Ils déroulent face au Guatemala 7-0 : Les Verts font le plein de confiance avant l’Uruguay
Il y avait quelque chose d’hypnotique, vendredi soir au stade Luigi Ferraris de Gênes, à regarder les Verts dérouler leur football avec une aisance déconcertante. Sept buts, zéro encaissé, un Guatemala lessivé et renvoyé à ses chères études. L’équipe nationale n’a pas joué un match amical, elle a offert une démonstration de force à quelques mois d’un Mondial qui s’annonce comme le rendez-vous d’une génération. Le score final — 7-0 — parle de lui-même, et il parle fort.
Dès les premières minutes, le ton était donné. Les hommes de Vladimir Petkovic prenaient possession du ballon, du terrain, et du match. Le Guatemala, 94e au classement FIFA et absent de la prochaine Coupe du monde après une phase d’élimination décevante en zone CONCACAF, n’avait ni les jambes ni les moyens pour inquiéter sérieusement une équipe algérienne visiblement lancée. C’est Amine Gouiri qui brisait la glace dès la 18e minute, profitant d’une mauvaise relance du portier adverse pour ajuster sa frappe et ouvrir le score. Un but de renard des surfaces, opportuniste et précis, qui libérait les Verts.
La suite ressemblait à une leçon de football collectif. À la 31e minute, Gouiri était encore dans le coup, s’attirant un penalty que venait transformer, avec le calme qu’on lui connaît, Riyad Mahrez, le capitaine. Toujours lui, toujours ce geste au-dessus. Puis, dans les ultimes secondes du premier acte, alors que l’arbitre s’apprêtait à siffler la mi-temps, les Verts orchestraient une action collective d’une belle fluidité. Le défenseur Achraf Abada, nouveau venu dans le groupe, concluait d’une frappe en pleine lucarne. 3-0 à la pause, et l’affaire était déjà pliée. Le second acte confirmait la supériorité algérienne sans jamais verser dans la routine. À peine deux minutes après la reprise, Houssam Aouar surgissait au premier poteau pour couper un centre de Rayan Aït Nouri. Propre, efficace, tranchant. Puis Gouiri remettait le couvert à la 59e, concluant un mouvement initié par Aouar cette fois passeur décisif. L’avant-centre terminait la soirée avec un doublé mérité. Farès Ghedjemis, entré en cours de jeu, ajoutait un sixième but à la 76e, avant qu’Ahmed Benbouali ne fixe le score définitif à sept à la 82e. Deux nouvelles têtes, deux buts, deux messages envoyés à la concurrence.
Petkovic : « C’est nous qui avons bien joué ! »
En conférence de presse, Vladimir Petkovic affichait une satisfaction mesurée, loin de tout excès d’enthousiasme. Le sélectionneur bosnien, technicien rigoureux, a commencé par remettre la victoire dans son contexte avec une franchise qui lui ressemble : «C’est nous qui avons bien joué, pas l’adversaire qui était faible.» Une façon élégante de prendre la responsabilité du résultat, sans minimiser la prestation de ses joueurs. Il s’est dit «satisfait de la performance de l’équipe dans son ensemble», soulignant que «chacun a fait ce qui était attendu de lui sur le terrain», un satisfecit collectif qui reflète la cohésion affichée dans tous les compartiments du jeu. Une mention particulière pour les nouveaux venus. Petkovic a tenu à valoriser l’apport des joueurs qui découvraient le groupe : «Les nouveaux joueurs ont livré des performances encourageantes et ont prouvé leur capacité à s’intégrer rapidement.» Abada, titulaire en défense, et Mastil dans les cages, ont répondu présent. Ghedjemis et Benbouali, entrés en seconde période, ont marqué. Le message est clair : la hiérarchie n’est pas figée, et la concurrence est ouverte à quelques semaines du Mondial.
Le sélectionneur a néanmoins pointé une lacune que ce score fleuve ne doit pas faire oublier : l’inefficacité devant le but. «Nous avons manqué d’efficacité devant le but. Nous avons raté plusieurs occasions faciles qui auraient pu être mieux exploitées», a-t-il regretté. Sept buts et encore des regrets offensifs — voilà qui donne une idée des ambitions qui animent ce groupe. Interrogé sur l’absence de Baghdad Bounedjah et les spéculations sur des joueurs qui pourraient être écartés du groupe Mondial, Petkovic a répondu avec une formule simple mais forte : «La porte est ouverte à tout le monde.»
Ce match s’inscrit dans un contexte particulier. C’était la première sortie des Verts depuis l’élimination en quarts de finale de la CAN face au Nigeria, le 10 janvier dernier, sur le score de deux buts à zéro. Une défaite qui avait laissé des traces et des questions. Le stage en Italie, avec ses matchs amicaux de qualité progressive, répond à une logique de montée en puissance. Après le Guatemala, ce sera l’Uruguay mardi à l’Allianz Stadium de Turin, dès 19h30 heure algérienne, puis les Pays-Bas le 3 juin à Rotterdam. Des adversaires autrement plus relevés, qui permettront de mieux jauger le vrai niveau des Fennecs avant le coup d’envoi du Mondial.
Car l’enjeu est immense. L’Algérie retrouve la Coupe du monde après douze ans d’absence — la dernière participation remontait au Brésil en 2014, avec cette épopée stoppée en huitièmes de finale par l’Allemagne au bout des prolongations. Versée dans le Groupe J aux côtés de l’Argentine, de l’Autriche et de la Jordanie, la sélection sait que le chemin sera difficile. Mais vendredi soir à Gênes, sous les projecteurs du Luigi Ferraris, les Verts ont rappelé à tout le monde qu’ils arrivent au Mondial avec des ambitions et un effectif qui a faim. Sept buts pour commencer. La suite promet.
Moncef Dahleb

