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Des récompenses pécuniaires pour les informateurs : Un arsenal anti-drogue renforcé

Le gouvernement a examiné mercredi un décret instituant des récompenses pécuniaires pour les informateurs qui contribuent à l’arrestation de trafiquants. Une mesure qui s’inscrit dans la stratégie nationale de lutte contre la drogue 2025-2029, alors que l’arsenal répressif es durci.

La lutte contre le narco-trafic prend une nouvelle dimension. Réuni mercredi sous la présidence du Premier ministre Sifi Ghrieb, le Gouvernement a examiné un projet de décret exécutif fixant les conditions dans lesquelles des citoyens pourront être récompensés lorsqu’ils fournissent des renseignements décisifs pour identifier ou arrêter des auteurs d’infractions liées aux stupéfiants et aux substances psychotropes. C’est une rupture dans la méthode : l’État entend désormais faire de la société civile un maillon actif de la chaîne sécuritaire. Selon le communiqué des Services du Premier ministre, ce texte vise à « consolider les mécanismes de prévention, de dissuasion et de répression de l’usage et du trafic illicites des stupéfiants, en associant les différentes franges de la société dans une démarche inclusive, à travers l’octroi d’intéressements pécuniaires et autres, aux citoyens qui fournissent des informations permettant l’arrestation des auteurs de ces infractions ». En clair, l’informateur coopératif pourra être rémunéré pour son signalement.

Ce projet de décret s’inscrit, précise le même document officiel, « dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie nationale de lutte contre la drogue 2025-2029 approuvée par le Conseil des ministres qui s’est tenu le 20 avril 2025 ». Il constitue ainsi le volet participatif d’un dispositif plus large, bâti autour d’un arsenal législatif considérablement renforcé au cours des derniers mois.

Rappelons en effet que la loi n° 25-03 du 1er juillet 2025, modifiant la loi n° 04-18 du 25 décembre 2004 relative à la prévention et à la répression de l’usage et du trafic illicites de stupéfiants, avait déjà introduit des mesures coercitives d’une sévérité inédite. Le texte, adopté par l’Assemblée populaire nationale en mai puis par le Conseil de la Nation en juin 2025, a notamment prévu la peine de mort dans certaines circonstances aggravantes. L’article 16 bis 2 stipule ainsi qu’est punie de « la réclusion criminelle à temps de vingt (20) ans à trente (30) ans » toute personne qui recrute ou utilise un mineur dans le trafic, et que « la peine encourue est la peine de mort si l’infraction est commise dans ou aux abords des établissements d’éducation, d’enseignement et de formation ». La même loi a renforcé les mécanismes de coopération internationale et amélioré la prise en charge des personnes dépendantes.

La réunion de mercredi témoigne ainsi d’une continuité dans l’approche globale retenue par les pouvoirs publics : articuler répression, prévention et mobilisation communautaire face à un phénomène dont l’ampleur justifie une réponse multidimensionnelle.

Compléments alimentaires : combler u vide juridique

Au-delà de la question sécuritaire, le Conseil du gouvernement a également examiné un second projet de décret exécutif, relatif cette fois à la sécurité sanitaire des compléments alimentaires. Ce texte, fondé sur les directives de la FAO et de l’OMS, entend « combler le vide juridique en matière de sécurité et d’innocuité des compléments alimentaires, pour éviter les conséquences néfastes pour la santé des citoyens », selon le communiqué officiel. Il déterminera les spécifications techniques de ces produits, fixera la liste des vitamines et sels minéraux autorisés et définira leurs doses maximales. Le texte répond à une urgence de santé publique documentée et persistante. Une étude menée en 2022 par la faculté des sciences de la nature et de la vie de Constantine établissait que 95 % des compléments alimentaires consommés en Algérie proviennent de l’étranger, principalement de Chine et d’Inde, et transitent par des circuits mal contrôlés — pharmacies, commerce en ligne et boutiques spécialisées. Le marché est estimé à 500 millions d’euros par an, dont une large part échappe à toute traçabilité réglementaire. Le nouveau décret est porté par les recommandations de l’Agence nationale de la sécurité sanitaire. Il vise notamment à éradiquer la circulation de substances dangereuses comme les stéroïdes anabolisants et les modulateurs sélectifs du récepteur des androgènes (SARM), des composés associés à des risques cardiovasculaires graves, des lésions hépatiques et des troubles psychiatriques, particulièrement chez les jeunes sportifs qui en sont les principaux consommateurs.

Fin des réseaux 2G et 3G

Par ailleurs, le Gouvernement a entendu une communication sur l’enseignement coranique, qui constitue dans notre pays un patrimoine culturel profondément enraciné, ayant contribué à renforcer le référent religieux national à travers les générations. Les institutions religieuses et les structures d’enseignement coranique jouent un rôle central dans l’apprentissage du Coran et de ses sciences, avec plus de 1.250.000 adhérents, encadrés par près de 40.000 encadreurs.

« Face à l’essor de l’enseignement coranique et afin de s’adapter à la transformation numérique, il est devenu indispensable d’organiser et de réguler cette activité, notamment en la soumettant à un cahier des charges et en apportant un accompagnement aux acteurs concernés, en vue de préserver le référent religieux national, de renforcer la cohésion sociale, de consolider les valeurs de la modération et de connecter les jeunes générations à leur patrimoine algérien authentique », souligne le communiqué.

Enfin, le Gouvernement a entendu une communication sur le processus de désactivation des réseaux de télécommunications G2 et G3 en Algérie ainsi que l’organisation et la sécurisation de l’acquisition des téléphones mobiles pour le marché national.

« Depuis l’avènement et le déploiement des réseaux 4G et 5G sur le marché national, l’extinction des technologies 2G et 3G est devenue une nécessité, motivée par des raisons technologiques et économiques, notamment afin de permettre la libération des ressources spectrales et le développement des réseaux plus avancés de la 4G et la 5G, d’une part et la réduction des coûts de l’entretien et de la maintenance des équipements et supports des réseaux 2G et 3G, d’autre part », a indiqué le communiqué. « A ce titre, un plan d’action a été proposé pour la mise en œuvre progressive de la migration vers les nouveaux réseaux et l’extinction définitive des réseaux 2G et 3 G à l’horizon 2029. Dans le même cadre, il est impératif d’accompagner ce développement technologique par la mise à niveau de la règlementation en vigueur, afin de garantir la disponibilité des téléphones mobiles, tout en faisant face aux risques liés à la cybercriminalité et au fonctionnement des réseaux nationaux de télécommunications », conclut la même source.

Samir Benisid

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