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Plus d’un demi-siècle après Apollo : Artémis met le cap sur la Lune

Jeudi soir, pour la première fois depuis 1972, des êtres humains ont quitté l’orbite terrestre en direction de la Lune. Les quatre astronautes de la mission Artémis 2 de la NASA ont allumé les moteurs d’Orion à 23h49 GMT et pris la route d’un astre qui n’avait plus vu passer d’équipage habité depuis la fin du programme Apollo. Une page d’histoire s’est tournée, en direct.

54 ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour que l’humanité envoie à nouveau des astronautes aux abords de la Lune. Jeudi soir, au-dessus de l’atmosphère terrestre, le vaisseau Orion a déclenché pendant près de six minutes la poussée décisive qui devait lui permettre de s’arracher de l’orbite terrestre et de prendre la direction du satellite naturel de la Terre, situé à plus de 384 000 kilomètres — soit mille fois la distance qui sépare la planète de la Station spatiale internationale. À bord, quatre astronautes : les Américains Reid Wiseman, commandant de bord, Victor Glover et Christina Koch, ainsi que le Canadien Jeremy Hansen, premier ressortissant de son pays à s’aventurer aussi loin dans l’espace. Depuis la fin du programme Apollo en 1972, la présence humaine dans l’espace s’était limitée à l’environnement immédiat de la Terre, principalement autour de l’ISS. Artémis 2 brise cette frontière.

À peine la manœuvre accomplie, les réactions de l’équipage, captées en direct lors d’une interview accordée à plusieurs chaînes de télévision américaines, ont dit mieux que n’importe quel commentaire l’intensité du moment. « L’humanité a une fois de plus montré de quoi elle est capable », a lancé Jeremy Hansen depuis le vaisseau, dans un message sobre qui résumait à lui seul le caractère historique de l’événement. Collés aux hublots d’Orion, les quatre astronautes contemplaient une vue dont peu d’êtres humains peuvent se targuer. « On est tous scotchés aux fenêtres », a confié Hansen, évoquant « une vue imprenable ». Christina Koch a décrit une Terre « illuminée comme en plein jour et baignée de la lueur de la Lune », avant d’ajouter que « rien ne peut vous préparer à l’émotion qui vous saisit » à cet instant — une confidence qui dit la part irréductible d’humain dans une mission technologique d’une complexité vertigineuse.

Il faudra trois à quatre jours à Orion pour rejoindre la Lune. Les astronautes ne s’y poseront pas — cela sera l’objet d’une prochaine mission, Artémis 3 — mais en feront le tour complet, passant derrière sa face cachée lundi prochain avant d’entamer leur retour vers la Terre, prévu le 10 avril. Un périple d’une dizaine de jours qui constitue néanmoins un galop d’essai décisif pour les ambitions lunaires de la NASA : tester en conditions réelles le vaisseau Orion, vérifier les systèmes de survie, éprouver la résistance physique et psychologique de l’équipage face à des radiations et des distances que l’ISS ne permet pas de simuler.

Artémis 2 renoue ainsi avec une ambition que la fin de la guerre froide avait mise en sommeil. Le programme Apollo avait conduit douze hommes à marcher sur la Lune entre 1969 et 1972, avant que les coupes budgétaires et le désintérêt politique n’éteignent cette flamme.

Malik Meziane

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