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Les installations pétrolières au cœur de la guerre au Moyen-Orient

Au dixième jour de l’agression américano-sioniste contre l’Iran, les installations énergétiques sont devenues l’enjeu central d’un conflit qui menace l’équilibre économique mondial. Téhéran a averti qu’elle pourrait cibler les infrastructures pétrolières régionales, tandis que les experts redoutent une flambée au-delà de 200 dollars le baril.

L’escalade qui secoue le Golfe depuis le 28 février a franchi lundi un nouveau cap. De nouvelles frappes israéliennes ont visé des infrastructures énergétiques à Téhéran, Ispahan et dans le sud. Selon les autorités iraniennes, l’offensive a causé 1332 morts, dont le Guide Ali Khamenei. La dimension énergétique a pris une ampleur inédite dimanche lorsque l’aviation israélienne a bombardé des dépôts de pétrole. L’état-major iranien a averti que la poursuite de telles opérations pourrait entraîner des représailles à travers le Moyen-Orient, évoquant un dépassement des 200 dollars le baril. Les répercussions économiques se font sentir. L’activité maritime connaît un recul notable. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial, cristallise les inquiétudes. Plusieurs pays du Golfe ont arrêté la production. C’est dans ce contexte que Mojtaba Khamenei a été désigné Guide suprême succédant à son père. Trump a déclaré que le nouveau Guide « ne tiendrait pas longtemps ». L’entité sioniste a prévenu qu’il serait « une cible ». L’Iran a riposté par missiles et drones.

Pékin et Moscou haussent le ton

Face à l’intensification du conflit, les grandes puissances rivales des États-Unis ont durci leur position. Le président russe Vladimir Poutine a adressé lundi un message de félicitations à Mojtaba Khamenei, réaffirmant le « soutien indéfectible » de Moscou à Téhéran. « Dans un contexte où l’Iran fait face à une agression armée, vos fonctions à ce poste élevé exigeront sans doute beaucoup de courage et de dévouement », a déclaré le chef du Kremlin, ajoutant que « la Russie a été et restera un partenaire fiable de la République islamique ». Cette déclaration de solidarité intervient alors que Moscou a entamé la deuxième phase de l’évacuation de son personnel de la centrale nucléaire de Bouchehr, dont la construction avait été assurée par la Russie.

La Chine, principal importateur de pétrole iranien avec 13% de ses approvisionnements en provenance de Téhéran en 2025, a également haussé le ton. Le porte-parole des Affaires étrangères chinoises, Guo Jiakun, a déclaré lors d’un point de presse que « la Chine s’oppose à toute ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays, sous quelque prétexte que ce soit, et la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Iran doivent être respectées ». Pékin a déployé une intense activité diplomatique, désignant un émissaire spécial, Zhai Jun, chargé de mener une médiation. Ce dernier s’est entretenu dimanche avec le ministre saoudien des Affaires étrangères et le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe. Au Conseil de sécurité des Nations unies, la Russie a présenté un projet de résolution appelant à un cessez-le-feu immédiat au Moyen-Orient et exhortant toutes les parties à reprendre les négociations. Le document souligne « l’importance de garantir la sécurité de tous les États au Moyen-Orient » et insiste sur le respect des obligations découlant du droit international, y compris le droit international humanitaire. Plusieurs pays non alignés, dont la Malaisie, ont appelé la communauté internationale à agir de manière « urgente et décisive » avant que le conflit ne fasse davantage de victimes.

L’Organisation de la coopération islamique a également condamné fermement la poursuite des opérations militaires, appelant à l’imposition de sanctions dissuasives. Les observateurs notent toutefois que la probabilité d’une intervention directe de la Chine ou de la Russie reste faible, ces puissances privilégiant pour l’instant les canaux diplomatiques tout en maintenant leur soutien politique à Téhéran.

Alors que les experts redoutent une extension du conflit susceptible de déstabiliser durablement l’approvisionnement énergétique mondial, la France a annoncé, avec ses alliés, la préparation d’une mission « défensive » visant à rouvrir le détroit d’Ormuz. Cette initiative, perçue par Téhéran comme une ingérence supplémentaire, pourrait compliquer davantage la recherche d’une issue diplomatique à une crise qui menace de plonger l’économie mondiale dans la tourmente. La communauté internationale se trouve désormais face à un dilemme : laisser l’escalade militaire suivre son cours avec des conséquences économiques potentiellement catastrophiques, ou imposer un cessez-le-feu que ni Washington ni Tel-Aviv ne semblent prêts à accepter pour l’instant.

Lyes Saïdi

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