La blousa de l’Ouest au centre d’un colloque à Tlemcen : Entre mémoire, patrimoine et enjeux contemporains
Entre mémoire brodée et enjeux contemporains, le vêtement féminin le plus emblématique du Grand Ouest algérien fait l’objet, mardi à Tlemcen, d’un colloque national inédit réunissant chercheurs, universitaires et artisans autour d’une question brûlante : comment préserver un patrimoine vivant à l’heure du numérique et de la mondialisation ?
Elle se porte sur les épaules comme on porte une histoire. La blousa — ce vêtement féminin aux broderies somptueuses, aux couleurs vives et aux codes sociaux finement tissés — n’est pas un simple habit. Elle est une langue que les femmes de l’Ouest algérien parlent depuis des siècles, une écriture du corps qui raconte l’origine, le rang, la fête et le deuil. C’est justement pour lui rendre sa juste place dans le récit national que Tlemcen, capitale spirituelle et culturelle par excellence, accueille mardi prochain un colloque national intitulé « Le costume féminin dans l’Ouest algérien : la blousa entre patrimoine et mutation contemporaine ». La rencontre est organisée par le Centre d’interprétation à caractère muséal du costume traditionnel algérien et des pratiques populaires, dans le cadre de la célébration des fêtes et des occasions islamiques. Elle rassemblera un panel d’enseignants universitaires, de chercheurs et d’artisans autour d’un objet d’étude à la fois intime et collectif, local et universel.
Parler de la blousa, c’est parler de l’Ouest algérien dans toute sa profondeur. Tlemcen, Oran, Mascara, Sidi Bel Abbès — autant de villes dont les femmes ont fait de ce vêtement un marqueur identitaire puissant, une œuvre d’art portée. Les conférences prévues lors du colloque témoignent de la richesse des angles d’approche retenus par les organisateurs : « Les racines historiques de la blousa », « La blousa comme miroir de l’identité culturelle », « Le patrimoine algérien, mosaïque civilisationnelle et culturelle » ou encore « L’artisanat et l’économie créative » figureront au programme, aux côtés d’une communication particulièrement en phase avec son époque : « La blousa entre authenticité, renouveau et documentation numérique ». Car si le vêtement est ancien, les défis qui l’entourent sont résolument contemporains.
L’événement se fixe pour ambition, selon ses organisateurs, de « faire connaître la blousa en tant que l’un des symboles culturels et sociaux les plus emblématiques de la région de l’Ouest algérien », mais aussi de « documenter ce patrimoine à travers des études académiques et des recherches scientifiques portant sur ses dimensions historiques, artistiques et sociales ». Une démarche qui vise à consolider sa reconnaissance en tant que patrimoine à la fois matériel et immatériel, tangible dans ses fils et ses pigments, intangible dans les gestes et les savoirs qui lui donnent vie.
L’artisan au cœur du débat
Le colloque ne se veut pas seulement un exercice académique. Il entend également mettre en lumière « le rôle économique et social de la confection de la blousa, en soutenant les artisans et en valorisant leurs efforts dans la préservation de cet art traditionnel, tout en soulignant sa contribution au développement local », précisent les organisateurs. Cette dimension est loin d’être anecdotique : derrière chaque blousa se cache des heures de labeur, des ateliers souvent modestes, des brodeuses dont le savoir-faire se transmet de mère en fille mais qui peinent parfois à vivre décemment de leur art. En les associant pleinement aux débats aux côtés des universitaires et des institutions culturelles, le colloque entend créer un espace de dialogue inédit, une passerelle entre le monde de la recherche et celui du métier.
Le contexte dans lequel s’inscrit cette rencontre est tout sauf anodin. Le ministère de la Culture et des Arts a en effet déposé récemment auprès de l’UNESCO un dossier intitulé « L’art de la blousa et son ornementation dans le Grand Ouest algérien : connaissances, savoir-faire et rituels », en vue de son inscription sur les listes du patrimoine mondial de l’humanité. Le colloque s’inscrit par ailleurs dans le cadre des « efforts nationaux et des recommandations du ministère de la Culture et des Arts visant à renforcer la sensibilisation à l’importance du patrimoine culturel et à son rôle dans la préservation de l’identité nationale », selon la fiche technique de la manifestation. Il ambitionne en outre de « consacrer la blousa comme symbole artistique et culturel reflétant l’authenticité et l’esprit de la société algérienne dans l’Ouest du pays ».
Mohand Seghir

