Soudan : MSF dénonce une nouvelle attaque des FSR contre un hôpital
Le Soudan s’enfonce un peu plus chaque jour dans une spirale de violence dont les civils paient le prix le plus lourd. En l’espace d’une semaine, une attaque de drone contre un hôpital, des incursions meurtrières à la frontière tchadienne et un remaniement au sommet de l’armée soudanaise illustrent l’intensification d’un conflit qui, depuis avril 2023, a fait plusieurs dizaines de milliers de morts et déplacé plus de douze millions de personnes, selon l’ONU. Jeudi, Médecins sans frontières (MSF) a dénoncé une attaque «choquante» des Forces de soutien rapide (FSR) contre l’hôpital Al-Jabalain, dans l’État du Nil Blanc, au sud du pays. «Deux frappes ont eu lieu : l’une a touché le bloc opératoire et l’autre la maternité», précise l’ONG dans un communiqué. Bilan : au moins dix morts, dont sept membres du personnel médical. MSF a fourni du carburant pour le transfert de 19 blessés vers Kosti, à environ 80 kilomètres de là. Ce qui rend l’attaque «d’autant plus choquante», souligne l’organisation, c’est qu’elle s’est produite «pendant une campagne de vaccination infantile». Ce n’est pas la première frappe du genre. Le 20 mars dernier, l’hôpital universitaire d’El-Daein, dans le Darfour-Est, avait été éventré par une frappe cette fois attribuée à l’armée soudanaise en territoire FSR, faisant 70 morts et 146 blessés. MSF dit se trouver «indignée par ces attaques répétées contre les structures de santé, qui se sont dangereusement intensifiées ces dernières semaines».
La violence déborde désormais au-delà des frontières soudanaises. Face aux incursions répétées sur son territoire, le Tchad avait annoncé le 23 février la fermeture de sa frontière. En vain : au moins deux attaques de drones venus du Soudan ont visé le pays en mars. MSF, qui opère dans la zone, tire la sonnette d’alarme sur le sort des civils pris «entre deux feux», dont de nombreux réfugiés soudanais originaires du Darfour, «qui ont subi des niveaux extrêmes de violence». L’ONG déplore des conditions rendant «impossible» toute assistance médicale minimale, ses équipes ayant été «contraintes de se mettre à l’abri à plusieurs reprises». Le 21 février, après la prise de la ville frontalière de Tina par les FSR, MSF avait dû quitter précipitamment l’hôpital Mabrouka pour transférer ses activités dans un nouveau centre de santé. Trente-huit personnes y sont décédées, dont dix-neuf en une seule journée, le 16 mars. Sur le plan militaire, l’armée soudanaise a annoncé jeudi la nomination d’un nouveau chef d’état-major, la plus importante évolution de sa hiérarchie depuis le début du conflit. Le général Yasser al-Atta, figure politique du Conseil de souveraineté formé en 2019 après la destitution d’Omar el-Béchir et fort de près de quarante ans de carrière, remplace Othman al-Hussein, en poste depuis 2019. Il dirigera l’état-major avec des adjoints chargés de l’administration, des opérations, de la formation, de l’intendance et du renseignement militaire.
R.I.

