Économie

Face au bouleversement énergétique mondial : Le gazoduc transsaharien, clé de voûte de l’ambition africaine

Alors que la paralysie du détroit d’Ormuz rebat les cartes de l’approvisionnement planétaire en hydrocarbures, l’Organisation africaine des producteurs de pétrole place le projet TSGP reliant le Nigeria à l’Algérie au cœur d’une stratégie continentale visant à faire de l’Afrique non plus un simple fournisseur, mais un architecte du nouvel ordre énergétique mondial. Le contexte géopolitique n’a jamais été aussi favorable à l’émergence de routes énergétiques alternatives. Et l’Algérie, par sa position géographique et ses infrastructures gazières, se trouve au carrefour de cette recomposition. Dans un éditorial publié récemment sur le site de l’Organisation africaine des producteurs de pétrole, intitulé « L’Afrique : pivot stratégique du nouvel échiquier énergétique », le secrétaire général de l’APPO, Farid Ghezali, a placé le gazoduc transsaharien (TSGP) au rang de priorité stratégique absolue pour le continent. Ce mégaprojet, qui doit relier les champs gaziers nigérians aux terminaux d’exportation algériens en traversant le Niger sur plus de 4.000 kilomètres, est présenté comme l’une des infrastructures capables de transformer durablement la place de l’Afrique sur le marché mondial de l’énergie. Le diagnostic posé par le patron de l’APPO est sans ambiguïté. « Le marché énergétique mondial vit une rupture historique », écrit-il, rappelant que « depuis le 28 février 2026, le détroit d’Ormuz — artère vitale transportant 20 % du pétrole mondial, soit 17 millions de barils par jour, et un tiers du GNL global — est paralysé par le conflit dans le Golfe ». Cette crise majeure, loin de constituer un simple accident conjoncturel, redéfinit les rapports de force entre producteurs et consommateurs. « Ces chocs ne sont pas conjoncturels. Ils redessinent durablement les équilibres géopolitiques et commerciaux de l’énergie pour la décennie à venir », avertit Farid Ghezali. C’est précisément dans cette « tourmente » que l’Afrique se retrouve propulsée au centre du jeu. Avec ses 715 mille milliards de pieds cubes de réserves gazières, représentant huit pour cent des réserves mondiales, et ses 125 milliards de barils de pétrole, le continent dispose d’atouts considérables. L’APPO le qualifie de « variable d’ajustement indispensable » dans un monde en quête de sécurité d’approvisionnement. L’Europe, en particulier, cherche activement à diversifier ses sources d’importation après les ruptures successives qui ont fragilisé ses couloirs traditionnels d’approvisionnement. Le TSGP offrirait une voie d’acheminement directe et sécurisée vers le Vieux Continent via les infrastructures algériennes existantes, qu’il s’agisse des gazoducs sous-marins Medgaz et Transmed ou des complexes de liquéfaction. Pour concrétiser cette ambition, l’APPO a défini l’accélération des infrastructures critiques comme une priorité immédiate. Le TSGP, dont la première phase devrait être opérationnelle à l’horizon 2029, figure en tête de liste aux côtés des hubs de GNL en développement au Mozambique, au Nigeria et au Sénégal. L’organisation continentale déploie une vision qui dépasse largement le cadre de l’exportation brute. « L’Afrique ne sera pas seulement fournisseur. Elle sera l’architecte », souligne le secrétaire général, esquissant une feuille de route articulée autour de quatre axes : l’optimisation de la production, la diversification des marchés d’exportation, le renforcement institutionnel à travers notamment la création de fonds souverains communs, et l’innovation technologique. Pour l’Algérie, les enjeux sont majeurs. Le TSGP viendrait consolider son statut de hub gazier méditerranéen, renforcer ses revenus d’exportation grâce aux droits de transit et valoriser son réseau de transport qui constitue déjà l’un des plus développés du continent. À l’heure où la reconfiguration des flux énergétiques mondiaux s’accélère, Alger dispose d’une fenêtre d’opportunité stratégique pour s’imposer comme le corridor incontournable entre les réserves subsahariennes et la demande européenne.

Sabrina Aziouez

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