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Archives des collectivités locales : L’urgence d’une cartographie nationale pour préserver la mémoire institutionnelle

L’absence d’une vision globale sur l’état des archives détenues par les collectivités locales pousse aujourd’hui les autorités à réclamer l’établissement d’une cartographie nationale du secteur, un outil jugé indispensable pour à la fois sauvegarder ce patrimoine documentaire et en faire un véritable levier d’aide à la décision, a plaidé dimanche à Alger le Directeur général des Archives nationales, Mohamed Bounaama. Prenant la parole à l’ouverture des conférences régionales consacrées à la gestion des documents d’activité et des archives des collectivités locales à l’ère du numérique, M. Bounaama a insisté sur la nécessité de dresser cette cartographie afin de « préserver le précieux fonds d’archives du secteur » et de « valoriser le rôle pionnier des archives, en tant qu’élément contribuant à l’élaboration de stratégies permettant la prise de décision ». Selon lui, ce chantier doit avancer de pair avec l’établissement d’une cartographie nationale des ressources humaines agréées dans le domaine de la gestion des archives et des documents, un volet humain jugé tout aussi déterminant que le volet documentaire. Ces conférences régionales, dont les travaux ont débuté dans la capitale, s’inscrivent dans une dynamique nationale plus large, celle visant à « mettre en place une administration numérique efficace, capable de répondre aux exigences de la bonne gouvernance et d’assurer la protection et la valorisation du patrimoine institutionnel, composante et ressource essentielle de la mémoire nationale », a poursuivi le responsable. Un objectif qui, a-t-il ajouté, s’inscrit dans la volonté de « reconstruire un système national intégré de gestion des documents, en tant qu’élément central du processus de réforme administrative, de garantie de la continuité du service public, de préservation des droits et de rationalisation de la prise de décision ».

Prenant la suite, le Directeur général de la modernisation, de la documentation et des archives au ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Amar Bouderbala, a situé l’organisation de ces rencontres dans le cadre de « l’engagement du ministère et des services des Archives nationales à unifier les efforts et à accompagner les mutations que connaît l’administration publique », notamment au regard des exigences posées par la stratégie nationale de transformation numérique en matière de gestion documentaire et de préservation de la mémoire institutionnelle et nationale.

M. Bouderbala a par ailleurs rappelé qu’un ensemble d’outils de travail de référence a déjà été mis en place, dans le but d’organiser et de gérer le volume sans cesse croissant de documents produits ou reçus au niveau des wilayas et des communes, une charge documentaire qui s’alourdit au fil des années et complique la tâche des services concernés. S’agissant du contrôle et du suivi de ces fonds, il a indiqué qu’« un programme d’inspection des services d’archives de 19 wilayas a été établi, entre 2025 et 2026, pour faire le point sur la situation générale de la gestion des archives et parvenir à une gestion optimale de ces services ». Une opération de terrain qui illustre la volonté des autorités de passer du diagnostic à l’action concrète.

De son côté, le Directeur général de l’Ecole nationale d’administration, Abdelmalik Mezhouda, a apporté un éclairage complémentaire en insistant sur la dimension symbolique et stratégique des archives, qu’il a qualifiées de « mémoire de l’établissement ». Il a toutefois attiré l’attention sur les défis posés par la numérisation, soulignant que « la transformation des documents en données numériques soulève des enjeux qui nécessitent l’adoption d’un ensemble de mesures adaptées à ce type d’archives, avec, en premier lieu, la qualification de la ressource humaine ». Une mise en garde qui rappelle que la modernisation technique ne peut, à elle seule, garantir la réussite de cette transition sans un accompagnement humain solide.

Les travaux de cette rencontre se sont poursuivis à travers trois ateliers thématiques. Le premier se penche sur les procédures de gestion des documents d’activité et des archives des collectivités locales. Le deuxième s’intéresse à la structuration de la fonction d’archiviste au sein des collectivités locales, à travers un examen approfondi de la situation des ressources humaines spécialisées dans ce domaine. Quant au troisième, il est entièrement consacré à la protection et au traitement des archives historiques antérieures à 1962, un patrimoine dont la sauvegarde revêt une importance particulière pour la mémoire nationale.

Massinissa Raïs

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