble du complexe industriel de Bled El Hadba, dont les unités de production d’engrais et d’acide phosphorique doivent alimenter un marché mondial en forte demande. La réunion présidée par Abdelmadjid Tebboune visait précisément à s’assurer que l’ensemble de la chaîne, du rail à l’usine, sera opérationnel dans les délais impartis pour la fin de l’année.

Sur le front de la pénétrante ferroviaire Alger Tamanrasset, le ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, a présidé mercredi une réunion de la haute commission interministérielle chargée du suivi du projet de la ligne Laghouat-Ghardaïa-El Menia, longue de 495 kilomètres. Selon un communiqué du ministère, cette rencontre, qui « s’inscrit dans le cadre du suivi proactif de ce projet, financé par la Banque africaine de développement (BAD) », a été consacrée à « l’examen et à la mise au point des différentes procédures administratives, techniques et financières requises pour garantir le lancement effectif des travaux ». Les discussions ont porté sur « la régularisation des situations foncières et la levée de l’ensemble des contraintes et difficultés sur le terrain, avec un accent particulier sur l’accélération du rythme de coordination entre les différents intervenants afin de respecter les délais fixés pour la concrétisation de ce projet stratégique ». Évalué à 2,67 milliards de dollars selon l’Agence nationale des investissements ferroviaires (Anesrif), cette ligne ferroviaire bénéficie d’un prêt de 747 millions de dollars de la BAD. L’Anesrif a lancé un appel d’offres pour le recrutement d’un consultant chargé de l’assistance à la maîtrise d’ouvrage, avec un début des prestations prévu en juin 2026 pour une durée de soixante mois. Ce tronçon s’inscrit dans la continuité de la section Boughezoul-Laghouat, mise en service en octobre 2023, et doit desservir onze villes, de Laghouat à Hassi Gara. À l’horizon 2030, le projet devrait générer quelque 477 333 emplois directs et indirects, selon un document de l’Anesrif. « Ce projet structurant contribuera significativement à la dynamisation de l’économie locale et nationale, en stimulant divers secteurs tels que le BTP, la logistique, les services, ainsi que les industries connexes », soutient l’agence, qui inscrit cette ligne dans une « vision stratégique de développement durable et d’intégration territoriale, visant à renforcer la connectivité entre les régions du sud algérien et à créer de nouvelles opportunités socio-économiques pour les populations locales ».

À terme, la pénétrante centrale Alger-Tamanrasset, longue de 2 039 kilomètres, avec des vitesses pouvant atteindre 220 kilomètres par heure, positionnera l’Algérie comme un acteur majeur des échanges avec l’Afrique subsaharienne, tout en valorisant les immenses potentialités agricoles, touristiques et minières des régions sahariennes, aujourd’hui largement sous-exploitées faute d’infrastructures adaptées. Cette ligne, aux côtés de la route transaharienne et de la route Tindouf-Zouirat vise également à connecter l’Algérie aux marchés africains dans la finalité de relier ces derniers aux ports algériens en Mediterranée, mais aussi de dynamiser les échanges commerciaux et les investissements entre l’Algérie et sa profondeur africaine dans une logique d’intégration économique régionale.

La convergence de ces mégaprojets — mines, rail, routes — dessine les contours d’une économie algérienne en mutation, résolument tournée vers la valorisation de ses ressources propres et la réduction de sa dépendance aux hydrocarbures.

Amar Malki

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