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La compagnie aérienne entend ouvrir 7 nouvelles lignes : Air Algérie prend son envol

Libreville en juin, Luanda, Maputo, Accra et Lagos dans les mois qui suivent, Shanghai à l’hiver prochain, Varsovie en prime : Air Algérie a dessiné les contours d’une ambition continentale et internationale. La compagnie nationale, appuyée sur le renouvellement en cours de sa flotte, engage une offensive sur sept nouvelles destinations en 2026 et pose simultanément les fondations d’une infrastructure de fret destinée à faire de l’aéroport Houari-Boumediene une véritable plaque tournante régionale.

C’est dans ce contexte de double annonce que le PDG d’Air Algérie, Hamza Benhamouda, s’est exprimé jeudi aux côtés du PDG de la Société de gestion des services et infrastructures aéroportuaires d’Alger (SGSIA), Mokhtar Saïd Mediouni, et du directeur général d’Air Algérie Cargo, Abdelkader Salmi. La cérémonie, marquée par la signature d’un mémorandum d’entente entre Air Algérie et la SGSIA pour la réalisation d’un centre de fret moderne, a réuni plusieurs figures de l’économie nationale, dont le PDG de Sonatrach, Nour Eddine Daoudi, le directeur général des Douanes, le Général-Major Abdelhafid Bakhouche, et le directeur général de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement, Omar Rekkache. Un aréopage qui dit, à lui seul, la portée stratégique que les autorités entendent donner à l’événement.

Sept nouvelles lignes

Premier à prendre la parole sur l’expansion du réseau passagers, Benhamouda a précisé que le vol Alger-Libreville, vers le Gabon, devrait être lancé à la mi-juin. Quatre autres capitales africaines suivront dans l’année : Luanda en Angola, Maputo au Mozambique, Accra au Ghana et Lagos au Nigeria. Vers l’Asie, la compagnie prévoit d’ouvrir une ligne Alger-Shanghai à l’hiver 2026, complétée d’une nouvelle liaison européenne vers Varsovie, en Pologne. Sept destinations en quelques mois : l’agenda est serré. Le PDG a d’ailleurs pris soin d’assortir ces annonces d’une réserve de taille, précisant que « la concrétisation de ce programme dépend de la poursuite de la réception de nouveaux avions acquis ». La cadence des livraisons conditionnera donc l’ouverture effective des lignes, rappelant que les ambitions commerciales des compagnies aériennes demeurent tributaires des aléas industriels de leurs équipementiers.

Pour autant, la stratégie africaine d’Air Algérie n’est pas neuve. La compagnie dessert déjà Nouakchott en Mauritanie, Dakar au Sénégal et N’Djamena au Tchad via sa division cargo. L’extension du réseau passagers vers l’Afrique subsaharienne, le golfe de Guinée et l’Afrique australe constitue donc une montée en puissance d’une présence continentale déjà amorcée. Sur l’axe asiatique, l’ouverture vers Shanghai viendrait compléter les liaisons existantes vers Pékin, consolidant le positionnement d’Alger comme porte d’entrée africaine vers la Chine à l’heure où les échanges sino-africains s’intensifient. Varsovie, quant à elle, ouvrirait un corridor vers l’Europe centrale.

Un centre de fret à 19.000 tonnes aujourd’hui, 65.000 demain

Parallèlement à l’expansion passagers, c’est le volet fret qui concentre l’investissement structurel le plus concret annoncé jeudi. Le mémorandum d’entente signé entre Air Algérie et la SGSIA prévoit l’aménagement d’une nouvelle zone d’exploitation baptisée « Cargo Algérie », implantée dans la zone sud-est de l’aéroport d’Alger. Le projet repose sur la réhabilitation de l’aérogare 3, un bâtiment de 10 530 mètres carrés offrant une capacité de stockage de 25 500 mètres cubes, qui sera entièrement dédié au traitement du fret. Des zones d’import-export, des entrepôts modernes, des chambres froides pour les produits pharmaceutiques et sensibles, des quais de chargement et des espaces de contrôle douanier y seront aménagés. Une extension de 5 000 mètres carrés supplémentaires est prévue à l’horizon de vingt-quatre mois, portant la capacité totale de stockage à 40 500 mètres cubes. Le délai de réalisation de la phase initiale est fixé à douze mois. Les chiffres avancés par Benhamouda donnent la mesure de l’enjeu. La compagnie a transporté environ 19 000 tonnes de fret en 2023. L’objectif affiché est d’atteindre « plus de 65 000 tonnes à l’horizon de 2029 », soit un triplement du volume en six ans. Cette projection s’appuie sur une dynamique de croissance déjà enclenchée : le fret aérien d’Air Algérie a progressé de 26,5 % en 2023, puis enregistré « un bond qualitatif » de 31 % en 2024, selon les termes mêmes du PDG, qui indique que la dynamique s’est maintenue « à un rythme supérieur à 25 % en 2025 ». Pour soutenir cette montée en puissance, le groupe procède à la conversion de cinq appareils supplémentaires au profit de l’activité cargo, portant la flotte dédiée à six avions au total. Le projet est conçu sur un modèle d’autofinancement avec un contrat d’exploitation de trente ans, « offrant une vision stratégique claire », a souligné Benhamouda. L’ambition dépasse le cadre national : il s’agit explicitement de profiter de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et de positionner Alger comme nœud logistique au croisement des flux commerciaux africains. Un accord de partenariat stratégique dans le transport de marchandises entre Air Algérie Cargo et Ethiopian Airlines est en cours de finalisation, a annoncé le PDG, une coopération qui permettrait d’optimiser les réseaux des deux compagnies sur le continent. Pour Salmi, le directeur général d’Air Algérie Cargo, l’objectif est sans ambiguïté : faire de l’aéroport d’Alger « une plateforme logistique régionale capable d’attirer les flux commerciaux ».

Biométrie, bus électriques et Terminal 1 low-cost

Côté infrastructure aéroportuaire, Mediouni a dressé un bilan de l’activité de Houari-Boumediene et annoncé plusieurs projets de modernisation. L’aéroport a franchi le seuil des 10 millions de passagers en 2025, et les prévisions tablent sur « plus de 11 millions en 2026 ». Pour absorber cette croissance, des travaux sont en cours au Terminal 1, qui sera orienté vers les compagnies à bas coût — une décision qui s’inscrit dans la tendance mondiale de différenciation des terminaux par segment tarifaire. Sur le plan technologique, Mediouni a annoncé l’entrée en service, « à partir de l’été prochain », de parcours en libre-service appuyés par des systèmes de reconnaissance biométrique, destinés à « réduire les temps d’attente et à améliorer la qualité des services ». Des cabines de repos pour les passagers en transit seront également mises en place, tandis que l’aéroport s’équipera de bus électriques pour ses déplacements internes et d’un système de gestion des risques aviaires. L’ensemble de ces initiatives, a-t-il affirmé, traduit « une réelle volonté de développer le secteur du transport aérien national, d’en renforcer la compétitivité et de consolider la position de l’aéroport d’Alger en tant que hub régional majeur ».

Samir Benisid

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