Nuits de Ramadhan : L’Ensemble « Amar-Ezzahi » embrase l’Auditorium de la Radio
C’est dans le cadre feutré et chargé d’histoire de l’Auditorium « Aïssa-Messaoudi » de la Radio algérienne qu’a retenti, vendredi au soir, la voix pluriséculaire de la musique andalouse. L’Orchestre du Conservatoire central d’Alger « Amar-Ezzahi », sous la direction d’Abdelkader Razk Allah, y a livré un concert en trois parties, devant un public nombreux et visiblement conquis, dans le cadre du programme de soirées ramadhanesques de la Radio algérienne. Sur cette scène mythique, une trentaine d’instrumentistes ont pris place — dont une dizaine de musiciens issus des classes moyenne et supérieure du grand Conservatoire d’Alger, maîtres et élèves côte à côte. Pendant près de deux heures, le répertoire déployé a navigué entre les Noubas Sika et R’haoui, et une suite de Mdihs, offrant au public quelque trente pièces parmi lesquelles Touchia sika, Min hobbi had el ghazala, Soltane errabiê ou encore Men zinou n’har el youm. Mais ce qui a peut-être le plus frappé les spectateurs, c’est la dimension proprement vivante de cette transmission. Car l’Ensemble « Amar-Ezzahi » n’est pas seulement un orchestre : il est, en lui-même, une démonstration en acte de la continuité d’un patrimoine. Sur scène coexistaient ce soir-là trois générations de musiciens — de la jeune Inès Laouaci, 12 ans, et d’Ayoub Sifoune, 16 ans, tous deux à la mandoline, jusqu’au maître Abdennour Alilat, 76 ans, ancien élève du légendaire cheikh Abdelkrim Dali (1914–1978), figure tutélaire de la musique classique algéroise. Le geste appliqué et précis des plus jeunes, soumis au regard à la fois rigoureux et bienveillant de leurs aînés, a produit un résultat d’une remarquable tenue. Les voix suaves et cristallines de la grande Hamida Bouaka au piano, d’Inès Laouaci, Ghozlane Sahir, Malak Dahmane et Hiba Dabz, alliées aux ténors Billel Mounsi, Walid Bendib, Abdennour Alilat et Abdelkader Razk Allah, ont rappelé avec éclat le génie des grands maîtres à l’origine de cet héritage ancestral. Les sonorités relevées des instruments à cordes, le lyrisme des textes et la beauté des mélodies bâties sur des cadences composées et irrégulières ont restitué toute la noblesse de ce registre savant, avec ses riches distributions harmoniques. Le public, lui, n’a pas boudé son plaisir. Dans une ambiance de grands soirs, youyous nourris et applaudissements répétés ont ponctué chaque pièce tout au long de la soirée. À l’issue du concert, les musiciens de l’Ensemble ont été longuement ovationnés, salués par un parterre de mélomanes qui avaient savouré, dans la pure délectation, chaque instant de ce voyage au cœur d’un patrimoine vivant, fragile et précieux.
Mohand S.

