La Banque d’Algérie se dote d’un modèle macroéconomique de projection : Les recommandations du FMI
La Banque d’Algérie (BA) et le Fonds monétaire international ont développé conjointement un modèle macroéconomique trimestriel de projection baptisé AMPM (Algeria Macroeconomic Projection Model), destiné à moderniser le cadre de politique monétaire du pays et à fournir un outil d’aide à la décision fondé sur des données probantes, selon un document de travail du FMI publié vendredi. Ce modèle, fruit d’une collaboration engagée depuis 2023 entre les cadres de la Banque d’Algérie et les experts de l’Institut de développement des capacités du FMI, avec le soutien du centre régional d’assistance technique METAC, constitue une avancée majeure pour l’institution monétaire algérienne. Il s’inscrit dans le cadre plus large de la mise en place d’un système de prévision et d’analyse des politiques économiques (FPAS) au sein de la BA, une démarche saluée par les auteurs comme un pas décisif vers une conduite prospective et cohérente de la politique monétaire. L’AMPM a été conçu pour refléter fidèlement les spécificités structurelles de l’économie algérienne. Le modèle intègre la dépendance du pays aux exportations d’hydrocarbures — l’Algérie figurant parmi les vingt premiers exportateurs de pétrole et les sept premiers exportateurs de gaz au monde —, l’impact considérable de la politique budgétaire sur l’activité économique, les interactions entre politiques monétaire et budgétaire, le régime de change flottant dirigé et le compte de capital quasi fermé. Le PIB réel y est décomposé en secteur extractif et non extractif, tandis que l’indice des prix à la consommation distingue une composante sous-jacente (core) et une composante hors alimentation fraîche, la stabilité des prix étant définie par un objectif implicite d’inflation sous-jacente de 4 %.
Parmi les points positifs relevés, le modèle affiche une cohérence théorique solide et un ajustement robuste aux données nationales. Les simulations rétrospectives, couvrant la période 2010-2024, montrent que l’AMPM surpasse systématiquement le modèle de marche aléatoire pour l’ensemble des variables clés — croissance du PIB, inflation, taux de change, croissance de M2, solde du compte courant et dette publique — et ce sur tous les horizons de prévision. Les prévisions du taux de change nominal, variable cruciale pour la conduite de la politique monétaire de la BA, s’avèrent particulièrement performantes. Le rebond post-pandémique de l’économie algérienne, avec une croissance moyenne de 3,8 % entre 2021 et 2023, soutenue par les deux secteurs et par des politiques monétaire et budgétaire accommodantes, est correctement capturé par le modèle. L’inflation sous-jacente a évolué proche ou en dessous de la cible de 4 % en 2024, signe d’un retour progressif à la stabilité des prix.
Combler les lacunes
Le document met toutefois en lumière plusieurs faiblesses structurelles que le modèle identifie et qui appellent des réformes. La transmission de la politique monétaire demeure faible, entravée par la prédominance des banques publiques — qui détiennent plus de 85 % des actifs du secteur — pratiquant des taux bonifiés, par la répartition inégale de la liquidité, l’absence de concurrence significative entre institutions financières et l’excédent de liquidité. Les cibles de croissance de M2 ont historiquement eu une valeur indicative plutôt que contraignante, avec des écarts fréquents et parfois importants entre la croissance effective de la masse monétaire et les objectifs affichés. Le cadre souffre également de l’absence d’un ancrage nominal unique et cohérent, la BA poursuivant simultanément des objectifs multiples — inflation, taux de change, conditions de liquidité — ce qui brouille l’évaluation de l’orientation effective de la politique monétaire.
Sur le plan budgétaire, le modèle confirme la vulnérabilité des finances publiques aux fluctuations des cours mondiaux de l’énergie. Le ratio dette publique/PIB a fortement augmenté depuis 2015, passant d’environ 7 % après la crise financière mondiale à un pic proche de 55 % fin 2021, alimenté principalement par de la dette non négociable contractée auprès de la Banque d’Algérie à des taux réduits. La politique budgétaire a parfois affiché des tendances procycliques, soulignant les difficultés à maintenir une gestion budgétaire contracyclique dans une économie tributaire de recettes pétrolières et gazières volatiles. Les pondérations du panier de l’IPC, dont l’année de base remonte à 2001, sont jugées significativement obsolètes, compliquant la prise de décision. Les auteurs recommandent plusieurs pistes d’amélioration. Le modèle pourrait être recalibré pour évaluer la transition du cadre actuel fondé sur les agrégats monétaires vers un cadre davantage centré sur les taux d’intérêt, avec un ancrage nominal plus clair. L’intégration de prévisions exogènes pour les prix des produits alimentaires frais améliorerait la précision des projections d’inflation globale. L’adoption d’un taux de change effectif pondéré par les partenaires commerciaux, plutôt que le seul taux bilatéral face au dollar, figure également parmi les extensions envisagées, de même que la prise en compte de l’impact de la crédibilité de la politique monétaire sur l’ancrage des anticipations d’inflation. Enfin, la modernisation du panier de l’IPC et le renforcement de la communication externe de la BA sont identifiés comme des leviers essentiels pour consolider l’efficacité du nouveau dispositif analytique.
Sabrina Aziouez

