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Guerre au Moyen-Orient : Trump cherche une porte de sortie, Téhéran pose ses conditions

Le secrétaire général de l’ONU juge la guerre « hors de contrôle » alors que les marchés marquent une pause sur fond d’espoirs diplomatiques vite douchés.

Trump enlisé dans une guerre qu’il a déclenchée avec son allié sioniste cherche une porte de sortie et propose un accord en 15 point à l’Iran, qui le rejette et pose ses propres conditions. 

Téhéran a officiellement rejeté mercredi la proposition américaine en 15 points transmise par le Pakistan pour mettre fin au conflit qui embrase le Moyen-Orient depuis le début des frappes israélo-américaines sur l’Iran, le 28 février. La réponse iranienne au plan américain a été rendue publique en début d’après-midi par la chaîne d’État Press TV. Un haut responsable politico-sécuritaire, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a été catégorique : « La guerre prendra fin lorsque l’Iran décidera d’y mettre fin, et non lorsque Trump envisage sa conclusion. » Selon la même source, Téhéran a posé cinq conditions préalables à tout cessez-le-feu — l’arrêt total des « agressions et assassinats », la mise en place de mécanismes garantissant que le conflit ne sera pas relancé, le paiement de réparations de guerre « garanties et clairement définies », la fin des hostilités sur l’ensemble des fronts régionaux avec l’implication de tous les « groupes de résistance », et enfin la reconnaissance internationale du droit souverain iranien sur le détroit d’Ormuz. L’ambassadeur iranien à Islamabad avait d’ailleurs nié dès la matinée toute négociation, directe ou indirecte, avec Washington — contredisant des déclarations de l’administration Trump évoquant des contacts en cours. Le plan américain, dont l’existence avait été révélée la veille par le New York Times, portait notamment sur les programmes nucléaire et balistique iraniens ainsi que sur la sécurité maritime dans le Golfe. Islamabad a confirmé en avoir assuré la transmission.

Quelques heures avant ce rejet formel, la marine iranienne avait annoncé avoir visé l’USS Abraham Lincoln à l’aide de missiles de croisière côtiers, précisant que le groupe aéronaval américain avait été contraint « à changer de position ». Le contre-amiral Shahram Irani a averti que les mouvements de la flotte américaine dans le Golfe sont « constamment surveillés » et qu’elle sera « la cible de puissantes frappes dès qu’elle entrera dans le rayon d’action » des systèmes iraniens. Washington n’avait pas confirmé l’incident en fin de journée.

Ces développements militaires s’inscrivent dans une escalade continue depuis le 28 février, date à laquelle les frappes israélo-américaines ont commencé contre le territoire iranien. Le bilan humain dépasse désormais 1 340 morts du côté iranien, parmi lesquels l’ancien guide suprême Ali Khamenei. En représailles, Téhéran a mené de multiples frappes de drones et de missiles ciblant l’entité sioniste, et les installations américaines en Jordanie, en Irak et dans les pays du Golfe hébergeant des installations militaires américaines. La journée a également été marquée par un incident préoccupant sur le site nucléaire de Bouchehr. L’agence russe Rosatom a confirmé qu’une frappe avait touché les abords de la centrale, sans dégâts selon ses premières évaluations, précisant avoir évacué 163 personnels russes vers la frontière irano-arménienne. Cet épisode a ravivé les mises en garde de Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, qui avait déclaré plus tôt dans la journée que les États « flirtent avec une catastrophe absolue » en frappant des zones abritant des installations nucléaires.

Une guerre hors de contrôle !

C’est dans ce contexte que le secrétaire général de l’ONU a pris la parole. Antonio Guterres a rappelé avoir alerté dès la fin février sur le risque d’« une réaction en chaîne que personne ne pourrait contrôler ». « Après plus de trois semaines, la guerre est hors de contrôle », a-t-il déclaré, redoutant un conflit « encore plus large » générateur d’une « marée de souffrance humaine ».

Sur le plan diplomatique, Londres et Paris ont annoncé l’organisation en fin de semaine d’une réunion d’une trentaine de pays — au niveau des chefs d’état-major — pour former une coalition destinée à sécuriser le détroit d’Ormuz, verrou maritime par lequel transite une part considérable du pétrole mondial. L’Iran, de son côté, a appelé les pays de la région à constituer une « alliance sécuritaire et militaire » excluant explicitement les États-Unis et l’entité sioniste. « Nous devons nous unir pour garantir notre sécurité », a déclaré Ebrahim Zolfaghari, porte-parole du commandement militaire Khatam al-Anbiya. Le géant chinois du transport maritime COSCO a pour sa part annoncé reprendre « avec effet immédiat » les réservations de fret vers la plupart des pays du Golfe — Émirats, Arabie saoudite, Qatar, Koweït et Irak —, signal tangible d’une timide normalisation commerciale, l’Iran restant exclu de cette reprise. Les marchés financiers ont réagi dans la matinée aux rumeurs de pourparlers, avant que le rejet iranien ne vienne tempérer les espoirs. Le baril de Brent chutait de plus de 6 % à 98,14 dollars en fin de matinée — passant sous le seuil symbolique des cent dollars — tandis que le WTI reculait à 86,99 dollars. Les Bourses européennes terminaient en hausse, Paris gagnant 1,68 %, Francfort 1,71 % et Milan 1,72 %. Le Pentagone, lui, annonçait dans le même temps des accords avec Lockheed Martin et BAE Systems pour quadrupler la production de composants du système antimissiles THAAD, dont l’utilisation intensive au Moyen-Orient a mis sous tension les stocks américains.

Lyes Saïdi

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