Hydrogène vert : L’Algérie affiche ses ambitions de « pilier stratégique »
Réunis à Oran à l’occasion du 8e symposium de l’Association algérienne de l’industrie du gaz (AIG), plus de 700 experts nationaux et internationaux ont placé l’hydrogène vert au cœur des débats, et ont souligné la volonté d’Alger de dépasser le statut de fournisseur classique de gaz pour se positionner comme un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale, en particulier sur le marché européen.
Le symposium, ouvert lundi, intervient dans un contexte où l’Union européenne accélère sa stratégie de décarbonation et cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement en énergies propres. C’est précisément dans cette fenêtre d’opportunité que l’Algérie entend s’engouffrer, non pas en novice, mais forte de ses atouts structurels. Les intervenants de la table ronde « Hydrogène : défis et opportunités » ont été unanimes : le pays ne se présente pas comme un simple acteur émergent, mais ambitionne de devenir un fournisseur de référence sur le long terme. Ferradji Faïza, cheffe de projet développement des affaires au sein de Sonatrach, a donné le ton en affirmant que l’Algérie « est entrée dans une phase de transition énergétique à travers l’intégration de l’hydrogène vert dans le système énergétique », précisant que « cette ressource constitue une option énergétique à long terme et exportable vers le marché européen ». Elle a détaillé les leviers sur lesquels s’appuie le groupe pétrolier national : de vastes superficies disponibles dans le Sud, un réseau électrique et des infrastructures portuaires déjà en place, ainsi qu’un potentiel considérable en énergie solaire et éolienne. Autant d’avantages comparatifs qui, combinés à l’expertise historique de Sonatrach dans les gaz industriels, pourraient réduire significativement les coûts de production et accélérer la montée en puissance de la filière.
La stratégie nationale, déployée à l’horizon 2030-2040, repose sur une approche graduelle, comme l’a expliqué Walid Kremia, expert en énergie et modérateur de la table ronde. L’objectif est de maîtriser d’abord les technologies de production avant de passer à l’échelle industrielle et à l’exportation. L’expert Hacen Hamiti a, pour sa part, souligné que « cette ambition s’appuie sur plusieurs atouts majeurs, dont un potentiel solaire exceptionnel, notamment dans les régions du sud du pays, des coûts de production compétitifs, ainsi que des infrastructures existantes ». L’irradiation solaire du Sahara algérien, parmi les plus élevées au monde, constitue en effet un avantage décisif pour la production d’hydrogène vert par électrolyse alimentée en énergie renouvelable.
Les débats n’ont toutefois pas éludé les obstacles. Plusieurs experts ont pointé un rendement énergétique encore limité, avec des pertes substantielles tout au long de la chaîne de production, des coûts qui demeurent élevés à l’échelle mondiale et des risques techniques liés aux fuites. La dépendance technologique reste également un enjeu majeur pour les pays en phase de transition, l’essentiel des brevets et des équipements d’électrolyse étant concentré chez une poignée de fabricants occidentaux et asiatiques.
En contrepoint, d’autres intervenants ont insisté sur les débouchés concrets de l’hydrogène vert dans les secteurs industriels les plus difficiles à décarboner — sidérurgie, cimenterie —, ainsi que dans le stockage des énergies renouvelables et la mobilité lourde, autant de segments où l’Algérie dispose déjà d’un tissu industriel à alimenter. Plusieurs cadres de Sonatrach ont réaffirmé que le pays possède « tous les atouts pour élargir sa présence dans le secteur des énergies propres », en capitalisant sur le volume de ses réserves gazières, ses coûts compétitifs et son expérience en matière de commercialisation à l’international. Au-delà des discours, l’enjeu pour l’Algérie est désormais de convertir ses avantages naturels en projets industriels concrets et en contrats d’exportation, dans une course mondiale à l’hydrogène vert où le temps presse autant que les capitaux.
Amar Malki

