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Ligue 1 Mobilis : Le bal des entraîneurs

La JS Kabylie vient de faire sauter un nouveau fusible. En limogeant l’Allemand Josef Zinnbauer au lendemain d’une défaite à domicile face à la JS Saoura (0-1), mercredi soir à Tizi-Ouzou pour le compte de la 24e journée de Ligue 1 Mobilis, le club kabyle est devenu le quatorzième de l’élite à changer d’entraîneur en cours de saison — effaçant ainsi d’un trait la singularité qui était la sienne jusqu’ici : celle d’un des trois derniers clubs du championnat à n’avoir pas cédé à la tentation du coup de balai technique. « La direction de la JS Kabylie informe ses supporters et l’opinion publique de la fin de sa relation de travail avec l’entraîneur Josef Zinnbauer », a annoncé le club dans un communiqué publié sur son site officiel, sans autre forme de procès. Une formule lapidaire pour solder une aventure commencée en janvier 2025, lorsque le technicien allemand de 55 ans avait été recruté pour deux saisons et demie afin de succéder à Abdelhak Benchikha. La direction kabyle avait alors affiché de hautes ambitions, portée par un exercice précédent où les Canaris avaient terminé deuxièmes de Ligue 1 et décroché leur retour sur la scène africaine en Ligue des champions. Zinnbauer n’aura pas su entretenir cette flamme. Résultats irréguliers, éliminations prématurées, 9e place au classement avec 28 points — à égalité avec l’USM Khenchela et l’ASO Chlef — et trois matchs en retard à disputer : le bilan est maigre au regard des espoirs placés en lui. Mais le cas Zinnbauer, aussi symptomatique soit-il, ne serait qu’une note de plus dans une partition devenue tristement familière. Car avant lui, treize autres entraîneurs avaient déjà quitté leur poste en cours de saison dans ce même championnat. Treize. Le chiffre donne le vertige et dit, mieux que n’importe quel discours, l’état de fébrilité chronique qui gangrène le management des clubs algériens de l’élite. Parmi ces victimes expiatoires figure le Sud-Africain Rhulani Mokwena, recruté à l’intersaison 2025-2026 et remercié avant même d’avoir pu mener son projet à terme — et ce malgré le fait que son équipe trônait en tête du classement au moment de son éviction. Le Mouloudia d’Alger, son ancien club, a même eu le singulier réflexe de rappeler le Tunisien Khaled Benyahia, qu’il avait lui-même mis à la porte la saison précédente, oubliant commodément que ce même technicien avait été l’un des artisans du titre de champion remporté deux ans plus tôt. Le comble de l’incohérence.

Ce qui frappe davantage encore, c’est que la valse des entraîneurs ne se limite pas aux équipes en difficulté. Des clubs du haut de tableau comme le CS Constantine, la JS Saoura, l’Olympique Akbou ou le MC Oran ont eux aussi changé de staff technique en cours de route, confirmant que le technicien est partout et toujours le premier bouc émissaire désigné à la vindicte des supporters. L’ES Sétif, l’un des clubs les plus titrés du pays, a quant à elle usé quatre entraîneurs depuis le début de la saison, sans parvenir pour autant à redresser une situation qui la condamne à végéter à la 13e place. La valse a beau tourner, le niveau ne monte pas.

Dans ce paysage désolant, trois clubs avaient jusqu’ici fait figure d’exception en maintenant leur staff : le CR Belouizdad avec Sead Ramovic, la JS Kabylie avec Zinnbauer, et l’ES Ben Aknoun avec Mounir Zeghdoud. Ils ne sont plus que deux. Et si la patience du CRB envers Ramovic, malgré les tensions avec une partie du public, commence à ressembler à une stratégie, la capitulation kabyle, elle, ressemble surtout à un aveu d’impuissance. Le bal des entraîneurs continue. Et personne, semble-t-il, ne songe encore à couper la musique.

M. Dahleb

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