L’Algérie joue la carte minière
Ce projet vise à inscrire l’Algérie parmi les principaux pays producteurs de zinc et de plomb à l’échelle mondiale.
Le Premier ministre Sifi Ghrieb, mandaté par le président de la République Abdelmadjid Tebboune, a présidé, mardi à Béjaïa, la cérémonie de lancement des travaux d’exploitation et de valorisation de la mine de zinc et de plomb d’Oued Amizour, située entre les communes d’Amizour et de Tala Hamza. Qualifié d’« événement historique » par le chef de l’Exécutif, ce mégaprojet minier, porté par la joint-venture algéro-australienne Bejaia Zinc and Lead (BZL), vise à extraire au moins 170 000 tonnes de zinc et 30 000 tonnes de plomb par an, et s’inscrit dans la stratégie présidentielle de diversification économique hors hydrocarbures. S’exprimant en marge de sa visite dans la wilaya, le Premier ministre a indiqué que le président de la République l’avait chargé personnellement de transmettre ses salutations et sa reconnaissance à tous ceux qui ont contribué à concrétiser ce projet, des habitants de la région aux autorités locales. « C’est un signal fort et une pierre nouvelle dans l’édifice de la relance économique nationale en dehors du cadre des hydrocarbures », a-t-il déclaré devant la presse, ajoutant que le lancement de cette mine « apportera une valeur ajoutée considérable aux ressources que l’Algérie propose sur le marché international et permettra à l’économie nationale de se positionner dans le domaine des matières minières, devenu le nerf de l’économie mondiale ». M. Ghrieb a rappelé que le président Tebboune avait promis que le coup d’envoi de ce projet interviendrait avant la fin du mois de mars, soulignant que « l’Algérie a lancé, la veille, l’exploitation de la mine de fer de Ghar Djebilet à Tindouf, aujourd’hui c’est la mine de zinc à Béjaïa, en bordure de la Soummam, et demain ce seront les travaux du projet des phosphates de Tébessa et d’autres chantiers stratégiques ».
Un engagement présidentiel tenu dans les délais
Le calendrier fixé par le chef de l’État est donc scrupuleusement respecté. À plusieurs reprises, le Président Tebboune avait insisté sur la nécessité de lancer ce projet avant la fin mars 2026, au regard de ses retombées économiques attendues sur la région de Béjaïa en particulier et sur l’économie nationale en général. « L’Algérie avance d’un pas ferme pour sortir de la rente pétrolière, et c’est là l’objectif suprême tracé par le président de la République. Cette mission est l’héritage des hommes qui ont libéré le pays, et nous travaillons, l’ensemble de l’équipe gouvernementale, à la concrétiser sur le terrain pour bâtir l’économie du pays par les bras de ses enfants », a souligné le Premier ministre. Ce projet qui doit entrer en exploitation en 2028 s’ajoute ainsi à la série de grands chantiers miniers lancés ces derniers mois, faisant de l’Algérie un acteur émergent dans le secteur minier mondial, conformément à la vision présidentielle d’un modèle économique diversifié et générateur de devises. Il intervient après le lancement de l’exploitation du minerai de fer de Ghar Djebilet à Tindouf au mois de février dernier et en attendant le démarrage du projet intégré des phosphates de Tébessa prévu fin 2026 ou début 2027.
Un gisement de classe mondiale
De son côté, le directeur général du groupe industriel et minier Sonarem, Redha Belhadj, a qualifié cette mine de « l’un des gisements les plus importants au monde », précisant que ses réserves géologiques sont estimées à environ 54 millions de tonnes, dont 34 millions de tonnes exploitables. Il a ajouté que le projet contribuera à satisfaire une large part de la demande nationale en zinc et en plomb, ce qui réduira significativement la facture d’importation. L’excédent de production sera orienté vers l’exportation, générant ainsi pour l’Algérie des recettes en devises fortes. « Ce projet vise également à inscrire l’Algérie parmi les principaux pays producteurs de zinc et de plomb à l’échelle mondiale et à renforcer l’attractivité du secteur minier pour les investisseurs étrangers », a-t-il précisé. La mine d’Oued Amizour, fruit d’un partenariat entre deux entreprises publiques — l’Entreprise nationale des produits miniers non ferreux et des matières utiles et l’Office national de la recherche géologique et minière — et le partenaire australien Terramin, s’étend sur 254 hectares. Son exploitation se fera par voie souterraine. Le processus industriel ne se limitera pas à l’extraction du minerai brut : il comprend également la réalisation d’une usine de traitement pour produire des concentrés, portant le taux de concentration à environ 60 % pour le zinc et le plomb, contre un taux initial d’à peine 4 % pour le zinc et moins de 1,5 % pour le plomb. Le plan de développement intègre les technologies les plus récentes en matière de séparation et de traitement métallurgique, garantissant une rentabilité élevée et une qualité compétitive des produits finis. La capacité de traitement annuelle atteindra 2 millions de tonnes de minerai brut, pour une production de 200 000 tonnes de concentrés par an.
Le projet prévoit en outre la réalisation d’infrastructures intégrées considérables : aménagement du site minier, construction d’unités de traitement, raccordement aux réseaux de transport et d’énergie — avec notamment une ligne électrique de 60 kilovolts depuis le poste de transformation d’El Kseur —, ainsi qu’une route reliant la mine à l’autoroute. Une station de traitement des eaux sera édifiée en aval pour traiter les eaux de drainage et éliminer les métaux lourds, tandis que les résidus miniers seront réutilisés pour le remblayage des cavités souterraines après mélange avec du ciment. Le port de Béjaïa a d’ores et déjà réservé un site permanent dédié au traitement du zinc et du plomb destinés à l’exportation. Sur le plan environnemental, une étude d’impact a été réalisée et validée conformément à la législation nationale, la superficie de la mine ne dépassant pas 2 % du bassin hydrique régional, ce qui limite son incidence sur les activités agricoles liées aux eaux souterraines du bassin de la Soummam. Sur le plan de l’emploi, le projet créera plus de 700 postes directs et quelque 4 000 emplois indirects, en plus de la dynamisation des entreprises de sous-traitance et des PME locales, contribuant ainsi au développement socio-économique de toute la wilaya de Béjaïa. Le Premier ministre était accompagné pour cette visite d’une importante délégation comprenant le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures et des Mines Mohamed Arkab, le ministre de l’Intérieur Saïd Sayoud, le ministre des Finances Abdelkrim Bouzred, le ministre de l’Énergie Mourad Adjal, le ministre de l’Industrie Yahia Bachir, le ministre des Travaux publics Abdelkader Djellaoui et la secrétaire d’État chargée des Mines Karima Bakir.
Samir Benisid

