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Face aux attaques américano-israéliennes : Téhéran défie Washington et affiche sa détermination

Au quatorzième jour de la guerre déclenché le 28 février par des frappes conjointes des États-Unis et de l’entité sioniste contre l’Iran, Téhéran multiplie les messages de fermeté à l’adresse de Donald Trump.

Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranienne, a directement interpellé le président américain Donald Trump dans un message publié sur la plateforme X, jeudi. Réagissant aux déclarations de Trump, qui avait exigé une « victoire rapide » dans cette guerre, Larijani a rétorqué avec aplomb : « Trump revient pour dire qu’il faut remporter cette guerre rapidement. Mais déclencher des guerres est certes aisé ; les achever ne se fait pas à coups de quelques tweets. » Et d’ajouter, dans une adresse frontale au locataire de la Maison-Blanche : « Nous ne vous lâcherons pas tant que vous n’aurez pas reconnu votre erreur et payé le prix de vos actes. » Ce défi ouvert à la première puissance militaire mondiale illustre la posture adoptée par la République islamique depuis le début du conflit : celle d’un État qui refuse de plier, malgré l’ampleur des destructions infligées à son territoire. La journée de vendredi a offert l’image la plus saisissante de cette détermination iranienne. Alors que des raids aériens intenses frappaient les environs de Téhéran dès les premières heures de la matinée, des dizaines de milliers de personnes ont investi les rues de la capitale et de nombreuses autres villes iraniennes pour commémorer la « Journée mondiale d’Al-Qods ». La télévision d’État a diffusé des images montrant des foules considérables scandant des slogans hostiles à l’agression et renouvelant leur allégeance au nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, successeur d’Ali Khamenei, tué dans les frappes du 28 février. Ce dernier avait, dans un premier message la veille, appelé les Iraniens à participer massivement aux rassemblements. Les bombardements n’ont pas empêché des milliers de citoyens de braver le danger pour exprimer leur soutien au pouvoir en place, en dépit de blessés signalés au sein même des cortèges. La présence ostensible des plus hauts responsables de l’État au cœur de ces manifestations a constitué un signal fort. Le président Massoud Pezeshkian, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale Ali Larijani, le chef de l’Organisation de l’énergie atomique Mohammad Eslami, le maire de Téhéran, le président du pouvoir judiciaire, ainsi que des membres du Conseil des experts du Guide étaient tous présents. Cette mobilisation au sommet visait à démontrer que la direction iranienne reste « soudée et cohérente », selon les termes de Larijani, adressés directement à Trump. Le ministre Araghchi a renchéri : « Nous poursuivrons avec la même force et les ennemis seront contraints de reconnaître la puissance du peuple iranien. » Il a estimé que la participation massive aux marches reflétait « la volonté et la détermination du peuple iranien à maintenir ce cap ».

Riposte militaire et guerre d’usure dans le détroit d’Ormuz

Sur le plan militaire, l’Iran a multiplié les opérations de riposte. Les Gardiens de la révolution ont affirmé dans la nuit de jeudi à vendredi avoir infligé « d’importants dégâts » au porte-avions nucléaire américain USS Abraham Lincoln au moyen de missiles et de drones, une revendication que Washington n’a pas commentée. Parallèlement, Téhéran a déclaré qu’un avion ravitailleur KC-135 américain avait été abattu dans l’ouest de l’Irak par des « factions de la résistance », tuant tout son équipage. Le Commandement central américain (CENTCOM) a reconnu la perte de l’appareil, mais a nié tout tir ennemi ou ami, sans fournir d’explication alternative. L’Iran a par ailleurs entrepris de miner le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ vingt pour cent du pétrole brut mondial, en utilisant de petites embarcations après la destruction de ses navires poseurs de mines par la marine américaine. Le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei a affirmé que « le levier du blocage d’Ormuz doit continuer d’être utilisé ». Depuis le début du conflit, seuls 77 navires ont franchi le détroit, contre plus de 1 200 sur la même période un an plus tôt.

La communauté internationale appelle à la retenue

Le président américain Donald Trump a annoncé vendredi sur Fox News que les États-Unis frapperaient l’Iran « très fort au cours de la prochaine semaine », jugeant par ailleurs « possible » que la Russie « aide un petit peu » Téhéran. Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a affirmé que plus de 15 000 cibles avaient été frappées en Iran depuis le début de l’offensive. Face à cette escalade, les experts des droits de l’homme des Nations unies ont qualifié l’attaque américano-israélienne d’« acte d’agression totalement illégal au regard du droit international », lancée « alors que des négociations étaient toujours en cours ». Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a averti que « la région est poussée jusqu’au point de rupture » et s’est rendu à Beyrouth en « visite de solidarité » avec le Liban, également ciblé par l’entitédepuis le 2 mars. Les experts onusiens ont appelé à un cessez-le-feu immédiat et à l’organisation d’une conférence internationale de paix, tout en mettant en garde contre la demande américaine de « reddition sans condition » de l’Iran, susceptible d’entraîner « une guerre prolongée et d’énormes souffrances humaines ». Le bilan humain du conflit s’alourdit de jour en jour : plus de 1 300 morts en Iran, dont au moins 150 écolières tuées dans le bombardement d’une école à Minab, plus de 10 000 blessés et 4,1 millions de déplacés internes, selon les Nations unies.

Lyes Saïdi

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