Culture

Entre mémoire vivante et scène en fête : Le TNA fête les 100 ans du théâtre algérien 

Trois semaines de spectacles, un colloque intellectuel d’envergure nationale, une cérémonie officielle en présence de la ministre de la Culture et des Arts, une plateforme numérique inaugurale et des troupes venues des quatre coins du pays : le Théâtre National Algérien (TNA) transforme le mois d’avril 2026 en une fête totale du théâtre. Au cœur du dispositif, le centenaire de la naissance du théâtre algérien et de son pionnier Ali Sellali, dit « Allalou », dont l’ombre tutélaire plane sur une programmation aussi dense que symbolique.

C’est le fil rouge d’un mois exceptionnel. Ali Sellali, dit « Allalou », né en 1907, est considéré comme le père fondateur du théâtre algérien moderne. Acteur, auteur et metteur en scène, il est le premier à avoir porté sur les planches, dès les années 1920, une expression scénique en langue algérienne populaire, bravant ainsi l’ordre colonial culturel. Son œuvre pionnière, qui convoque le patrimoine oral, la satire politique et la création populaire, reste une référence incontournable pour toutes les générations de théâtreux qui lui ont succédé. À partir de 1917, il commence par animer de modestes spectacles, sketchs et tours de chants fantaisistes au « Foyer du soldat », avant de se lancer résolument dans la carrière d’auteur, acteur chanteur fantaisiste et comique excentrique. Allalou crée la troupe théâtrale Zahia Troupe en 1925. Un an après, le 12 avril 1926 au Kursaal d’Alger, Allalou signe son baptême de scène avec la pièce comique « Djeha », première pièce écrite en arabe algérien, présentée en compagnie du comédien Brahim Dahmoun. Cette pièce marque la naissance du théâtre algérien. Le 26 octobre 1926, Allalou présente la pièce « Zouadj Bou ‘Akline », qui marque la première apparition de Rachid Ksentini sur les planches, et lance la carrière théâtrale de ce dernier. La collaboration des deux hommes se poursuit avec des adaptations par Allalou des séquences des Mille et Une Nuits où Rachid Ksentini obtient les premiers rôles.

Pour marquer dignement le centenaire de Djeha et de la naissance du théâtre algérien, le TNA, sous l’intitulé « Massirat Djeha Al Mi’awiya » (La Marche centenaire de Djeha), a bâti un programme fédérateur autour de la personnalité du mois, qui porte lui-même l’affiche avec classe depuis les visuels de communication officiels. Du 7 au 30 avril, la salle Mustapha Kateb du Théâtre National Algérien deviendra ainsi le sanctuaire d’une mémoire théâtrale célébrée et transmise.

Une date gravée dans l’histoire des planches

Le 11 avril, dès 9h du matin et jusqu’à 19h, le TNA vivra une journée centenaire en deux temps forts. Le matin, la grande salle accueillera un colloque intellectuel intitulé « Allalou dans son centenaire », décliné en deux sessions complémentaires : la première interrogera le théâtre d’Allalou entre fondation et réception du texte, tandis que la seconde s’attachera à l’analyse de ses représentations critiques dans les dimensions sociales et politiques.

L’après-midi, place à la grande cérémonie officielle. Dès 15h30, les portes s’ouvriront sur un programme féerique : inauguration de l’exposition des collections personnelles d’Allalou, visite du parcours historique du TNA, lancement solennel de la plateforme numérique « Mémoire du Théâtre National », simulation interactive du futur musée du TNA, et remise du livre « Mémoires d’Allalou » lors d’une cérémonie de signature. La ministre de la Culture et des Arts, la Dr Malika Bendouda, marraine de l’événement et prendra la parole lors des cérémonies officielles. Un hommage sera rendu à la famille Sellali, ainsi qu’au chercheur Dr Ahmed Menouar. La journée s’achèvera à 19h par une photo de groupe des participants, après la représentation théâtrale.

Kateb Yassine ressuscité par Sidi Bel Abbès

Temps fort artistique de cette journée du 11 avril et de tout le mois : la représentation d’« Ibadaât » (Créations), puissante création du Théâtre Municipal de Sidi Bel Abbès, programmée à 18h. Le spectacle, signé Amir Bensaïd Nasreddine à la mise en scène et Djouzi Ahcène, puise dans les textes majeurs de Kateb Yassine : « Mohamed, prends ta valise », « La Guerre de deux mille ans » et l’implacable « Palestine trahie ». Produit en 2025, le spectacle réunit une distribution de douze comédiens, accompagnée d’une création musicale live assurée par Assou Omar, Mahmoud Abdelghani et Benhabib Mohamed.

En convoquant l’œuvre de l’auteur de « Nedjma » sur la scène du TNA un soir de centenaire, « Ibadaât » résonne comme un acte de foi : celle d’un théâtre qui n’oublie pas ses racines, n’a pas peur de la mémoire, et choisit de parler au présent de ce qui fut. Un choix éditorial fort, qui dit beaucoup du cap fixé par l’institution pour cette année jubilaire.

Le programme d’avril ne se résume pas à la journée du 11. Pendant trois semaines, le TNA offre à ses publics un panorama vivant du théâtre algérien en région. Les troupes régionales se succèdent sur les planches de la salle Mustapha Kateb avec une variété de registres et de provenances remarquable.

Le 16 avril, date de la Journée mondiale du Livre, le Théâtre Municipal d’Annaba présente « Bibliomanie » (18h). Le 17, c’est Skikda qui monte sur scène avec « Sas Bla Asas » (Fondations sans bases, 16h). Le 18 avril, Béjaïa s’invite avec « Wa Akhiran » (Et enfin, 16h). Le 23 avril, Constantine clôt la série régionale avec « Ahwawi » (18h), suivi les 24 et 25 avril du spectacle de la troupe du TNA elle-même, « Janazet Ayoub » (Les funérailles d’Ayoub, 16h). Le mois se clôture le 30 avril avec « Ghadwa Bamnach » (Demain sans humeur, 18h), également produit par le TNA.

La jeunesse aussi a son rendez-vous

Le TNA n’oublie pas son public de demain. Plusieurs spectacles jeune public jalonnent le mois : « Le Prince Errant », le 14 avril à 14h, proposé par l’Association culturelle Lendemain de Rêve, venue de Braga, inaugure la série. Le 21 avril, les enfants se régaleront des « Aventures Fantastiques » (14h), un spectacle produit par l’Association Ramax avec le concours du Théâtre Municipal de Djelfa. Le 28 avril, place au cocasse avec « Taloun » (Les poules, 14h), création du TNA destinée aux bambins.

L’un des gestes les plus significatifs de cette programmation centenaire réside peut-être dans l’inauguration d’une plateforme numérique dédiée à la mémoire du Théâtre National. L’outil, présenté lors de la cérémonie du 11 avril, ambitionne de constituer une archive vivante et consultable du patrimoine scénique algérien. Dans le même élan, la simulation interactive d’un futur musée du TNA ouvre des perspectives prometteuses pour la valorisation d’un héritage longtemps laissé dans l’ombre des coulisses.

C’est à ce croisement entre passé célébré et futur pensé que réside la force de la programmation d’avril 2026 : non pas un simple hommage nostalgique, mais une relecture active et outillée d’une histoire théâtrale qui se proclame, avec éclat, toujours vivante.

Mohand Seghir

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