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Mahrez sans détour : « L’Algérie, ce n’est pas un petit pays »

Dans une interview accordée au média français Carré, Riyad Mahrez s’est livré avec une franchise remarquable sur plusieurs chapitres marquants de sa carrière. 

Le capitaine emblématique de l’équipe nationale de football, aujourd’hui sous les couleurs d’Al-Ahli en Arabie Saoudite, a abordé sans fard les moments cruciaux qui ont façonné son parcours exceptionnel, de ses regrets de transferts aux questions sensibles entourant les joueurs binationaux. À 34 ans, l’ancien ailier de Leicester et Manchester City peut se targuer d’un palmarès enviable : champion de Premier League avec les Foxes puis les Citizens, vainqueur de la Coupe d’Afrique des Nations 2019 avec l’Algérie, et une collection de trophées qui ferait pâlir d’envie bon nombre de ses contemporains. Pourtant, certains choix continuent de le hanter, notamment celui qui l’a privé d’une opportunité unique de rejoindre le Real Madrid. L’été 2016 restera comme un tournant dans la carrière de Mahrez. Auréolé de son exploit historique avec Leicester, sacré champion d’Angleterre contre toute attente et élu meilleur joueur de Premier League, l’Algérien suscitait les convoitises de l’Europe entière. « Si j’avais eu ma clause de 25M€, je serais allé au Real. Même eux me voulaient. Les rendez-vous, on avait tout fait », confie-t-il aujourd’hui avec une pointe de regret dans la voix. Cette clause libératoire, les dirigeants de Leicester la lui avaient proposée un an plus tôt, mais Mahrez l’avait jugée excessive après une saison où son club s’était maintenu de justesse. « Je sortais d’une année de Premier League où on s’est maintenus au dernier moment, et j’ai dit non, je pensais que c’était trop. Au final, je finis meilleur joueur de Premier League », explique-t-il, mesurant aujourd’hui l’ironie de la situation. Cette décision aura des conséquences directes sur son avenir. Quand Arsenal se manifeste concrètement en 2016, Leicester réclame des sommes astronomiques. « J’ai failli signer à Arsenal en 2016 quand on gagne le championnat. Leicester m’a bloqué parce qu’ils voulaient trop d’argent. Arsenal proposait 30, 35M€ et Leicester demandait 60 », révèle le joueur. Un écart insurmontable qui l’obligera à patienter deux années supplémentaires avant de rejoindre Manchester City en 2018, non sans avoir observé avec amertume le départ de son coéquipier N’Golo Kanté pour Chelsea. « N’Golo a dit oui, a eu sa clause, et est parti à 30M. Businessman N’Golo, il avait senti le coup », sourit-il, admiratif de la clairvoyance de son ancien partenaire.

Au-delà de ces épisodes de marché, Mahrez s’est également exprimé sur un sujet qui lui tient particulièrement à cœur : l’attitude de certains joueurs binationaux envers la sélection nationale. Capitaine des Fennecs depuis plusieurs années, il observe avec une certaine amertume les hésitations de certains talents franco-algériens très médiatisés. « C’est un peu malsain de rester au milieu et d’attendre. Il faut respecter les deux pays. L’Algérie, ce n’est pas un petit pays », lance-t-il avec une détermination qui ne souffre aucune ambiguïté. Pour lui, cette indécision permanente manque de respect envers son pays natal. « Je joue pour les vrais Algériens, ceux qui nous aiment et qui nous supportent. Il y a toujours des mauvaises langues, ça me déçoit. Certains disent des choses déplacées, ça me fait du mal », confie-t-il, laissant transparaître une blessure profonde face aux critiques dont il peut faire l’objet.

Son expérience à Manchester City sous la direction de Pep Guardiola a également marqué sa vision du football. Habitué à la liberté créative que lui offrait Leicester, Mahrez a dû s’adapter à un système plus rigide chez les Citizens. « Mon plaisir, c’est de tenter ce que je veux, de jouer à l’instinct. C’est ça mon football », explique-t-il. « À City, tout était très cadré. À Leicester, j’étais libre. Je tentais plus, donc j’avais plus de réussite », analyse-t-il, établissant un parallèle révélateur entre ses deux expériences anglaises. Aujourd’hui installé en Arabie Saoudite, Mahrez semble avoir trouvé un équilibre parfait entre vie familiale et football. « Ma nouvelle vie en Arabie Saoudite ? Entraînement en fin de journée, à cause de la chaleur. Le matin, je suis avec mes enfants, je les emmène à l’école, on profite, on bronze. C’est la vie de rêve », décrit-il avec enthousiasme. L’aspect culturel et religieux de cette expatriation lui apporte également une sérénité particulière. « En termes de religion, ça aide beaucoup. Tu as la mosquée à côté, tu es dans un environnement qui est ta culture, ta religion. C’est plus facile », précise-t-il.

Malgré un parcours déjà exceptionnel, quelques regrets subsistent dans l’esprit du joueur. Outre le Real Madrid, Mahrez évoque avec tendresse l’Olympique de Marseille, club de son cœur. « L’OM, c’était un rêve d’enfant. J’aurais aimé y jouer, ne serait-ce qu’un match… juste pour l’émotion », avoue-t-il. Le Paris Saint-Germain avait également frappé à sa porte en 2018, mais sans réel aboutissement. « Le PSG ? Oui, mais c’était rapide, pas concret. Sincèrement, si j’avais vraiment voulu y aller, ça se serait fait », glisse-t-il avec détachement.

Cette interview révèle un Riyad Mahrez apaisé mais toujours passionné, conscient de ses choix et assumant pleinement son rôle de leader de la sélection algérienne. 

Moncef D.

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