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L’Iran affirme s’être préparé à au moins six mois de conflit : La guerre au Moyen-Orient s’inscrit-elle dans la durée ?

Face à l’offensive américano-israélienne, l’Iran se dit prêt à tenir sur la durée. Un porte-parole des Gardiens de la Révolution, cité par l’agence de presse Fars, a déclaré que « les forces armées de la République islamique d’Iran sont capables de poursuivre au moins six mois de guerre intense au rythme actuel des opérations ».

Neuf jours après le début des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, la région s’enfonce dans une spirale de la guerre sans précédent malgré les appels internationaux à la désescalade. Téhéran a désigné un nouveau guide suprême dont l’identité reste secrète, tandis que les États-Unis excluent toute négociation. Entre bombardements quotidiens, ripostes iraniennes et fermetures d’espaces aériens, le conflit menace la stabilité régionale et mondiale. Les explosions résonnent désormais quotidiennement à travers le Moyen-Orient et le Golfe Persique. Depuis le 28 février, date du déclenchement de l’opération conjointe américano-israélienne contre l’Iran, la région connaît une escalade militaire sans équivalent depuis des décennies. Neuf jours après le début des hostilités, le conflit s’est étendu géographiquement et intensifié sur le plan opérationnel, faisant craindre un embrasement durable.

Le bilan humain s’alourdit de jour en jour. Selon les autorités iraniennes, les frappes ont fait plus de 1.200 morts, dont le guide suprême Ali Khamenei tué dès le premier jour, plus de cent cinquante écolières et plusieurs hauts responsables militaires. Plus de 10.000 blessés sont également recensés côté iranien. Les bombardements se sont poursuivis dans la nuit de samedi à dimanche sur plusieurs fronts. Quatre dépôts pétroliers et un site logistique servant au transport de produits pétroliers ont été frappés à Téhéran et ses environs, faisant quatre morts selon Keramat Veyskarami, dirigeant de la compagnie nationale de distribution des produits pétroliers iranienne. Les sites sont endommagés mais le feu est sous contrôle, a-t-il précisé à la télévision d’État. La fumée des incendies a envahi le ciel de la capitale iranienne, couvrant la ville d’un voile noir au petit matin. Des habitants ont décrit une odeur de brûlé prégnante.

De nouvelles explosions ont été entendues dimanche matin à Téhéran, sans bilan immédiat de victimes ou de dommages matériels. D’autres détonations ont secoué la province centrale de Yazd selon l’agence de presse officielle Irna, ainsi que la province centrale d’Ispahan. L’armée d’occupation israélienne a annoncé avoir lancé une vague de frappes visant des sites militaires à travers l’Iran.

En représailles, Téhéran a intensifié ses opérations contre l’entité sioniste et les bases américaines dans la région. Les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique iranienne, ont affirmé avoir tiré des missiles en direction des sites de l’entité sioniste de Tel-Aviv et Beersheva, ainsi que vers une base aérienne en Jordanie. Une série d’explosions ont été entendues dans l’après-midi à Tel-Aviv.

Les pays du Golfe subissent également les conséquences de l’escalade. Le Koweït a annoncé faire face à une nouvelle attaque de missiles et de drones, tandis que le ministère saoudien de la Défense a indiqué avoir déjoué une attaque de drone contre le quartier diplomatique de Riyad.

Au Liban, l’armée d’occupation israélienne a mené vendredi une nouvelle série de frappes sur la banlieue sud de Beyrouth et frappé un hôtel dans la capitale libanaise.

Une succession sous le sceau du secret

Dans ce contexte explosif, l’Assemblée des experts iranienne a procédé à la désignation d’un nouveau guide suprême pour succéder à Ali Khamenei, sans toutefois révéler son identité. Cette décision cruciale pour l’avenir politique de la République islamique intervient dans des circonstances exceptionnelles. « Le candidat le plus approprié, approuvé par la majorité de l’Assemblée des experts, a été désigné », a déclaré Mohsen Heydari, représentant de la province du Khouzestan à l’Assemblée des experts, selon l’agence de presse Isna. Un autre membre de l’instance, Mohammad Mehdi Mirbagheri, a confirmé dans une vidéo relayée par l’agence Fars qu’une « opinion ferme, reflétant la position majoritaire, a été arrêtée ».

