Nucléaire iranien : Téhéran s’interroge sur le « sérieux » de Washington
Le président iranien Massoud Pezeshkian a qualifié dimanche de « pas en avant » les négociations indirectes sur le dossier du nucléaire tenues vendredi à Mascate entre son pays et les États-Unis, tout en exprimant des réserves sur la volonté réelle de Washington de poursuivre le dialogue, après l’imposition de nouvelles sanctions américaines contre Téhéran.
Les pourparlers, les premiers depuis plusieurs mois, interviennent dans un contexte de tensions persistantes autour du programme nucléaire iranien. Selon des médias iraniens, M. Pezeshkian a déclaré que ces discussions avaient eu lieu grâce aux efforts de suivi des gouvernements amis de la région de l’Asie occidentale, soulignant que le dialogue avait toujours été la stratégie choisie par l’Iran pour résoudre les problèmes de manière pacifique. À l’issue de la première session de pourparlers tenue vendredi dans la capitale omanaise, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi avait indiqué que l’Iran et les États-Unis avaient convenu de poursuivre leurs négociations. « Dans une atmosphère très positive, nos idées ont été échangées et les points de vue de l’autre partie nous ont été présentés », avait déclaré M. Araghchi à la télévision d’État iranienne, ajoutant que les deux parties avaient « convenu de poursuivre les négociations, mais que les modalités et le calendrier seraient décidés ultérieurement ». Toutefois, deux jours après ces échanges qualifiés de constructifs, le ton du chef de la diplomatie iranienne s’est fait plus circonspect. Dimanche, Abbas Araghchi a exprimé des doutes quant au sérieux de la partie américaine dans la poursuite du processus de négociation. « L’imposition de nouvelles sanctions à l’encontre de l’Iran et certaines actions militaires suscitent des doutes quant au sérieux et à la préparation de l’autre partie à mener de véritables négociations », a déclaré le ministre iranien, selon l’AFP. Il a indiqué que son pays évaluerait l’ensemble des signaux avant de décider de la poursuite des négociations.
Lignes rouges
Sur le fond du dossier nucléaire, Téhéran a réaffirmé dimanche ses lignes rouges tout en se montrant ouvert à certains compromis. « L’option zéro enrichissement ne sera jamais acceptable pour nous. Nous devons donc privilégier les discussions qui prennent en compte l’enrichissement d’uranium en Iran, tout en instaurant un climat de confiance garantissant que cet enrichissement est et restera à des fins pacifiques », a déclaré Abbas Araghchi, réitérant la position constante de son pays sur ce dossier sensible. Le ministre iranien a souligné la dimension symbolique et politique de cette question pour Téhéran. « L’insistance de l’Iran sur l’enrichissement n’est pas simplement d’ordre technique ou économique, elle est ancrée dans un désir d’indépendance et de dignité. Personne n’a le droit de dire à la nation iranienne ce qu’elle devrait ou ne devrait pas posséder », a-t-il martelé. Selon un diplomate de la région informé par l’Iran des discussions de vendredi, Téhéran serait néanmoins prêt à discuter du niveau et de la pureté de l’enrichissement d’uranium ainsi que d’autres modalités, en échange de la levée des sanctions américaines et internationales qui asphyxient son économie depuis plusieurs années. L’Iran affirme que son programme nucléaire est exclusivement pacifique et vise à répondre à ses besoins énergétiques et scientifiques. La date et le lieu de la prochaine session de pourparlers seront déterminés en consultation avec la diplomatie omanaise, a précisé le ministre iranien dimanche, ajoutant qu’ils pourraient se tenir ailleurs qu’à Mascate. Le sultanat d’Oman joue traditionnellement un rôle de médiateur entre Téhéran et Washington, les deux pays n’entretenant pas de relations diplomatiques directes.
Lyes Saïdi

