Tlemcen : Le carnaval Ayrad de Beni Snous, une tradition millénaire pour célébrer Yennayer
Les habitants de Beni Snous dans la wilaya de Tlemcen s’apprêtent à célébrer le Nouvel An amazigh du 12 janvier à travers le carnaval ancestral Ayrad, une pratique culturelle vieille de plus de trois millénaires qui conjugue spectacles de rue masqués, chants traditionnels, gastronomie festive et costumes brodés, incarnant l’optimisme des populations rurales face à la prospérité agricole de l’année à venir. Le carnaval Ayrad constitue l’une des traditions culturelles les plus vivaces que les habitants de Beni Snous continuent de préserver pour marquer l’avènement du Nouvel An amazigh célébré chaque 12 janvier. Cette pratique ancestrale exprime l’optimisme des communautés rurales quant à l’abondance et à la prospérité des productions agricoles au cours de l’année. Selon le professeur Abdelkrim Benaïssa du département des arts de l’Université Abou Bekr Belkaïd de Tlemcen, interrogé par l’APS, la ville de Beni Snous est particulièrement réputée pour ce carnaval dont l’origine remonterait à 1250 ans avant Jésus-Christ. Cette célébration porte plusieurs appellations à travers les douze régions relevant de la commune de Beni Snous, la plus connue étant « Iradia El Kobra », littéralement « la grande Iradia ». Cette ancienneté exceptionnelle fait du carnaval Ayrad l’un des rituels les plus anciens encore pratiqués sur le territoire algérien, témoignant de la profondeur historique de la culture amazighe.
Le carnaval Ayrad se caractérise par des manifestations spectaculaires qui transforment Beni Snous en véritable théâtre à ciel ouvert durant la nuit du 12 janvier. Abdelkrim Benaïssa explique que ce carnaval est incarné par les jeunes de la région qui confectionnent, plusieurs jours avant la célébration du Nouvel An amazigh, des masques représentant des animaux qu’ils portent lors des défilés organisés dans la nuit fatidique. Ces jeunes se déguisent principalement en lions, lionnes et lionceaux, et sortent dans les rues pour danser et chanter au rythme de la derbouka et du bendir, instruments de percussion traditionnels. Ils entonnent des chants populaires propres à cette fête, tels que « Taha El Leil Hallou Babkom », « Cheblalak » et « Reblalak », des expressions amazighes répétées dans cette ambiance festive. Ces défilés s’accompagnent de spectacles de rue à caractère quasi théâtral organisés dans les ruelles et les quartiers de Beni Snous, appelés « Iradia des ruelles ». D’autres rituels se déroulent à l’intérieur des maisons dans le cadre de ce que les habitants nomment « Iradia Taddart », où l’architecture traditionnelle permet aux participants d’entrer dans la cour et de se produire dans le patio, tout en racontant des histoires, des récits et des anecdotes liés à cette occasion millénaire.
La dimension gastronomique occupe une place centrale dans les festivités de Yennayer à Beni Snous. Les familles préparent des plats traditionnels spécifiques comme le cherchem, composé d’un mélange de blé et de fèves, le couscous aux légumes, le berkoukes à l’khliâ, ainsi que des plats chauds adaptés au froid caractéristique de cette période hivernale, en plus du trid, du msemen, du baghrir, du mbesses et d’autres spécialités culinaires transmises de génération en génération. Les tables sont également ornées de la galette sucrée appelée « El Ghrissa », garnie d’un œuf en son centre, ainsi que de différentes variétés de fruits secs et de noix servant à la préparation de la « Tbibqa », un plat confectionné à base d’alfa dans lequel sont mélangées toutes sortes de fruits secs. Yamina Maâkal, présidente de l’association de la femme rurale de Beni Snous, explique à l’APS qu’un nourrisson de la famille est traditionnellement placé au centre de la Tbibqa « en signe de bon augure et de bénédiction », rituel qui illustre le lien profond entre les célébrations de Yennayer et les cycles de la vie et de la fertilité. Le costume traditionnel constitue un autre élément patrimonial essentiel des festivités de Yennayer à Beni Snous. Les femmes cousent des tenues spécifiques richement décorées de couleurs et de fils de différentes tailles, qu’elles accompagnent de bijoux traditionnels en argent. Selon Yamina Maâkal, ce costume est porté par les fillettes afin de prendre des photos souvenirs, perpétuant ainsi la transmission de ce patrimoine vestimentaire aux jeunes générations. Rachida Amer, directrice du centre d’interprétation du costume traditionnel de Tlemcen, précise que ce costume traditionnel est confectionné en soie blanche et brodé de fils multicolores. Elle explique qu’autrefois brodé à la main, il est aujourd’hui réalisé à l’aide de machines spéciales, adaptation technique qui n’altère en rien la beauté et la signification culturelle de ces tenues. Le costume est accompagné d’un tablier, d’une ceinture constituée d’une pièce de tissu qui entoure et recouvre la robe, ainsi que du burnous et de bijoux en argent.
Mohand S.