Le haut dignitaire religieux Ahmad Alamolhoda a affirmé que « toutes les rumeurs et informations suggérant que l’Assemblée des experts n’a pas encore pris de décision sont complètement fausses », dans des propos rapportés par l’agence Mehr News. Selon lui, le vote pour la succession a déjà eu lieu et un successeur a été désigné. Alamolhoda a précisé que, conformément à la Constitution iranienne, aucune personne, y compris les membres de l’Assemblée des experts, n’a le droit de modifier son vote une fois la décision prise. L’annonce officielle dépend de l’ayatollah Hashem Hosseini Bushehri, chargé de la communiquer publiquement. Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a déclaré que « c’est au peuple iranien de choisir son nouveau dirigeant » et à « personne d’autre », trois jours après que Donald Trump a exigé d’être impliqué dans ce choix.

Washington ferme la porte aux négociations

Le président américain Donald Trump a clairement indiqué qu’il n’était pas intéressé par des négociations avec l’Iran. Il a ajouté que la campagne militaire menée par les États-Unis et l’entité sioniste pourrait rendre toute négociation inutile si tous les dirigeants potentiels iraniens étaient tués et l’armée iranienne détruite, rapporte Reuters. « À un moment, je ne pense pas qu’il restera quiconque peut-être pour dire nous nous rendons », a déclaré le locataire de la Maison Blanche. À bord d’Air Force One samedi, Trump a évoqué un envoi possible de troupes au sol en Iran pour contrôler les stocks d’uranium enrichi du pays. « Peut-être qu’à un moment nous le ferons. Ce serait formidable », a-t-il lancé, avant de préciser que c’est « quelque chose que nous pourrions faire plus tard. Mais pas maintenant ». La Maison Blanche justifie l’offensive contre l’Iran en affirmant que le pays avait accumulé de tels stocks d’uranium enrichi que Téhéran était très proche de pouvoir fabriquer une bombe atomique.

Concernant l’éventualité d’une offensive kurde contre l’Iran, Trump a déclaré samedi ne « pas vouloir » que les Kurdes lancent une telle opération. « Je ne veux pas que les Kurdes y aillent », a-t-il affirmé. « Nous ne voulons pas rendre cette guerre plus compliquée qu’elle ne l’est déjà. »

Téhéran affiche sa détermination

Face à l’offensive américano-israélienne, l’Iran se dit prêt à tenir sur la durée. Un porte-parole des Gardiens de la Révolution, cité par l’agence de presse Fars, a déclaré que « les forces armées de la République islamique d’Iran sont capables de poursuivre au moins six mois de guerre intense au rythme actuel des opérations ».

Une mobilisation diplomatique internationale

Face à l’escalade militaire, les efforts diplomatiques internationaux se multiplient pour freiner la spirale guerrière et éviter une conflagration régionale aux conséquences imprévisibles. Au neuvième jour de cette crise marquée par la poursuite des échanges de frappes aériennes et de tirs de missiles, plusieurs pays et organisations appellent à la désescalade. Le Qatar a insisté par la voix de son émir, Cheikh Tamim Ben Hamad Al Thani, sur l’urgence de contenir la crise et de redoubler d’efforts diplomatiques pour y mettre un terme, d’après l’agence de presse qatarie QNA. L’émir qatari a souligné les graves répercussions que cette escalade pourrait entraîner pour la sécurité et la paix internationales et la nécessité de soutenir les solutions politiques de nature à résoudre les tensions actuelles et à empêcher toute nouvelle escalade. Le ministère omanais des Affaires étrangères a mis en garde contre le risque d’une escalade du conflit et de conséquences indésirables dans la région. Il a appelé toutes les parties à suspendre immédiatement les opérations militaires, à faire preuve de retenue et au respect des solutions diplomatiques.

