Le blocage d’Ormuz fait trembler les marchés mondiaux : Vers un baril à 200 dollars ?
Le cours du Brent a dépassé 110 dollars vendredi. Le détroit d’Ormuz reste fermé. Les analystes de Macquarie n’excluent plus un pic historique à 200 dollars le baril si la guerre au Moyen-Orient s’étire jusqu’en juin. Les marchés mondiaux retiennent leur souffle.
Ce n’est plus un scénario de guerre des prix : c’est la guerre elle-même qui dicte désormais les cours mondiaux des hydrocarbures. Vendredi 27 mars, le baril de Brent de la mer du Nord s’échangeait à 110,17 dollars vers 10h30 GMT, en hausse de 2 % sur la séance, après avoir flirté avec les 119,50 dollars en début de mois. Son équivalent américain, le West Texas Intermediate (WTI), grimpait de son côté à 96,46 dollars. Le moteur de cette flambée est unique : le blocage du détroit d’Ormuz, voie de passage obligée pour environ 15 millions de barils de pétrole brut et 5 millions de produits pétroliers par jour, soit près d’un cinquième de la consommation mondiale. La tension entre Washington et Téhéran n’a pas trouvé d’issue diplomatique. Le président américain Donald Trump a certes repoussé au 6 avril son ultimatum avant d’éventuelles frappes sur les centrales électriques iraniennes — une extension qu’il a présentée comme une «demande du gouvernement iranien». Mais sur le terrain, rien ne se détend. Selon les analystes d’ING, «avec les deux camps qui poursuivent leurs attaques et les États-Unis qui auraient renforcé leur présence militaire dans la région, les craintes concernant les perturbations de l’approvisionnement restent vives». Pour John Evans, analyste chez PVM, «ce qui est clair pour le marché pétrolier, c’est que le détroit d’Ormuz ne sera pas rouvert de sitôt». Et même si un cessez-le-feu survenait, précise-t-il, «les retards accumulés et les répercussions sur le trafic et les dommages causés ne disparaîtront pas rapidement».
C’est dans ce contexte d’incertitude maximale que les analystes du groupe Macquarie, cités par Bloomberg, ont publié une projection qui a secoué les salles de marché : le prix du baril pourrait atteindre 200 dollars si le conflit se prolonge jusqu’en juin et que le détroit d’Ormuz demeure fermé. Ils estiment à 40 % la probabilité de ce scénario extrême, contre 60 % pour une résolution du conflit avant fin mars — un délai qui semble déjà compromis.
La mécanique d’escalade militaire alimente ces projections. La Maison Blanche et le Pentagone envisagent, selon le Wall Street Journal et le site Axios, d’envoyer au moins 10 000 soldats supplémentaires dans la région dans les prochains jours. Pour Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management, «la probabilité d’une invasion terrestre augmente désormais», rendant selon lui «peu probable que l’Iran et les États-Unis entament de véritables négociations». Téhéran a de son côté menacé d’ouvrir un «nouveau front» dans le détroit de Bab el-Mandeb, accès stratégique à la mer Rouge et au canal de Suez depuis l’Asie. Une telle escalade, avertit Rasmussen, «compliquerait les exportations de pétrole de l’Arabie saoudite, qui s’élèvent à 4 à 5 millions de barils via la mer Rouge» — seule alternative partielle aux volumes déjà bloqués à Ormuz.
Face à cette flambée, l’Europe s’organise en urgence. Les ministres de l’Énergie des Vingt-Sept se retrouveront mardi en visioconférence pour traiter de «la sécurité de l’approvisionnement énergétique», à l’initiative de Chypre, qui assure la présidence tournante de l’Union européenne. La Commission européenne, tout en répétant qu’il n’existe «pas de risque en matière d’approvisionnement à ce stade», reconnaît que «la principale inquiétude porte sur la hausse des prix, qui pourrait s’inscrire dans la durée à cause du conflit». Les États membres réagissent en ordre dispersé : l’Espagne mobilise cinq milliards d’euros incluant une baisse de TVA et une remise de 30 centimes par litre à la pompe ; l’Italie réduit temporairement le prix des carburants de 25 centimes ; la Hongrie et la Croatie plafonnent les prix. La France, contrainte budgétairement, se limite à des «aides ciblées» pour la pêche, l’agriculture et les transports.
Un baril à 200 dollars serait sans précédent dans l’histoire des marchés pétroliers. Le record absolu remonte à juillet 2008, avec un pic à 147 dollars, dans un contexte de spéculation intense mais sans fermeture d’une voie maritime stratégique. Cette fois, c’est l’anatomie même de l’approvisionnement mondial qui est atteinte — et les marchés commencent à en prendre la mesure.
Amar Malki

