Hommage à Mouloud Feraoun : La plume au service de la Nation
Une conférence consacrée à l’œuvre et à l’engagement de Mouloud Feraoun s’est tenue dimanche à Alger, 64 après son assassinat par l’OAS, mettant en lumière la dimension profondément nationale de cet écrivain qui fit de la langue française l’instrument de son combat anticolonial.
Le Centre national d’études et de recherche sur la Résistance populaire, le Mouvement national et la Révolution du 1er Novembre 1954 (CNERMN54) a organisé cette rencontre placée sous le titre « Le martyr Mouloud Feraoun, la conscience de l’Algérie portée par la plume ». Un intitulé qui résume à lui seul le rôle majeur joué par cet instituteur-écrivain dans la documentation des souffrances du peuple algérien sous la colonisation française. L’événement intervenait au lendemain du 64e anniversaire de sa mort, survenue le 15 mars 1962, lorsqu’il fut assassiné avec plusieurs de ses compagnons par l’Organisation de l’armée secrète française.
Les différents intervenants ont convergé vers une même analyse : l’assassinat de Mouloud Feraoun n’était pas un acte gratuit mais témoignait de la reconnaissance, par l’ennemi lui-même, de la portée de son œuvre littéraire. Les participants ont unanimement souligné que ce crime « met en évidence la dimension nationale de cet instituteur et intellectuel engagé, dont les écrits en langue française constituaient un moyen d’affirmer son identité algérienne et de lutter contre le colonialisme ». Un paradoxe assumé qui faisait de Feraoun un combattant singulier, utilisant l’arme de l’occupant pour dénoncer ses crimes. Ali Feraoun, fils de l’écrivain, a apporté un éclairage inédit sur l’engagement concret de son père dans la lutte de libération. Intervenant lors de cette conférence, il a révélé que son père « entretenait des contacts secrets et étroits avec les dirigeants de la Révolution dans la wilaya III historique ». Ces révélations confirment que l’action de Mouloud Feraoun ne se limitait pas au domaine littéraire. Ali Feraoun a également souligné que l’écrivain « a contribué, à travers ses textes romanesques, à mettre en lumière les souffrances et les préoccupations du peuple algérien ». Plus troublant encore, le fils de l’écrivain a affirmé que « les archives prouvent l’implication du général Charles de Gaulle dans son assassinat ainsi que celui de ses compagnons », une déclaration qui relance les interrogations sur les zones d’ombre entourant ce massacre perpétré à quelques jours de la signature des accords d’Évian.
Saidi Meziane, professeur à l’École normale supérieure de Bouzaréah, a replacé l’œuvre de Feraoun dans son contexte littéraire et éducatif. L’universitaire a évoqué le parcours de cet enseignant atypique, le qualifiant « d’écrivain algérien des plus éminents ayant écrit dans la langue du colonisateur pour exprimer la souffrance et la tragédie du peuple algérien ». Cette capacité à retourner l’instrument linguistique de l’oppresseur contre lui-même constituait une forme de résistance culturelle particulièrement efficace, permettant de toucher un lectorat international et de dénoncer la réalité coloniale dans la langue même de ses partisans.
La dimension mémorielle de l’événement a été soulignée par Kheïra Meziti, représentante du ministère des Moudjahidine et des Ayants droit. Elle a précisé que « plusieurs activités ont été organisées pour commémorer le 64e anniversaire de la mort en martyr de Mouloud Feraoun et de ses compagnons, à travers différentes institutions muséales relevant du ministère ». Cette programmation témoigne de la volonté des autorités de maintenir vivante la mémoire de cet intellectuel martyr. Nessah Mokrane, président de l’Association Mouloud Feraoun, a insisté sur la transmission aux jeunes générations. Il a mis en exergue « la portée symbolique de la commémoration de la mémoire de l’écrivain Mouloud Feraoun et de ses compagnons, pour que les jeunes générations en prennent connaissance » et contribuer ainsi à « renforcer l’esprit d’identité et l’attachement aux valeurs nationales pour lesquelles les martyrs se sont sacrifiés ». Un message d’autant plus pertinent dans le contexte actuel où la préservation de la mémoire nationale constitue un enjeu majeur.
La rencontre s’est achevée par un hommage rendu à la famille du martyr, en présence de représentants de plusieurs instances et institutions nationales ainsi que de membres de la famille révolutionnaire, scellant ainsi le lien indéfectible entre l’œuvre littéraire et l’engagement patriotique.
Mohand Seghir

