Le ministre espagnol des Affaires étrangères attendu jeudi : Une visite pour sceller le dégel diplomatique
Le ministre espagnol des Affaires étrangères entame jeudi une visite de deux jours en Algérie, avec des étapes à Alger et Oran, dans un contexte de rapprochement bilatéral engagé depuis plusieurs mois et sur fond de tensions géopolitiques au Moyen-Orient qui replacent l’Algérie au cœur de l’échiquier énergétique européen.
José Manuel Albares débarque ce jeudi à Alger pour ce que Madrid présente comme l’acte final d’un processus de normalisation diplomatique mûri de longue date. La visite, dont les préparatifs avaient été révélés il y a plusieurs mois déjà par le journal espagnol « El Independiente », vient couronner un travail de rapprochement discret mais soutenu entre les deux capitales, après la crise ouverte en 2022 lorsque l’Espagne avait modifié sa position sur le Sahara occidental. Ce revirement avait provoqué une réaction ferme d’Alger, qui avait rappelé son ambassadeur et gelé le traité d’amitié liant les deux pays, plongeant la relation bilatérale dans l’une de ses crises les plus profondes. Depuis, les canaux de communication ont été patiemment rétablis. À l’issue du Conseil des ministres, Albares a pris soin de qualifier l’Algérie de « partenaire stratégique et ami de l’Espagne », une formule calibrée, destinée à tourner définitivement la page des tensions. Une visite qui préparerait, selon les mêmes sources, une autre prochaine du premier ministre espagnol, Pedro Sanchez à Alger. À Madrid, on assume une normalisation sobre, pragmatique, dictée autant par la volonté politique que par la nécessité économique, souligne « El Independiente ».
Un contexte géopolitique et énergétique
Car le calendrier de cette visite ne doit rien au hasard. Elle intervient au lendemain du déplacement à Alger de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, venue elle aussi consolider son partenariat énergétique avec l’Algérie. Cette séquence diplomatique rapprochée illustre à elle seule un véritable ballet diplomatique à Alger, dans une conjoncture internationale profondément bouleversée. La guerre au Moyen-Orient et l’instabilité persistante dans la région ont ravivé les tensions sur les marchés de l’énergie, en particulier celui du gaz, rappelant aux capitales européennes la vulnérabilité de leurs approvisionnements et la nécessité de diversifier leurs sources. Dans cette reconfiguration des routes énergétiques mondiales, l’Algérie occupe une position centrale. Elle demeure le deuxième fournisseur de gaz de l’Espagne, juste derrière les États-Unis, et constitue, selon les termes mêmes du chef de la diplomatie espagnole, un partenaire « de premier ordre et fiable ». À l’heure où la volatilité des marchés impose aux Européens de sécuriser leurs flux gaziers, le corridor méditerranéen reliant l’Algérie à la péninsule ibérique retrouve toute sa valeur stratégique. La visite d’Albares, qui s’étendra jusqu’à vendredi avec une étape à Oran, deuxième ville du pays et pôle économique majeur de l’ouest algérien, devrait permettre d’aborder l’ensemble du spectre bilatéral : coopération énergétique, mais aussi questions migratoires, échanges commerciaux et coordination sécuritaire en Méditerranée occidentale, explique le journal espagnol. Au-delà du symbole, Madrid entend démontrer qu’Alger reste un interlocuteur incontournable, tant sur le plan bilatéral que dans l’architecture plus large de la sécurité énergétique européenne.
Salim Amokrane

