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Guerre au Moyen-Orient : Téhéran maintient ses exigences, Trump fixe un nouvel ultimatum

Au 38e jour de la guerre au Moyen-Orient déclenchée par l’attaque conjointe américano-israélienne contre l’Iran, les belligérants s’engagent dans une diplomatie des ultimatums où les signaux contradictoires le disputent aux frappes continues, tandis que le bilan humain dépasse les 1 340 morts et que la communauté internationale s’alarme d’un conflit qui menace de s’emballer.

Téhéran a rejeté lundi la proposition de cessez-le-feu temporaire transmise par Washington via le Pakistan, lui opposant une contre-réponse en dix points conditionnant tout règlement à une fin définitive et permanente des hostilités. La réponse iranienne, rendue publique par l’agence officielle IRNA après deux semaines de consultations au plus haut niveau, écarte catégoriquement l’idée d’une trêve provisoire et pose des exigences préalables : arrêt total de la guerre, levée des sanctions, garanties pour la libre navigation dans le détroit d’Ormuz, aide à la reconstruction. Ce n’est pas un refus de négocier, a tenu à préciser le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Esmaeil Baqaei, mais une affirmation de souveraineté. « Nous n’avons pas à rougir d’exprimer nos exigences légitimes et rationnelles », a-t-il déclaré lors d’un point de presse, soulignant que l’échange de messages par voie d’intermédiaires « est normal et en cours ». Du côté américain, la réaction de Donald Trump a oscillé, en l’espace de quelques heures, entre encouragement et menace. Depuis la Maison Blanche où se tenait une cérémonie de Pâques, le président américain a qualifié la position iranienne « d’étape significative », ajoutant aussitôt qu’elle n’était « pas encore assez bien ». Il a confirmé que l’ultimatum fixé à mardi soir — le troisième report en quelques jours — était cette fois définitif, faisant planer la menace de frappes sur les infrastructures civiles iraniennes, notamment les ponts et les centrales électriques. « La guerre pourrait se terminer très rapidement », a-t-il néanmoins affirmé, évoquant des interlocuteurs iraniens qu’il juge « moins radicalisés » et parlant, de manière ambiguë, d’un « changement de régime » en cours.

Ce flottement de la posture américaine — alternant ouvertures et menaces — contraste avec la détermination affichée par Téhéran. Le porte-parole de l’armée iranienne, Mohammad Akraminia, a indiqué que son pays continuerait à se battre « aussi longtemps que les responsables politiques le jugeront opportun », exigeant que l’adversaire « regrette » le déclenchement des hostilités avant tout retour à la stabilité. Cette intransigeance s’accompagne pourtant d’une activité diplomatique soutenue, les canaux de communication indirects avec Washington restant, selon Baqaei, « normaux et en cours ».

Des complexes pétrochimiques frappés

Sur le terrain, la journée a été marquée par une nouvelle série de frappes meurtrières. L’entité sioniste a revendiqué des attaques contre le complexe pétrochimique South Pars à Assalouyeh, site névralgique de l’économie iranienne et pièce maîtresse de l’exploitation du plus grand gisement de gaz naturel mondial, partagé avec le Qatar. Un second complexe pétrochimique, à Marvdasht dans le sud du pays, a également été touché, les autorités locales faisant état de « dégâts mineurs ». Par ailleurs, l’armée iranienne a annoncé la mort du général de division Majid Hadami, chef du renseignement des Gardiens de la Révolution, tué à l’aube dans ce que Téhéran a qualifié d’« attaque de l’ennemi américano-sioniste ». Les Gardiens ont aussitôt promis « une riposte majeure » contre « les organisateurs et les auteurs de ce crime ». Dans la foulée, les rebelles houthis du Yémen ont revendiqué une nouvelle salve de missiles et de drones visant les cibles israéliennes, en coordination avec Téhéran et le Hezbollah.

Ces développements militaires s’accompagnent de révélations troublantes sur la stratégie américaine en territoire iranien. Donald Trump a affirmé lundi avoir acheminé des armes vers des manifestants iraniens, précisant qu’elles avaient été « détournées » par un groupe non identifié — après avoir, la veille, mis en cause les Kurdes dans une conversation téléphonique rapportée par Fox News. Ces déclarations, aux contours flous et à la cohérence fragile, ont suscité perplexité et inquiétude, illustrant la part d’improvisation qui semble caractériser certains aspects de la conduite américaine de ce conflit. Face à l’intensification des combats, la présidente du Comité international de la Croix-Rouge, Mirjana Spoljaric, a élevé la voix lundi pour dénoncer des menaces délibérées contre les infrastructures civiles. Centrales électriques, réseaux d’eau, hôpitaux, ponts, écoles : ses équipes documentent sur le terrain des destructions massives contraires, selon elle, au droit international humanitaire. Elle a exprimé une préoccupation particulière au sujet des installations nucléaires, jugeant que « toute erreur d’appréciation peut avoir des conséquences irréversibles pour les générations futures ». Son appel à épargner les populations civiles résonne dans un contexte où Washington laisse planer la menace explicite de frapper des infrastructures civiles iraniennes dès mardi.

Lyes Saïdi

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