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La DGI et la police judiciaire signent une convention de coopération : L’économie souterraine dans la ligne de mire !

Les ministres de l’Intérieur et des Finances ont coprésidé dimanche à Alger la signature d’une convention de coopération entre la Direction générale de la Sûreté nationale et la Direction générale des Impôts, scellant une alliance inédite entre le fisc et la police judiciaire dans la lutte contre la fraude fiscale, le blanchiment d’argent et la criminalité économique.

C’est au siège du ministère des Finances que Saïd Sayoud et Abdelkrim Bouzred ont présidé, ce dimanche 5 avril 2026, une cérémonie sobre mais chargée de sens. Devant les directeurs généraux des deux institutions — Ali Badaoui pour la Sûreté nationale et Djamel Hanniche pour les Impôts — et en présence des cadres des deux secteurs, Mourad Zenati, contrôleur de police et directeur de la Police judiciaire, et Hanniche ont apposé leurs signatures au bas d’un protocole qui formalise et structure une coopération jusqu’ici informelle ou parcellaire. Le signal politique est clair : l’État algérien entend désormais croiser les fichiers, mutualiser les renseignements et frapper simultanément sur les deux fronts — fiscal et pénal — les acteurs de l’économie souterraine. Le texte signé s’inscrit, selon le communiqué de la Direction générale des Impôts, « dans le cadre de la mise en œuvre des orientations des pouvoirs publics visant à protéger l’économie nationale et à intensifier la lutte contre les différentes formes de fraude et d’atteinte aux finances publiques ». Il couvre un spectre large : lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, lutte contre le blanchiment d’argent et l’enrichissement illicite, répression de la spéculation illicite et des infractions économiques et financières, détection et traçage des produits des activités criminelles. Autant de chantiers que les deux administrations menaient jusqu’ici en parallèle, souvent sans passerelle opérationnelle entre elles.

Pour y remédier, le protocole prévoit des mécanismes concrets : développement d’échanges d’informations sécurisés, recours à « des outils numériques modernes », organisation de programmes communs de formation, constitution de commissions de coordination aux niveaux central et local, et mise en place d’équipes mixtes chargées du traitement des affaires complexes. Cette dernière disposition est sans doute la plus significative : elle ouvre la voie à des enquêtes conjointes associant inspecteurs des impôts et officiers de police judiciaire sur des dossiers où la fraude fiscale et le crime organisé se recoupent, comme c’est fréquemment le cas dans les affaires de blanchiment ou de détournement de fonds publics.

Dans son allocution, le ministre de l’Intérieur a souligné que cette convention constitue « une étape qualitative reflétant la volonté commune de renforcer la coopération et la coordination entre les différentes institutions de l’État », saluant « les efforts considérables déployés par l’État pour la lutte contre la criminalité économique et la protection de l’économie nationale ». La DGI, de son côté, y voit « une étape stratégique visant à renforcer l’échange d’informations et à intensifier la coordination opérationnelle », ainsi qu’un cadre destiné à « consolider les principes de transparence et de conformité fiscale ».

Cette initiative intervient dans un contexte précis que les deux ministères n’ont pas évoqué explicitement lors de la cérémonie, mais que les observateurs situent sans peine : celui des efforts que déploie l’Algérie pour sortir de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), où elle figure depuis 2023. Cet organisme intergouvernemental, qui fixe les standards mondiaux de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, conditionne le retrait de cette liste à des réformes institutionnelles tangibles, notamment le renforcement de la coopération entre les cellules de renseignement financier, les administrations fiscales et les services répressifs. La convention signée dimanche répond point par point à plusieurs des recommandations du GAFI, en formalisant des circuits d’échange d’informations qui faisaient jusqu’ici défaut.

Elle s’inscrit également dans la continuité d’un arsenal législatif récemment renforcé. La loi de finances pour 2026 a durci les sanctions applicables aux infractions fiscales et élargi les prérogatives des services de contrôle. La convention DGI-DGSN en constitue le bras opérationnel : elle traduit en coopération concrète entre administrations ce que le législateur a posé dans les textes. Ensemble, ces deux piliers — normatif et institutionnel — forment la réponse à une criminalité économique qui, selon les autorités, gangrène les circuits formels et prive l’État de ressources fiscales considérables. 

Amar Malki

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