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La Serbie dépêche une délégation de haut niveau à Alger : Ballet diplomatique entre l’Algérie et l’Europe

Alger est au cœur d’une intense séquence diplomatique. Les visites de délégations européennes de haut niveau se suivent, tandis que le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines opèrent une tournée sur le Vieux continent afin de renforcer les liens de coopération. Ainsi, après la visite de la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, et du ministre espagnol des Affaires étrangères Jose Manuel Albares, c’était hier au tour du Premier ministre serbe Duro Macut de faire le déplacement à Alger.

Le Premier ministre Sifi Ghrieb a accueilli mardi, au Palais du Gouvernement, son homologue serbe Duro Macut, en visite de travail à la tête d’une importante délégation, avant que celui-ci ne soit reçu en audience en fin de journée par le président de la République Abdelmadjid Tebboune. Le même jour, le ministre d’État chargé des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, atterrissait à Bruxelles pour une visite officielle au Royaume de Belgique, après avoir été reçu la veille à Zagreb par le chef de la diplomatie croate. Ce ballet diplomatique tous azimuts fait suite aux déplacements à Alger, la semaine précédente, de la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni et du ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares. Une effervescence qui ne doit rien au hasard : depuis le 28 février 2026, l’escalade militaire au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transitait près d’un cinquième du pétrole mondial, ont fait flamber les cours des hydrocarbures à des niveaux historiques, plaçant l’Algérie, troisième fournisseur de gaz de l’Europe, au centre de toutes les attentions.

Alger-Belgrade : des liens historiques, des ambitions économiques

C’est dans ce contexte que la visite du Premier ministre serbe revêt une importance particulière. Au Palais du Gouvernement, les deux chefs de gouvernement ont coprésidé la cérémonie de signature de plusieurs accords bilatéraux touchant aux finances, à l’agriculture, à la poste et au tourisme, auxquels s’ajoute un programme exécutif dans le domaine de la culture couvrant la période 2026-2028. Les entretiens, d’abord en tête-à-tête puis élargis aux membres des deux délégations, ont permis de dresser un état des lieux complet de la coopération bilatérale et d’en explorer les perspectives de développement. Sifi Ghrieb a tenu à inscrire cette visite dans la profondeur historique des relations entre les deux pays. « Les liens qui unissent l’Algérie et la Serbie remontent au soutien apporté par l’ex-République de Yougoslavie à la glorieuse Révolution de libération et à la lutte du peuple algérien pour le recouvrement de sa souveraineté nationale », a rappelé le Premier ministre algérien, soulignant que la Yougoslavie fut « le premier pays européen à avoir reconnu le Gouvernement provisoire de la République algérienne ». Ce legs historique, a-t-il estimé, « constitue un capital politique important à mettre à profit pour hisser la coopération économique et commerciale à la hauteur des relations politiques » 

Le Premier ministre n’a toutefois pas caché que le chemin restait long sur le plan économique. « Le volume des échanges commerciaux et économiques entre l’Algérie et la Serbie demeure en deçà de leurs capacités économiques », a-t-il constaté, appelant les deux parties à « tirer le meilleur parti de leurs potentialités pour développer les échanges et établir des partenariats mutuellement bénéfiques ». Ghrieb a mis en avant les réformes engagées sous l’impulsion du président Abdelmadjid Tebboune, notamment la loi sur l’investissement de 2022 et les facilitations offertes par l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, invitant son hôte à « saisir les opportunités qu’offre le marché algérien », dont la position géographique et l’appartenance à plusieurs espaces de libre-échange ouvrent des perspectives vers le continent africain.

De son côté, Duro Macut a affiché « la volonté politique sincère de son pays et sa ferme détermination à renforcer les relations entre les deux pays ». Le Premier ministre serbe a insisté sur « l’importance de l’activation des mécanismes de coopération bilatérale, en tête desquels la Commission mixte de coopération », afin de « concrétiser les programmes convenus et explorer de nouvelles perspectives de partenariat ». Sur le plan international, les deux dirigeants ont affiché leur convergence de vues quant à « l’attachement à la légalité internationale et au respect de la souveraineté des États », appelant à « conjuguer les efforts pour contribuer à la paix et à la stabilité dans le monde », à l’heure où les foyers de tension se multiplient.

Attaf en tournée : Zagreb puis Bruxelles

Pendant que le Premier ministre recevait son homologue serbe à Alger, Ahmed Attaf poursuivait de son côté une tournée européenne menée sur instruction du président Tebboune. Lundi à Zagreb, le ministre d’État avait eu des entretiens approfondis avec son homologue croate, Gordan Grlic Radman. Les deux parties ont, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères, « procédé à une évaluation approfondie de l’état des relations algéro-croates et examiné les perspectives de leur développement, notamment dans les domaines de l’énergie conventionnelle et renouvelable, de l’industrie maritime et la construction navale, de l’agriculture saharienne, du tourisme et de la formation ». L’énergie, sujet brûlant dans le contexte actuel, a naturellement dominé les discussions. Les deux ministres ont par ailleurs échangé sur « les développements de l’escalade militaire au Moyen-Orient et les perspectives de renforcement du partenariat euro-méditerranéen, au service de la sécurité et du développement des peuples des deux rives de la Méditerranée ».

Dès le lendemain, Attaf enchaînait avec l’étape bruxelloise, où il devait rencontrer le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, et être reçu par les hautes autorités du royaume. L’objectif affiché est d’« appuyer la dynamique renouvelée que connaissent les relations algéro-belges ces derniers temps, en vue d’établir un partenariat bilatéral plus dense, plus efficient et plus efficace ».

De la visite du Premier ministre serbe à Alger aux escales d’Attaf à Zagreb et Bruxelles, en passant par les récents déplacements de Meloni et d’Albares, un même fil conducteur relie l’ensemble de cette séquence diplomatique : les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont confirmé le poids stratégique de l’Algérie au niveau régional et son rôle de principal garant des équilibres énergétiques en Méditerranée. L’Algérie, acteur majeur du marché gazier et pétrolier, dispose dans ce contexte d’un levier stratégique considérable qu’elle entend mettre à profit non seulement pour consolider ses partenariats traditionnels, mais aussi pour attirer de nouveaux investissements et élargir le spectre de sa coopération économique avec l’ensemble du continent européen.

Salim Amokrane

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