Semaine nationale de la prévention : Diabète, hypertension et cancer principaux défis sanitaires
La manifestation s’inscrit, précise-t-il, dans le cadre de « l’ancrage de la culture de la prévention comme choix stratégique durable, à travers la réduction des facteurs de risque et la promotion de comportements sains auprès des différentes franges de la société ».
C’est depuis l’esplanade de Riadh El Feth, en plein cœur d’Alger, que le ministère de la Santé a donné le coup d’envoi, dimanche, de la Semaine nationale de la prévention 2026. Une semaine entière d’activités de terrain, de portes ouvertes et de conférences scientifiques, placée sous le slogan « Protégeons notre santé en adoptant des modes de vie sains », et qui se poursuivra jusqu’au 4 avril. Derrière la mobilisation, un constat qui n’est plus contesté par aucun épidémiologiste : en Algérie comme dans l’ensemble des pays à revenu intermédiaire, les maladies non transmissibles — diabète, hypertension, obésité, cancers — progressent à un rythme qui menace à terme la soutenabilité financière du système de santé. Prévenir plutôt que guérir n’est plus un slogan ; c’est une nécessité budgétaire autant que sanitaire.
Le ministère de la Santé l’assume sans détour dans son communiqué, publié samedi. La manifestation s’inscrit, précise-t-il, dans le cadre de « l’ancrage de la culture de la prévention comme choix stratégique durable, à travers la réduction des facteurs de risque et la promotion de comportements sains auprès des différentes franges de la société ». La formule est volontairement large : elle signale que l’édition 2026 ne se limite pas à une opération de communication ponctuelle, mais entend s’inscrire dans une transformation de fond des pratiques individuelles et collectives. L’objectif affiché est d’« intégrer les concepts de prévention dans les pratiques quotidiennes et dans les différentes politiques publiques » — une ambition qui dépasse le périmètre strict du ministère de la Santé et implique, en creux, une coordination interministérielle.
Les axes thématiques retenus pour cette année dessinent un tableau assez complet des pathologies qui préoccupent le plus les autorités sanitaires. La promotion d’une alimentation saine et le renforcement de l’activité physique figurent en tête de liste, dans un pays où le taux d’obésité a significativement progressé au cours de la dernière décennie, sous l’effet conjugué de l’urbanisation rapide, de la sédentarité et d’une transformation des habitudes alimentaires. La lutte contre les addictions occupe également une place centrale : le tabagisme est explicitement ciblé, mais le communiqué vise aussi, fait notable, « les risques liés aux écrans » — une problématique émergente qui touche en priorité les adolescents et qui commence à faire l’objet d’une prise de conscience publique en Algérie comme ailleurs.
Le document ministériel insiste par ailleurs sur « l’importance de la vaccination, le dépistage précoce des maladies, et le suivi de la grossesse » — trois piliers de la médecine préventive dont la couverture reste inégale selon les wilayas et les milieux sociaux. Il mentionne également la santé environnementale et l’hygiène, l’usage rationnel des médicaments — un enjeu sous-estimé dans un pays où l’automédication est largement pratiquée —, ainsi que la prévention des accidents domestiques et des accidents de la route, ces derniers constituant l’une des premières causes de mortalité prématurée en Algérie.
Sur le plan opérationnel, la semaine mobilisera l’ensemble du dispositif sanitaire et éducatif du pays. « Plusieurs activités de terrain seront organisées, comprenant des campagnes médiatiques et de sensibilisation au profit des citoyens, des journées portes ouvertes au niveau des établissements sanitaires et éducatifs, et des espaces publics, des séminaires et des conférences scientifiques, ainsi que des programmes médiatiques via les médias locaux », détaille le communiqué. L’approche se veut résolument multisectorielle : le texte mentionne explicitement la volonté d’« impliquer les différents secteurs, la société civile et les médias dans le cadre d’une approche participative multisectorielle » — une formulation qui reconnaît implicitement que la santé publique ne peut plus être traitée comme le domaine réservé d’un seul ministère.
Les objectifs déclarés de la manifestation confirment cette ambition systémique. Il s’agit d’« ancrer la culture de la prévention dans toutes les étapes de la vie et dans l’ensemble des milieux, à encourager l’adoption de modes de vie sains, à inciter les professionnels de la santé à renforcer, évaluer et suivre les programmes de prévention, en sus de sensibiliser les citoyens à l’importance de la prévention et de la lutte contre les facteurs de risque », énumère le communiqué. La mention des professionnels de santé comme acteurs à « inciter » — et non simplement à mobiliser — traduit une volonté de faire évoluer les pratiques au sein même du corps médical, encore trop souvent centré sur le curatif au détriment du préventif. L’enjeu dépasse largement la semaine qui s’ouvre. L’Algérie consacre une part croissante de son budget de l’État aux dépenses de santé, tirées pour l’essentiel par la prise en charge des maladies chroniques et des hospitalisations. Réorienter ne serait-ce qu’une fraction de cette dynamique vers la prévention primaire représenterait des économies considérables à moyen terme — et, surtout, des années de vie en bonne santé gagnées pour des millions de citoyens. La Semaine nationale de la prévention, à sa huitième édition, reste encore un exercice annuel de sensibilisation. Pour devenir le levier de transformation qu’elle ambitionne d’être, elle devra s’accompagner de mesures structurelles durables : réglementation de la publicité pour les produits nocifs, aménagement urbain favorable à l’activité physique, éducation nutritionnelle dès l’école. Des chantiers qui, eux, s’étendent bien au-delà du 4 avril.
Lyna Larbi

