Lors d’une journée d’étude organisée par le HCI : Béjaïa célèbre Lalla Fadhma N’Soumer
Le Haut Conseil islamique a organisé jeudi à Béjaïa une journée d’étude autour de la figure de Lalla Fadhma N’Soumer, résistante algérinne du XIXe siècle qui tint tête aux armées françaises au cœur du Djurdjura. Chercheurs, enseignants et responsables institutionnels se sont retrouvés pour interroger un héritage à la fois historique, identitaire et spirituel — et ont proposé la création d’un prix national de l’excellence féminine à son nom.
Cette rencontre académique, organisée jeudi en collaboration avec les services de la wilaya, a réuni enseignants et chercheurs autour du thème « Lalla Fadhma N’Soumer : modèle de la femme algérienne résistante ». Elle s’est tenue en présence du président du HCI, Mabrouk Zaid El Kheir, du secrétaire général du Haut-Commissariat à l’Amazighité (HCA), Si El Hachemi Assad, et du wali de Béjaïa, Kamel-Eddine Kerbouche. Née vers 1830 dans le village de Soumer, près d’Aïn El Hammam, Lalla Fadhma N’Soumer fut l’une des rares femmes à prendre les armes contre la conquête française, galvanisant les tribus kabyles lors des combats de 1854 et 1857 avant d’être capturée par le général Randon. Elle mourut en captivité en 1863, à 33 ans, laissant une empreinte indélébile dans la mémoire collective algérienne. Prenant la parole devant l’assistance, Mabrouk Zaid El Kheir a mis en lumière les dimensions spirituelles de cette personnalité hors du commun, la qualifiant de « symbole de dignité et de djihad ». Selon lui, la résistante tirait sa force de « la profondeur de sa foi et son attachement aux valeurs de l’identité nationale, ce qui en a fait un modèle historique inspirant, ayant impressionné les chefs de la colonisation par son génie militaire et sa fermeté spirituelle ». Une lecture qui ancre la figure de Lalla Fadhma N’Soumer autant dans le registre de la foi que dans celui du combat politique et militaire.
Si El Hachemi Assad, secrétaire général du HCA, a pour sa part insisté sur l’enracinement géographique et identitaire de cette mémoire, rappelant que le nom de la résistante « demeure étroitement lié à sa région, Soumer, à Aïn El Hammam », tout en s’inscrivant dans « une tradition historique plus large de participation de la femme algérienne à la résistance ». Il a évoqué le colloque international organisé par le HCA en septembre 2019 à Tébessa, consacré aux rôles des femmes dans la résistance à travers les différentes périodes de l’histoire algérienne, pour souligner la continuité de cette réflexion institutionnelle. Appelant à aborder l’héritage de Lalla Fadhma N’Soumer « avec un esprit scientifique fondé sur la documentation et la rigueur », Assad a insisté sur le fait qu’elle représente « un modèle complexe conjuguant histoire et identité » — mettant en garde, implicitement, contre les lectures hagiographiques qui appauvrissent autant qu’elles célèbrent.
Le wali de Béjaïa, Kamel-Eddine Kerbouche, a quant à lui replacé l’événement dans une perspective de gouvernance territoriale, soulignant l’importance stratégique de « relier la mémoire nationale au processus de développement ». L’accueil de cette journée par la wilaya constitue, a-t-il affirmé, « un hommage aux symboles de la résistance populaire dans la région », et il a réitéré l’engagement des autorités locales à « accompagner les initiatives visant à préserver le patrimoine immatériel et à le transmettre aux nouvelles générations, de manière à renforcer le sentiment d’appartenance et la fierté de l’identité nationale ».
La journée s’est conclue par une série de recommandations issues des communications présentées par les chercheurs. La plus emblématique d’entre elles propose la création d’un prix national de l’excellence féminine portant le nom de Lalla Fadhma N’Soumer — une façon de faire vivre cette mémoire au-delà des commémorations, en l’inscrivant dans le présent des femmes algériennes.
Mohand S.

