Bendouda rouvre le musée d’Hippone et relance ses grands chantiers patrimoniaux : Annaba se prépare pour la visite pape
La visite du pape Léon XIV, attendue en Algérie entre le 13 et le 15 avril, se prépare activement à Annaba. La ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, était jeudi sur place pour superviser en personne la réouverture du musée archéologique d’Hippone, inspecter la basilique Saint-Augustin et relancer un projet de réhabilitation de la citadelle hafside gelé depuis dix ans.
C’est une ville en état de grâce que Malika Bendouda a traversée jeudi. Annaba, cité millénaire aux strates d’histoire superposées, se prépare à accueillir un hôte d’exception : le pape Léon XIV, invité par le président de la République Abdelmadjid Tebboune, dont la venue est programmée « entre le 13 et le 15 du mois en cours », selon les propres mots de la ministre, prononcés en fin de journée au théâtre régional Azzedine-Medjoubi à l’issue de sa visite de travail et d’inspection. Deux sites figurent en bonne place dans le programme pontifical : le musée du site archéologique d’Hippone et la basilique Saint-Augustin. Deux « monuments importants », a tenu à souligner Mme Bendouda, dont la remise en état et la valorisation constituaient l’axe central de cette journée. La première étape de la visite ministérielle a été, à ce titre, hautement symbolique. Le musée du site archéologique d’Hippone, fermé au public le temps de travaux d’aménagement et d’études de ses espaces, a officiellement rouvert ses portes sous la supervision de la ministre. Le site d’Hippone — ancienne cité romaine où vécut et mourut saint Augustin au Ve siècle, l’un des Pères de l’Église les plus influents de l’histoire du christianisme — abrite des pièces d’une valeur inestimable, parmi lesquelles la célèbre pièce de la Gorgone et une statue de la Victoire unique en son genre. Des trésors qui, désormais, s’offrent à nouveau au regard des visiteurs, à quelques jours à peine de l’arrivée du souverain pontife.
Mais la ministre n’est pas venue seulement pour couper un ruban. Sur place, elle a donné des instructions fermes pour l’extension du musée et la création d’un centre interprétatif entièrement dédié à l’héritage de saint Augustin, « en utilisant des procédés et des technologies modernes », a-t-elle précisé. Plus ambitieux encore, Mme Bendouda a ordonné l’ouverture immédiate d’un dossier technique complet en vue de l’inscription du site archéologique d’Hippone sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, dans le cadre des « Routes augustiniennes », ce réseau de lieux liés à la vie du saint qui traverse plusieurs pays méditerranéens. Une démarche qui, si elle aboutit, conférerait à Annaba une reconnaissance internationale à la hauteur de sa richesse historique.
La citadelle hafside sort de dix ans de gel
La visite s’est poursuivie à la basilique Saint-Augustin, édifice classé monument historique perché sur la colline d’Hippone, dont l’architecture mêle influences romaines, byzantines et mauresques. La ministre a insisté sur la nécessité de « préserver ces trésors archéologiques et d’améliorer les conditions d’accueil des visiteurs et des délégations, à la hauteur du rang culturel et civilisationnel de l’Algérie ». Le volet le plus attendu de la journée concernait peut-être la citadelle hafside d’Annaba, monument classé au patrimoine national dont le projet de réhabilitation était gelé depuis 2015, soit plus d’une décennie d’immobilisme. Fondée sous la dynastie hafside entre les XIIIe et XVIe siècles, cette forteresse défensive d’une superficie d’un hectare et demi a traversé les âges dans toute leur brutalité : transformée en prison puis en centre de torture par les autorités coloniales françaises, elle a notamment été le théâtre de la répression des manifestants du 8 mai 1945 et des moudjahidine de la Révolution. Un lieu de mémoire autant qu’un monument historique. Mme Bendouda a annoncé sur place des « mesures d’urgence » pour lever ce gel et lancer immédiatement les travaux, à commencer par la restauration des remparts endommagés.
Elle a également ordonné le lancement d’un programme de recherches archéologiques approfondies sur le site, mené conjointement par le Centre national de recherche archéologique et l’université d’Annaba, avec pour objectif de mettre au jour les vestiges de la période islamique et d’en établir la valeur civilisationnelle. La ministre a par ailleurs demandé que soit documenté le « centre de torture » de la citadelle, avec la publication d’un ouvrage historique dédié, « en hommage à la mémoire nationale et pour la préserver de l’oubli ». Sur le plan de l’aménagement, elle a exigé une révision globale du plan de mise en valeur extérieure du site, intégrant l’ancien rempart et le monument des « Sept Dormants » dans une vision d’ensemble cohérente.
La journée s’est conclue par une rencontre avec les artistes, écrivains et personnalités culturelles de la wilaya d’Annaba, lors de laquelle Mme Bendouda a appelé à davantage de projets créatifs dans les domaines du théâtre et du cinéma, assurant ses interlocuteurs de « la disponibilité de son département à accompagner la réalisation de ces projets ». Une façon de rappeler qu’Annaba, ville de mémoire et de culture, entend rayonner.
Mohand Seghir

