Souveraineté alimentaire : Deux projets stratégiques lancés
Deux projets, une même ambition : réduire la dépendance de l’Algérie aux importations agricoles et asseoir sa souveraineté alimentaire sur des bases scientifiques solides. C’est le message fort qu’ont voulu envoyer mercredi à Alger le ministre de l’Agriculture, Yacine El-Mahdi Oualid, et le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, en coprésidant une réunion de coordination interministérielle consacrée à deux chantiers jugés stratégiques : la production de plants par culture de tissus et la production de semences hybrides. La réunion, qui s’est tenue en présence des cadres centraux des deux ministères, du directeur général du Fonds national d’investissement, des responsables du groupe Madar Holding et de l’Entreprise de développement des cultures agricoles stratégiques (DCAS), ainsi que de chercheurs de l’Université de Tiaret et du Centre de recherche en biotechnologie (CRBt) de Constantine, illustre une approche nouvelle : celle du partenariat structuré entre la recherche publique et l’entreprise économique. Fini le cloisonnement entre laboratoires et champs. Les deux projets présentés incarnent précisément cette volonté de faire descendre la science du monde académique vers le terrain agricole.
10 millions de plants de banane par an
Le premier projet concerne la création d’une unité de culture de tissus dédiée à la production de plants. En phase initiale, l’effort portera sur la banane : une capacité de production de 10 millions de plants par an est visée, à travers un partenariat entre le CRBt de Constantine et la DCAS, dont les unités de production implantées dans l’est du pays assureront la concrétisation opérationnelle. L’enjeu est considérable. L’Algérie importe aujourd’hui l’essentiel de sa consommation en bananes, fruit dont la demande ne cesse de croître. Le communiqué du ministère précise à ce sujet que « le plan d’action du ministère mettra à disposition plus de 4 700 hectares de terres agricoles pour les agriculteurs souhaitant investir dans la culture de la banane dans les zones disposant de toutes les conditions de production ». Une fois le dispositif rodé, l’expérience sera élargie à d’autres variétés pour couvrir davantage de besoins nationaux.
Le second projet est tout aussi ambitieux. Il s’agit de créer une entreprise spécialisée dans la production de semences, en particulier les semences de maïs grain et les semences hybrides de légumes. Ce projet repose sur les résultats de recherche obtenus par les chercheurs de l’Université de Tiaret, qui ont travaillé à l’élaboration de variétés locales adaptées aux conditions climatiques algériennes. Le partenariat avec la DCAS permettra d’industrialiser ces acquis scientifiques. L’enjeu est ici encore considérable : la facture des importations de semences pèse lourd sur la balance commerciale du pays, et disposer de semences hybrides produites localement constituerait une rupture majeure. Lors de la réunion, les deux ministres ont souligné, selon le communiqué, « l’importance de ces projets pour le renforcement de la souveraineté alimentaire du pays et la création d’une valeur ajoutée pour l’économie nationale », donnant instruction de former des équipes techniques chargées de lancer les travaux sans délai, parallèlement à la préparation des textes réglementaires nécessaires. Le communiqué insiste sur les ressources mobilisées : « le foncier agricole, le financement et l’expérience scientifique acquise », ainsi que sur « les objectifs attendus, particulièrement la réduction des importations et le renforcement de la compétitivité des produits nationaux ».
Amar Malki

