Transplantation d’organes en Algérie : 1 600 greffes, mais 32 000 malades attendent toujours
En quarante ans, l’Algérie a réalisé 1 600 opérations de transplantation d’organes. Un chiffre qui témoigne d’un réel progrès médical, mais qui contraste douloureusement avec les 32.000 patients inscrits sur les listes d’attente, dans l’espoir d’un rein, d’un foie ou d’une cornée qui tarde à venir. C’est ce tableau contrasté qu’a dressé, mercredi matin sur les ondes de la Chaîne I, le Professeur Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et président du comité d’éthique médicale du CHU Mustapha Bacha d’Alger. Retraçant l’histoire de cette discipline en Algérie, le Professeur Belhadj a rappelé que la première greffe — une transplantation de cornée — remonte à 1977 au CHU Mustapha Bacha, suivie de la première greffe rénale en 1986. Depuis, la médecine algérienne a progressé, portée par l’évolution des techniques chirurgicales et un effort de formation des équipes médicales. Le CHU de Batna s’est notamment distingué ces trois dernières années, en réalisant à lui seul « près de 60 % des greffes rénales enregistrées à l’échelle nationale », un taux que le spécialiste juge « avancé par rapport à plusieurs pays du Maghreb ». Mais l’obstacle majeur n’est pas d’ordre technique. Il est culturel et sociétal. « Le problème fondamental ne réside pas dans les capacités médicales ni dans les compétences, mais dans la rareté des donneurs », a insisté le professeur. La loi exige le consentement de la famille avant tout prélèvement, et le respect dû au corps du défunt freine considérablement les dons. Résultat : malgré des fatwas religieuses autorisant et encourageant le don d’organes, « la société préfère généralement le don au sein du cercle familial, tandis que le don à des tiers se heurte au refus dans de nombreux cas ». Pour inverser cette tendance, le Professeur Belhadj appelle à intensifier les campagnes de sensibilisation, en mobilisant « les mosquées, les écoles et les médias » comme relais de proximité. Sur le plan institutionnel, il plaide pour la numérisation des procédures et l’enrichissement du cadre juridique encadrant la transplantation, afin d’en garantir la transparence. Il souligne enfin que les prélèvements de cornées sur les personnes décédées permettraient de « réduire la dépendance aux importations étrangères », à condition de renforcer la confiance des citoyens envers le système de santé.
Lyna Larbi

