Les impacts des tensions USA-Iran : Quelles sont les perspectives de l’économie mondiale
Par Abderrahmane Mebtoul
Professeur des universités, expert international
Pour le FMI, dans un contexte de tensions intenses, avec des inquiétudes sur les flux via le détroit d’Ormuz, où transitent entre 20 % et 25 % des produits hydrocarbures, surtout en direction de l’Asie et, en retour, les produits indispensables à cet espace, les risques principaux en cas de prolongation du conflit seraient le ralentissement de la croissance de l’économie mondiale via sa sécurité énergétique, notamment.
Avant les tensions au Moyen-Orient, le FMI a publié un important rapport sur les perspectives de l’économie mondiale en janvier 2026, où le scénario était déjà mitigé : qu’en sera-t-il après les impacts de la guerre Iran-USA via Israël, où le taux de croissance risque d’être déjà très affecté, surtout celui de la Chine, pénalisant les pays les plus vulnérables, dont bon nombre de pays d’Afrique — où, selon la directrice générale du FMI Kristalina Georgieva, a averti le 5 mars 2026, les nouvelles tensions et le conflit au Moyen-Orient mettent à l’épreuve la résilience de l’économie mondiale. Elle a souligné les risques de flambée des prix de l’énergie, d’inflation accrue et de volatilité des marchés, exhortant les décideurs à « penser l’impensable ».
En effet, pour le FMI, dans un contexte de tensions intenses, avec des inquiétudes sur les flux via le détroit d’Ormuz, où transitent entre 20 % et 25 % des produits hydrocarbures, surtout en direction de l’Asie et, en retour, les produits indispensables à cet espace, les risques principaux en cas de prolongation du conflit seraient le ralentissement de la croissance de l’économie mondiale via sa sécurité énergétique, notamment.
Au gré des discours, et en fonction de la durée du conflit, une hausse de l’inflation est à prévoir : pour le FMI, une hausse de 10 % du prix du baril peut augmenter l’inflation de 0,2 à 0,3 point, et comme actuellement la hausse approche 40 %, soit au maximum 1,2 point, ce qui est énorme avec la hausse des taux d’intérêts, le frein à l’investissement et de vives tensions sociales, sans compter les déplacements, les pertes humaines (le drame du Liban), les coûts supportés par les efforts de guerre des différents partis et les destructions.
Le cours du pétrole a connu, entre le début et le 11 mars 2026, une volatilité extrême, étant passé, selon les discours du président américain et des dirigeants iraniens, de 115 dollars à 85/90 dollars, étant coté le 11 mars 2026 à 15h GMT à 90,84 dollars, expliquant le désarroi des commentateurs sur les différents plateaux au niveau mondial. D’où l’importance de connaître la structure de l’économie mondiale afin d’élaborer des scénarios d’anticipation.
Le FMI anticipait donc, avant les événements, une croissance économique mondiale résiliente de 3,3 % en 2026, révisée à la hausse grâce à l’IA et aux investissements technologiques, et ce avant les tensions géostratégiques au Moyen-Orient qui risquent de plomber l’économie mondiale avec un fort taux d’inflation du fait de la forte hausse des prix de l’énergie.
Selon ce rapport, par zones géographiques, le taux de croissance des pays développés serait en 2026 de 2,8 % : en premier, les États-Unis avec un taux de 2,6 %, suivis de la zone euro dont le taux de croissance est projeté à 1,3 % (ou de 1,1 % à 1,6 % selon les sources), dont, après une récession, l’Allemagne (+1,1 % à 1,5 %), la France (+1,2 % à 1,3 %), l’Italie (+0,7 %) et l’Espagne (+1,9 % à 2,3 %). Pour les pays émergents, nous avons une moyenne de 4,0 %, la Chine connaissant un taux relativement modeste d’environ 4,5 %.
Voici le classement des 20 plus grandes puissances économiques mondiales selon les prévisions du FMI pour 2026 : 1. États-Unis : 31 821 milliards de dollars pour 340 millions d’habitants — 2. Chine : 20 651 milliards de dollars — 3. Allemagne : 5 328 milliards de dollars — 4. Inde : 4 506 milliards de dollars — 5. Japon : 4 464 milliards de dollars — 6. Royaume-Uni : 4 226 milliards de dollars — 7. France : 3 559 milliards de dollars — 8. Italie : 2 702 milliards de dollars — 9. Russie : 2 509 milliards de dollars — 10. Canada : 2 421 milliards de dollars — 11. Brésil : 2 293 milliards de dollars — 12. Espagne : 2 042 milliards de dollars — 13. Mexique : 2 031 milliards de dollars — 14. Australie : 1 948 milliards de dollars — 15. Corée du Sud : 1 937 milliards de dollars — 16. Turquie : 1 576 milliards de dollars — 17. Indonésie : 1 550 milliards de dollars — 18. Pays-Bas : 1 413 milliards de dollars — 19. Arabie Saoudite : 1 316 milliards de dollars — 20. Pologne : 1 110 milliards de dollars.
Pour l’Afrique, selon les projections du FMI pour 2026, les économies africaines affichent une résilience notable avec une croissance régionale attendue autour de 4,6 % en Afrique subsaharienne. Le PIB cumulé du continent devrait atteindre environ 3 320 milliards de dollars, soutenu par la diversification, les investissements en infrastructures et les secteurs de l’énergie et du numérique.
