Culture

Les dossiers de la Blouza oranaise et de quatre autres trésors immatériels déposés à l’UNESCO : L’Algérie blinde son patrimoine

La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, a présidé, mardi soir au Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH), la cérémonie de dépôt officiel de plusieurs dossiers de candidature au patrimoine culturel immatériel de l’humanité auprès de l’UNESCO. Une cérémonie rehaussée par la présence de l’épouse du Premier ministre de la République de Serbie, en visite officielle en Algérie, qui a conféré à l’événement une dimension diplomatique rare, illustrant combien le patrimoine algérien agit, au-delà des frontières, comme un vecteur de rayonnement et de dialogue entre les peuples.

Pièce maîtresse du corpus soumis à Paris, le dossier intitulé « Art de la blouza et de sa décoration dans le Grand Ouest algérien : savoirs, savoir-faire et cérémonies » constitue le fleuron de cette offensive patrimoniale. La blouza de l’Ouest — cette tenue féminine brodée, chargée de mémoire et de gestuelle collective — incarne bien plus qu’un habit de fête. Elle est, pour les femmes de l’Ouest algérien, un langage à part entière, transmis de génération en génération dans les alcôves des familles tlemcéniennes et oranaises. Le communiqué du ministère la décrit comme «un symbole d’élégance algérienne et un signe d’enracinement culturel qui défie le temps» — formule qui dit tout de la charge identitaire que porte ce vêtement de soie et d’or.

Mais la blouza n’est pas seule à faire l’objet d’une procédure de classsement. Trois autres dossiers nationaux l’accompagnent dans cet envoi. Les «chants sacrés des Meddahat» — ce corpus féminin de louanges prophétiques, transmis oralement à travers les siècles — font l’objet d’une candidature à part entière, reconnaissant enfin le rôle des femmes comme gardiennes d’une mémoire spirituelle que nul écrit n’a pu capter mieux que leur voix. Le ministère évoque à leur sujet «la fidélité à un corpus oral féminin qui a préservé l’éclat spirituel et le panégyrique prophétique». Vient ensuite le dossier des jeux de plateau traditionnels — kherba, sija, dama et mancala —, présenté non pas en solo, mais à la tête d’un consortium de treize États arabes que l’Algérie pilote, affirmation supplémentaire de sa place de leader dans la sauvegarde d’un héritage arabo-méditerranéen partagé. À ces dossiers s’ajoutent des contributions algériennes à des candidatures arabes communes portant sur les savoirs liés à la poterie à la main et aux systèmes traditionnels d’irrigation.

Cette salve de dépôts n’est pas un élan spontané. Elle s’inscrit dans une stratégie nationale de longue haleine, méthodiquement construite depuis que l’Algérie a été parmi les premiers pays à ratifier, dès 2004, la Convention de l’UNESCO sur le patrimoine culturel immatériel. En 2024, l’Algérie comptait onze éléments immatériels inscrits sur les listes de l’UNESCO et ambitionnait d’en inscrire davantage. Le dernier succès en date remonte à décembre 2024, lorsque le Comité intergouvernemental réuni à Asunción (Paraguay) a validé l’inscription du «Costume féminin de cérémonie dans le Grand Est algérien : savoirs et savoir-faire liés à la confection et à la création de bijoux — Gandoura et Melehfa» sur la liste représentative. Une victoire qui faisait suite à une longue série : la gravure sur métaux (2023), la calligraphie arabe (2021), le couscous (2020), les savoirs liés à l’Imzad des communautés touarègues (2013), ainsi que le henné, inscrit lors de cette même session paraguayenne, en plus d’avoir réussi à imposer le classement du Caftan au nom de l’Algérie.

Ces deux dernières années, l’Algérie a déposé deux dossiers par an auprès de l’UNESCO, un rythme qui témoigne d’une mobilisation institutionnelle soutenue. Le ministère de la Culture s’attelle à constituer une banque de données nationale englobant les éléments du patrimoine culturel immatériel, par la documentation, l’enregistrement sur différents supports et leur diffusion à travers le territoire national, en coordination avec les établissements sous tutelle. Sur le front juridique, la mouture actualisée de la loi 98-04 relative à la protection du patrimoine culturel est quasi prête, le texte ayant été modifié à plus de 50%, au point qu’une nouvelle loi verra le jour selon les normes législatives. Une commission nationale multisectorielle, installée sous l’impulsion du Premier ministre, est chargée d’élaborer la feuille de route globale de cette protection, érigée désormais en question de sécurité nationale. Des dossiers sont également en cours d’élaboration autour du chaâbi, du malouf, de l’ayyay, du sraoui des Aurès, de l’achewiq de Kabylie, du hawfi et du haouzi — autant de traditions musicales qui forment le système nerveux d’une identité sonore plurielle. Des chercheurs, universitaires et détenteurs du patrimoine y travaillent de concert, dans la durée, depuis des années. La blouse de l’Ouest déposée mardi à l’UNESCO n’est donc pas un acte isolé, mais la dernière

Mohand Seghir

admin

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *