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Un projet de 750 millions de dollars pour la valorisation du minerai de Gara Djebilet 

L’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) a abrité, mardi, une réunion de travail consacrée au suivi du projet stratégique de valorisation du minerai de fer de Gara Djebilet, dans la wilaya de Tindouf. L’enjeu est colossal : bâtir une chaîne sidérurgique intégrée, de la mine du Grand Sud jusqu’aux complexes du Nord, pour réduire la dépendance aux importations de matières premières et ancrer l’industrie lourde dans une logique de souveraineté.

Le directeur général de l’AAPI, Omar Rekkache, a réuni autour de la table les principaux acteurs du dossier — Réda Belhadj , le PDG de la Société nationale de recherche et d’exploitation minière (Sonarem), , Alp Topcuoglu, le vice-président du groupe Tosyali Algérie, ainsi que des représentants de la Direction générale des domaines nationaux et des cadres de l’Agence — afin de passer en revue l’état d’avancement concret de l’un des plus grands chantiers structurants jamais lancés dans le pays. Dans un communiqué officiel, l’AAPI précise que les travaux de la réunion ont porté sur « le projet de valorisation du minerai de fer, qui s’inscrit dans une vision nationale intégrée de développement de la filière fer et acier, visant à traiter le minerai de Gara Djebilet et à produire du minerai de fer concentré selon des technologies avancées d’élimination du phosphore, avec une capacité de production annuelle estimée à quatre millions de tonnes, ce qui permettra de valoriser les ressources naturelles nationales et de les transformer en valeur industrielle ajoutée ». Le communiqué ajoute que le projet est « porté par l’entreprise mixte FTTF, fruit d’un partenariat stratégique entre le groupe Tosyali Algérie, et FERAAL, filiale du groupe Sonarem, avec un investissement dépassant 750 millions de dollars et des prévisions de création d’au moins 760 postes d’emploi directs et de milliers de postes indirects, renforçant ainsi la dynamique économique aux niveaux local et national ».

L’AAPI indique également que les discussions ont abordé « les aspects pratiques de la concrétisation du projet dans la wilaya de Béchar, considéré comme un maillon essentiel du projet intégré de la mine de Gara Djebilet, qui est appelé à constituer un véritable levier de relance de l’industrie nationale lourde ». Dans ce cadre, Omar Rekkache a réaffirmé « l’engagement de l’Agence à accompagner ce projet dans ses différentes phases, en facilitant l’obtention des autorisations nécessaires, en permettant au porteur du projet de bénéficier de l’ensemble des avantages offerts par l’Agence, notamment la mise à disposition du foncier économique qui lui est destiné ainsi que les avantages fiscaux et parafiscaux, de manière à garantir une entrée rapide en phase d’exploitation et à consolider sa place en tant que projet locomotive du développement industriel et économique ».

Il est utile de rappeler dans ce contexte que Tosyali algérie a confirmé il y a quelques mois la réalisation d’une usine de traitement primaire du minerai extrait de Gara Djebilet, en partenariat avec la Sonarem. Cette unité comprendra une ligne d’enrichissement, une unité de chaux et une troisième dédiée à la production d’acide sulfurique, le tout devant être finalisé d’ici décembre 2028. L’objectif technique est clair : produire un concentré de fer à haute teneur — 63 % — après réduction du phosphore, handicap historique du gisement de Tindouf, avant d’acheminer le produit vers les fours du complexe oranais. Entre 2028 et 2032, une extension doit porter la capacité à dix millions de tonnes de concentré et de boulettes par an. L’équation logistique, longtemps considérée comme le verrou principal, a trouvé sa réponse avec la mise en service, en février dernier, de la ligne ferroviaire Béchar–Tindouf–Gara Djebilet, longue de 950 kilomètres. C’est précisément cette infrastructure qui a permis, sous la supervision du Premier ministre Sifi Ghrieb, agissant sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, d’organiser la cérémonie de réception des premières cargaisons de minerai acheminées vers le complexe de Bethioua.

Le gisement de Gara Djebilet, dont les réserves sont estimées à quelque 3,5 milliards de tonnes est connu depuis des décennies, mais il était longtemps resté à l’état de promesse, faute de solutions techniques et logistiques viables. Le redémarrage effectif du dossier au début des années 2020, sous l’impulsion du Président Abdelmadjid Tebboune, a permis de mettre en place un schéma industriel intégré.

Sur le plan macroéconomique, les autorités conçoivent ce mégaprojet comme une pièce maîtresse de la diversification hors hydrocarbures. Il doit à la fois substituer une part significative des importations de matières premières sidérurgiques, sécuriser l’approvisionnement national en minerai de fer à grande échelle et conférer au Sud-Ouest algérien un rôle productif structurant, bien au-delà des logiques de rente. Les pouvoirs publics y voient aussi un puissant levier d’aménagement du territoire : flux réguliers de marchandises, bases de maintenance, emplois qualifiés et infrastructures pérennes dans une région historiquement éloignée des grands corridors économiques. Dans la planification officielle, la bascule de l’étape pilote vers des volumes pleinement industriels est adossée à la montée en cadence du rail, avec une cible ambitieuse de 40 à 50 millions de tonnes de minerai par an à l’horizon 2040. Si ce calendrier est tenu, l’Algérie disposerait alors de l’un des plus importants complexes miniers intégrés du continent africain, capable de transformer en profondeur la structure de son industrie lourde et de peser sur les équilibres du marché de l’acier.

Samira Ghrib

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