De son côté, le ministre égyptien des Affaires étrangères a appelé à la désescalade, à faire prévaloir la raison et à reprendre les négociations et les voies diplomatiques afin d’éviter davantage de chaos dans la région. La Turquie a plaidé pour le dialogue par le biais de son président Recep Tayyip Erdogan en vue d’apaiser la tension dans la région du Moyen-Orient et du Golfe, tout en avertissant que ces derniers développements pourraient gravement nuire à la stabilité régionale et mondiale. Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a mis en garde contre toute tentative de déclencher une guerre civile en Iran en instrumentalisant les clivages ethniques ou religieux, qualifiant ce scénario d’extrêmement dangereux. Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a appelé à une cessation immédiate des opérations militaires au Moyen-Orient pour empêcher une nouvelle escalade et éviter la propagation du conflit. « C’est une guerre qui n’aurait jamais dû avoir lieu, et une guerre qui n’apporte aucun bénéfice à aucune des parties », a-t-il déclaré, ajoutant que le monde ne peut pas retourner à la loi de la jungle. « Recourir systématiquement à la force ne prouve rien de sa propre puissance », a-t-il souligné dans une claire référence aux États-Unis. La Chine a exprimé sa colère face aux frappes américaines et israéliennes en Iran, alors qu’une visite en Chine du président Trump est annoncée en avril côté américain.

En Afrique du Sud, le ministère des Relations internationales et de la Coopération a appelé toutes les parties concernées à faire preuve de la plus grande retenue, privilégier la désescalade, éviter toute nouvelle confrontation et à reprendre les négociations par le biais de mécanismes multilatéraux existants sous l’égide des Nations unies.

Des répercussions économiques croissantes

Sur le plan économique, plusieurs pays ont pris des mesures pour protéger leurs économies, sécuriser l’approvisionnement énergétique et limiter l’impact de l’escalade de la situation dans la région. La Kuwait Petroleum Corporation a annoncé samedi avoir invoqué la force majeure en raison de l’escalade des tensions au Moyen-Orient et des menaces persistantes pesant sur ses exportations de pétrole via le détroit d’Ormuz. Les réductions de production au Koweït ont débuté le 7 mars au matin à hauteur d’environ cent mille barils par jour, et devraient tripler ce dimanche. D’éventuelles réductions supplémentaires dépendront du niveau des stocks et de la situation dans le détroit d’Ormuz, d’après la société pétrolière koweïtienne. En ce qui concerne la navigation aérienne, Qatar Airways a indiqué qu’elle continuait de suspendre temporairement ses vols en raison de la fermeture persistante de l’espace aérien du pays, précisant qu’elle reprendra ses opérations dès l’annonce de l’Autorité générale de l’aviation civile du Qatar concernant la réouverture sécurisée de l’espace aérien, conformément à l’approbation des autorités compétentes. L’Autorité de l’aviation civile irakienne a annoncé la prolongation de la fermeture de l’espace aérien irakien à tous les avions en provenance, à destination ou en survol, pour soixante-douze heures supplémentaires à compter de samedi. L’Autorité a précisé que cette décision de prolongation est basée sur l’évaluation continue de la situation sécuritaire et de l’évolution des conditions régionales, et qu’une nouvelle évaluation sera effectuée selon les développements.

Neuf jours après le déclenchement des hostilités, le conflit semble s’installer dans la durée malgré les appels à la désescalade. L’entêtement affichée par Washington, la détermination de Téhéran et l’extension géographique des opérations militaires dessinent les contours d’une crise dont l’issue reste incertaine et dont les conséquences pour la stabilité régionale et mondiale préoccupent la communauté internationale.

Lyes Saïdi

M. Attaf participe aux travaux de la réunion du Conseil de la Ligue arabe

Le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, M. Ahmed Attaf, a participé, dimanche, aux travaux de la session extraordinaire de la réunion du Conseil de la Ligue arabe au niveau ministériel, consacrée à l’examen de la situation au Moyen-Orient et dans le Golfe arabique, indique un communiqué du ministère. Cette réunion a permis d' »examiner les répercussions de l’escalade militaire dans la région sur la souveraineté et l’intégrité de nombre de pays arabes, ainsi que les risques et menaces qu’elle fait peser aux niveaux régional et international », précise le communiqué.

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