Pour les 20 premiers pays, toujours en termes de PIB, nous avons le classement suivant par ordre décroissant selon le FMI — corrigeant certains pays avec un PIB à la baisse au moyen de tests de cohérence qui surestiment leur PIB : 1. Afrique du Sud : 443,64 Md$ — 2. Égypte : 399,51 Md$ — 3. Nigéria : 334,34 Md$ — 4. Algérie : 284,98 Md$ — 5. Maroc : 196,12 Md$ — 6. Kenya : 140,87 Md$ — 7. Éthiopie : 125,74 Md$ — 8. Ghana : 113,49 Md$ — 9. Côte d’Ivoire : 111,45 Md$ — 10. Angola : 109,86 Md$ — 11. Tanzanie : ~94 Md$ — 12. RD Congo : 88,13 Md$ — 13. Ouganda : ~58 Md$ (estimation tendancielle) — 14. Tunisie : ~56 Md$ (estimation tendancielle) — 15. Cameroun : ~53 Md$ (estimation tendancielle) — 16. Libye : 49,16 Md$ — 17. Sénégal : ~40 Md$ (estimation tendancielle) — 18. Zambie : ~35 Md$ (estimation tendancielle) — 19. Guinée : 30,92 Md$ — 20. Mali : 28,48 Md$.
Pour une appréciation objective, un PIB global voile d’importantes disparités ; il s’agit à la fois de diviser le PIB par la population totale et d’éclater le PIB pour calculer le revenu national par couches sociales. Ainsi, nous avons pour les estimations de l’année 2025, pour les principaux pays développés, le PIB par habitant (estimations 2025 – FMI) : Luxembourg, 150 000 $ (PPA) — Suisse, 88 000 € (nominal) — Irlande, 130 000 $ (PPA) — Singapour, 150 000 $ (PPA) — États-Unis : ~89 599 $ (PPA) — Norvège, 80 000 $ (nominal) — Allemagne, 59 925 $ (nominal) — France, 48 950 $ (nominal) — Japon, 34 713 $ (nominal).
En 2025, le PIB par habitant en Afrique affiche de fortes disparités, avec une croissance du PIB réel du continent prévue à 4,1 %. Voici une estimation des 10 pays africains avec le PIB par habitant le plus élevé pour 2025 (basé sur des projections du FMI et de Trading Economics) : Seychelles (~21 956 USD) — Maurice (~12 519 USD) — Gabon (~9 303 USD) — Guinée équatoriale (~8 229 USD) — Libye (forte volatilité, ~9 861 USD en estimations) — suivi par ordre de : Botswana : 6 943 USD — Afrique du Sud : 6 667 USD — Algérie : 6 095 USD — Namibie : 4 512 USD — Eswatini : 5 417 USD et Cap-Vert : 3 700 USD.
Comme doit être prise en compte, surtout en Afrique, pour le calcul réel du PIB, l’importance de la sphère informelle — devant distinguer la sphère informelle productive, qui contribue à la valeur ajoutée, de la sphère informelle spéculative, souvent marchande, qui constitue un transfert.
En conclusion, le monde connaît, en termes de PIB nominal, d’importantes disparités, où les États-Unis plus l’Europe, y compris la Grande-Bretagne, pour une population de moins d’un milliard d’habitants sur environ 8 milliards de la population mondiale totale, totalisent environ 44 % du PIB mondial estimé à 117 000 milliards de dollars en 2025 ; pour la Chine et l’Inde, représentant 35 % de la population mondiale (les deux totalisant 2,8 milliards d’habitants), la part est de 22 % du PIB mondial.
A.M.
ANNEXE
Dans la pratique, nous avons plusieurs indicateurs pour mesurer la richesse d’une nation, avec des résultats souvent différents.
Le Produit Intérieur Brut (PIB) mesure la richesse créée dans un pays et se calcule principalement selon trois approches, aboutissant au même résultat : la demande (consommation + investissement + dépenses publiques + exportations nettes), la production (somme des valeurs ajoutées) ou les revenus (salaires + profit + impôts).
La Parité du Pouvoir d’Achat (PPA) se calcule en comparant le coût d’un même panier de biens et services dans deux pays différents, exprimé dans leurs monnaies locales respectives. Le taux PPA est le taux de change qui égalise le coût de ce panier.
Le revenu national par tête (ou RNB par habitant) est un indicateur économique mesurant le Revenu National Brut (RNB) total d’un pays divisé par sa population totale sur une année. Il représente le revenu moyen par habitant, évaluant le niveau de vie et la richesse moyenne, bien qu’il ne reflète pas les inégalités de répartition. Il doit être complété par l’indice (ou coefficient) de Gini, qui est un indicateur synthétique mesurant la concentration du revenu national et les inégalités, variant entre 0 (égalité parfaite) et 1 (inégalité maximale), où plus la courbe est éloignée de la diagonale, plus les inégalités sont fortes.
L’Indice de Développement Humain (IDH) est un indicateur composite du PNUD mesurant le bien-être moyen d’un pays selon trois dimensions : l’espérance de vie (santé), le niveau d’éducation (années de scolarisation) et le revenu national brut par habitant (niveau de vie). Il varie de 0 à 1, évaluant le développement humain au-delà de la seule richesse.
Mais souvent, les investisseurs sont attentifs, outre la bonne gouvernance et la valorisation du savoir, au produit brut d’un pays et surtout à sa structure pour déterminer sa performance.

